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Programme de rétablissement de la loutre de mer

1.6 Mesures déjà prises ou en cours

Relevés (1977 – présent).Entre 1977 et 1987, des dénombrements ont été effectués conjointement par Pêches et Océans Canada, BC Parks et West Coast Whale Research (voir Watson et al., 1997). Entre 1988 et 2000, la plupart des dénombrements exhaustifs ont été dirigés par Jane Watson dans le cadre de sa thèse de doctorat, puis dans le cadre d’une étude permanente sur les effets qu’ont les loutres de mer sur les communautés vivant près du rivage; voir Watson et al. (1997) pour un résumé des relevés et des résultats obtenus jusqu’en 1995. Dans le cadre d’un programme d’intendance de l’habitat, des biologistes et le conseil tribal Nuu-cha-nulth (CTN) ont effectué depuis 2002des dénombrements annuels par bateau dans des parties du territoire traditionnel revendiqué par cette Première nation.

 Élaboration d’une procédure de relevé normalisée (2001 à 2004). En 2001, Pêches et Océans Canada a amorcé des travaux visant à établir une procédure de relevé normalisée adaptée à l’évaluation permanente des populations de loutres de mer et a depuis effectué des dénombrements de la population par avion et par bateau. La procédure de relevé élaborée permet maintenant l’établissement d’un indice tendances relatives à l’abondance et à la croissance de la population (Nichol et al., 2005). Comme l’évaluation des tendances relatives à l’abondance et à la croissance repose sur une série chronologique de données de relevé, il est par conséquent important d’effectuer des relevés de la population à des intervalles réguliers.

Collecte d’échantillons et évaluation de l’origine génétique, de l’exposition aux maladies et des contaminants chez les loutres de mer (2003 - présent). En 2003, 18 loutres de mer vivantes ont été capturées dans la région centrale de la côte de la C.‑B. et, en 2004, 24 autres loutres de mer l’ont été sur la côte ouest de l’île de Vancouver; des échantillons de sang et une biopsie cutanée ont été prélevés. On a également recueilli des échantillons génétiques pour déterminer l’origine des loutres de mer de la région centrale de la côte (c.‑à‑d., populations subsistantes ou sujets issus d’initiatives de réintroduction) et pour étudier davantage la structure génétique ainsi que la diversité de la population. Des échantillons de sang ont été prélevés afin que l’on puisse déterminer l’exposition aux maladies (à quelles maladies la population a été exposée) et pour identifier les pathogènes préoccupants ainsi que les maladies émergentes. D’autres échantillons sont conservés pour examen ultérieur des contaminants et des effets sur la santé.

 Interventions en cas de déversement de pétrole (1995 - présent). En 1985, on a tenu un symposium à l’Aquarium de Vancouver pour discuter des procédures à mettre en œuvre en cas de déversement afin de protéger de façon efficace la population de loutres (Watson, 1995). Des plans d’intervention en cas de déversement de pétrole sont en place, bien qu’ils ne soient pas conçus précisément pour assurer la conservation de la faune ni des loutres de mer en particulier. Le Plan d’urgence canado-américain sur la lutte contre la pollution marine comporte un plan pour les eaux transfrontalières au sud de la C.‑B. (CANUSPAC) et un plan pour les eaux transfrontalières au nord de l’entrée Dixon (CANUSDIX) (http://www.pacific.ccg-gcc.gc.ca/er/index_f.htm). Jusqu’à maintenant, seul le CANUSDIX comporte une section concernant les procédures d’intervention auprès de la faune en cas d’événement occasionnant de la pollution.

Les effets des déversements de pétrole sur les loutres de mer sont bien documentés (p. ex., Nestucca et Exxon Valdez) (Waldichuk, 1989; Loughlin, 1994), tout comme les risques de déversements de pétrole et les sources de pétrole en C.‑B. (voir section 2.3). L’équipe de rétablissement de la loutre de mer (canadienne) a formé un groupe de mise en œuvre du rétablissement en cas de déversement de pétroleen 2004, a élaboré un document de travail sur le plan d’intervention en cas de déversement de pétrole pour la loutre de mer et travaille présentement à protéger la population de loutres de mer et son habitat de la contamination par le pétrole. En 2005, le conseil tribal Nuu-chah-nulth et l’Aquarium de Vancouver ont dispensé une formation en matière d’intervention en cas de déversement de pétrole et d’intervention auprès de la faune dans le cadre des projets associés à leur programme d’intendance de l’habitat.

Éducation/échange d’information – conseil tribal Nuu-cha-nulth et West Coast Aquatic Management Association, programme d’intendance de l’habitat (2002-présent).Le CTN et la West Coast Aquatic Management Association ont élaboré et tenu des ateliers auprès des membres de la communauté qu’ils desservent afin de diffuser de l’information sur la biologie et l’écologie de loutre de mer et sur les opinions contradictoires concernant le rôle de la loutre de mer dans l’écosystème. En plus des relevés annuels et des travaux sur les interventions en cas de déversement de pétrole susmentionnés, on tient des séances communautaires de localisation cartographique et on effectue le signalement des observations.

Lignes directrices concernant l’observation des loutres de mer (2004). La West Coast Aquatic Management Association et le Bamfield Marine Sciences Centre ont également élaboré des lignes directrices pour l’observation des loutres de mer dans le cadre de leur programme d’intendance de l’habitat en 2004.

 Musée de la Johnstone Strait Marine Mammal Interpretative Society (2002). En 2002, dans le cadre du programme d’intendance de l’habitat, la Johnstone Strait Marine Mammal Interpretative Society a ouvert, à Telegraph Cove, un musée sur les mammifères marins locaux, dont la loutre de mer.

Documentation des traces d’exhumation de panopes et de fausses-mactres dans la zone infratidale.La Underwater Harvesters Association effectue un dénombrement des traces d’exhumation infratidales pratiquées par les loutres de mer lorsqu’elle effectue ses relevés sur les panopes et les fausses-mactres le long de transects infratidaux.

Matériel de communication (2002).Le ministère de la Protection de l’eau, des terres et de l’air de la C.‑B. a passé en revue et publié de nouveau une brochure sur les loutres de mer dans le cadre de sa série sur les espèces en péril.

 Protection de l’habitat (1981).La réserve écologique de la baie Checleset a été créée en 1981 par le gouvernement de la C.‑B. afin de protéger l’habitat de la loutre de mer.

Réintroduction (1969-1972).Entre 1969 et 1972, lors d’une série de trois translocations, le gouvernement de la C.‑B., du Canada et de l’Alaska ont réintroduit 89 loutres de mer provenant de l’île Amchitka et du détroit Prince‑William, en Alaska, dans les îles Bunsby, dans la baie Kyuquot, sur la côte ouest de l’île de Vancouver, en C.‑B.

1.7 Lacunes au chapitre des connaissances

Habitat critique. D’importantes lacunes dans les connaissances existent en ce qui concerne la compréhension de l’utilisation de l’habitat. Il n’est pas possible, à l’heure actuelle, de décrire l’habitat essentiel de la loutre de mer. En outre, on ne sait pratiquement rien à propos de l’utilisation saisonnière de l’habitat. Des loutres de mer sont observées dans des zones côtières rocheuses exposées pendant le printemps et l’été lorsque les conditions météorologiques sont clémentes, et des observations anecdotiques de loutre de mer ont été faites dans des bras de mer et dans des zones protégées pendant l’hiver et à l’occasion de fortes tempêtes. Ces observations semblent indiquer qu’il peut y avoir un mouvement saisonnier limité. Il faut donc documenter et décrire les caractéristiques des habitats utilisés pendant l’hiver et lorsque la mer est inclémente.

Diversité génétique. On ne connaît pas la diversité génétique des populations de loutres de mer canadiennes, même si Larson et al. (2002b) démontrent que d’autres populations de loutres de mer ont beaucoup moins de diversité génétique lorsqu’on les compare à leurs ancêtres de l’époque antérieure à la traite des fourrures. Même s’il est possible que la diversité génétique de la population de la C.‑B. soit similaire à celle d’autres populations ayant fait l’objet d’une translocation et qui ont été examinées par Larson et al. (2002b), la diversité génétique des populations de loutres de mer canadiennes demeure inconnue comparativement à celle d’autres populations subsistantes ainsi qu’à celle de ses ancêtres de l’époque antérieure à la traite des fourrures. Une connaissance de la relation génétique (possibilité de flux génétique) entre les loutres de mer de la C.‑B. et les populations adjacentes nous aiderait également à comprendre la vulnérabilité de la population.

 Causes de mortalité. Les sources de prédation naturelle et leurs impacts sur la population de loutres de mer dans la région côtière de la C.‑B. ne sont pas bien documentés. Même si on pense que la prédation naturelle est relativement faible (Watson et al., 1997), une meilleure prise en considération de ce facteur limitatif peut être justifiée étant donné l’effectif relativement limité des loutres de mer et l’incidence hypothétique de la prédation par les épaulards sur le déclin que subissent les populations de l’ouest de l’Alaska (voir section 1.3, Populations et répartition).

Menaces émergentes. D’autres menaces sont susceptibles d’avoir un effet important, mais elles ne sont pas bien documentées et soulèvent un niveau de préoccupation ou de risque potentiel qui doit être précisé. Il s’agit entre autres des maladies, des concentrations de contaminants, des engins de pêche, du braconnage et de la perturbation anthropique. Les interactions avec l’activité anthropique devraient s’accroître au fur et à mesure que la population de loutres de mer prendra de l’expansion dans les zones inoccupées. Ces menaces ont été identifiées et considérées comme importantes pour d’autres populations de loutres de mer (voir section 1.5, Menaces).

Interactions avec d’autres espèces.Même si beaucoup de recherches ont été faites sur le rôle écologique des loutres de mer et leur incidence sur les habitats rocheux situés près du rivage et sur le cycle biologique de leurs proies (voir section 1.4.2, Rôle écologique), il faut effectuer d’autres recherches afin de déterminer la réaction de l’haliotide pie en présence de loutres de mer afin de d’établir des objectifs de rétablissement pour l’haliotide. Une approche fondée sur l’écosystème peut être justifiée de façon générale pour évaluer les objectifs en matière de population d’autres espèces inscrites dans des écosystèmes qui comptent maintenant des loutres de mer.

 Facteurs indépendants de la densité qui régularisent la croissance de la population. Dans le sud-ouest de l’Alaska, la loutre de mer est maintenant désignée en tant qu’espèce menacée en vertu de la Endangered Species Act des États-Unis en raison du déclin précipité qui a cours depuis le milieu et la fin des années 1980. L’hypothèse avancée présentement pour expliquer le déclin est qu’il résulte d’une prédation accrue de la part des épaulards, même si la raison expliquant ce changement est nébuleuse (voir section 1.43., Facteurs limitatifs). Le maintien du partage d’information et/ou d’une collaboration avec des chercheurs et des gestionnaires qui travaillent sur les populations de loutres de mer dans d’autres sphères de compétence contribuera améliorer notre compréhension des facteurs qui peuvent régulariser la croissance de la population de la C.‑B.

1.8 Considérations socio-économiques

La loutre de mer est une espèce clé qui exerce un effet important sur la structure et la fonction des communautés benthiques situées près du rivage. Les conséquences, qui sont écologiques, ont cependant des ramifications sociales et économiques importantes qui touchent l’abondance des invertébrés et du varech. Dans l’ensemble de l’aire de répartition de la loutre, il est clair que de nombreuses pêches visant les invertébrés ne peuvent coexister avec des populations de loutres de mer établies. Des enjeux et des possibilités se présentent donc pour ce qui est de la conservation de la faune et de l’écosystème ainsi que du maintien de populations d’invertébrés exploitables. La présente section donne un bref résumé des principaux points de vue socio-économiques associés aux loutres de mer et à leur rétablissement.

Les Premières nations ont toujours chassé la loutre de mer pour se vêtir, fabriquer des ornements et offrir des cadeaux. Dans les années 1700 et 1800, la fourrure luxuriante de la loutre était hautement prisée par les commerçants de fourrure marines (européens et américains) qui chassaient et faisaient du troc avec les Premières nations pour obtenir des pelleteries qui étaient ensuite vendues en Asie. Le long de la côte du Pacifique de l’Amérique du Nord, ce commerce commença en 1778, lorsque le navire du capitaine Cook est revenu de l’île de Vancouver avec des fourrures de loutre de mer. La traite des pelleteries de loutre de mer avec les Premières nations s’est intensifiée rapidement et s’est poursuivie jusqu’au milieu des années 1800. À cette époque, la population de loutres de mer avait été tellement réduite que la traite a dû s’orienter vers d’autres animaux à fourrure. En 1911, on a reconnu que la loutre de mer était tout près de l’extinction. L’espèce a profité d’une certaine protection en vertu d’une clause du Traité international sur le phoque à fourrure de 1911, mais il ne restait plus alors que de 1 à 2 % de l’effectif originel. Depuis 1911, il est interdit de chasser la loutre de mer à une échelle commerciale sur pratiquement l’ensemble de son aire de répartition. En vertu de la Marine Mammal Protection Act des États-Unis, seuls les autochtones de l’Alaska peuvent chasser la loutre de mer à des fins de subsistance et pour fabriquer des vêtements traditionnels et artisanaux qu’ils vendent par la suite (USFWS, 1994; Lianna Jack comm. pers., 2002).

Pour de nombreuses personnes, la réintroduction de la loutre de mer représente un retour de l’écosystème marin à son état originel (Gerber et VanBlaricom, 1998). Ce point de vue, fondé sur des études sur l’écologie de la communauté des loutres de mer, reconnaît le rôle écologique important joué par cette espèce. Collectivement, ces études démontrent que la présence de la loutre de mer entraîne une augmentation de la diversité et de la productivité des écosystèmes marins situés près du rivage. Pour certains, la présence de la loutre de mer souligne également la fragilité de l’écosystème marin et la nécessité de lui accorder une plus grande protection (Watson et Root, 1996), particulièrement contre les déversements de pétrole. Pour d’autres personnes enfin, la réintroduction de la loutre de mer est considérée comme une menace pour les populations d’invertébrés valorisées sur le plan économique et social en matière, tels que les oursins, le crabe dormeur, les palourdes intertidales, les panopes et l’haliotide pie. Cet aspect de la question soulève des préoccupations particulières du côté de l’industrie de la pêche commerciale aux mollusques et crustacés, pour les Premières nations vivant le long de la côte ouest de l’île de Vancouver, pour les pêcheurs sportifs et, potentiellement, pour l’industrie de la conchyliculture.

Au cours des 100 dernières années, les pêches commerciales et sportives aux invertébrés qui se sont développées à la suite de la disparition de la loutre de mer ont pris de l’expansion au fur et à mesure que de nombreuses populations d’invertébrés se multipliaient, n’ayant plus à subir l’effet de la prédation par la loutre de mer. Le rétablissement de la population de loutres de mer et le repeuplement de son aire de répartition historique devraient entraîner des déclins dans la taille et l’abondance de nombreuses espèces d’invertébrés. Les pêches commerciales de la C.‑B. visant des invertébrés tels que les oursins, les palourdes intertidales et les concombres de mer ne seront plus possibles dans les zones où habite la loutre de mer, tandis que d’autres pêches aux mollusques et crustacés seront limitées en raison des baisses d’abondance provoquées par les loutres.

Les déclins concernant l’abondance des haliotides, des oursins et des palourdes pismos ont été documentés en Californie depuis que la loutre de mer a pris de l’expansion dans les années 1970 et 1980 (Estes et VanBlaricom, 1985; Wendell et al., 1986; Wendell, 1994). En Californie, les efforts consentis pour conserver des zones exemptes de loutres de mer (capture et remise en liberté ailleurs) se sont révélés inefficaces et non pratiques (voir section 1.3.4, Populations et répartition) (USFWS, 2003). Des examens des impacts potentiels de la loutre de mer sur diverses pêches aux mollusques et crustacés en C.‑B. et dans le sud-est de l’Alaska ont été effectués (Pitcher, 1989; Watson et Smith, 1996).

Même s’il est démontré que les loutres de mer peuvent réduire l’abondance de nombreuses populations d’invertébrés (Estes et Palmisano, 1974; Morris et al., 1981; Breen et al., 1982; Watson, 1993; Watson et Smith, 1996), les stocks d’invertébrés peuvent également décliner en l’absence de celle-ci, comme le confirme le déclin des populations d’haliotides de la Californie et de la C.‑B. (passé en revu dans Watson, 2000). Estes et VanBlaricom (1985) signalent qu’en plus de comprendre comment la loutre de mer influe sur l’abondance des invertébrés, il est également important de comprendre les autres facteurs qui peuvent avoir une forte incidence sur les populations d’invertébrés.

Même si l’on comprend les impacts économiques et sociaux de la loutre de mer, peu d’efforts ont été consentis pour identifier les avantages sociaux et économiques de l’espèce[1]. Des études démontrent que les peuplements de varech permettent une plus grande abondance de poissons et d’invertébrés, et une étude laisse sous-entendre que le varech peut contribuer de façon importante à la productivité des habitats extracôtiers (Harrold et al., 1998). On a avancé que, dans l’État de Washington, la présence des loutres de mer pouvaient être bénéfique pour les pêches sportives et commerciales au sébaste et à la morue lingue en augmentant la superficie d’habitat constitué de peuplements de varech (Gerber et VanBlaricom, 1998). Présentement, il semble évidement que l’industrie de l’écotourisme maritime et celle de la récolte des œufs de hareng sur varech pourraient profiter du rétablissement de la population de loutres de mer.

L’écotourisme est une industrie importante en C.‑B. et elle continue de prendre de l’expansion. L’observation des loutres de mer est incluse dans l’itinéraire des exploitants d’entreprises écotouristiques de la côte ouest et nord-est de l’île de Vancouver. En Californie, les loutres de mer constituent un attrait touristique majeur dans les régions de Monterey et de Santa Cruz. Dans la région, le tourisme représentait environ le tiers de l’ensemble des emplois à la fin des années 1970 (Silva, 1982).

La récolte des œufs de hareng sur varech repose sur un approvisionnement fiable en varech de qualité appropriée. L’abondance du varech et sa qualité peuvent limiter la valeur de cette activité (Shields et al., 1985). L’augmentation de l’abondance du varech géant (Macrocystis integrifolia) pourrait profiter à cette industrie et accroître les possibilités d’exportation de varech à cette fin et à d’autres fins (Watson et Smith, 1996).

1.9 Consultationspubliques préliminaires

En janvier 2003, deux ateliers de consultation publique (un à Port Alberni et l’autre dans la ville de Queen-Charlotte) ont été tenus afin que l’on puisse recueillir de l’information préliminaire sur les impacts socio-économique, tant positifs que négatifs, que pourrait avoir l’ébauche du programme de rétablissement de la loutre de mer sur les communautés locales. Cette information sera prise en considération et étoffée par d’autres études menées pendant la phase d’élaboration des plans d’action pour le rétablissement des loutres de mer. Les paragraphes qui suivent présentent un bref résumé des opinions exprimées pendant les consultations publiques et des présentations écrites reçues pendant la période de consultation.

La majeure partie des avis exprimés localement étaient axés sur des préoccupations économiques et sur les préoccupations des Premières nations concernant leurs droits de chasser à des fins alimentaires, sociales et cérémonielles quoique, en général, on a observé un soutien de l’ensemble des secteurs à l’égard du rétablissement de la loutre de mer en C.‑B. Toutefois, certains secteurs ont également exprimé des préoccupations à propos des impacts négatifs actuels et potentiels du rétablissement de la loutre de mer sur leurs activités de pêche aux invertébrés.

Des membres de l’industrie commerciale de la pêche aux mollusques et crustacés de la C.-B. se sont dits préoccupés par le déclin touchant l’abondance d’espèces d’invertébrés importantes sur le plan économique dans des zones occupées par les loutres de mer et à propos des déclins prévus dans les zones qui ne sont pas encore habitées par celle-ci. En 2005, la valeur des débarquements des pêches aux mollusques et crustacés de la C.‑B. s’est établie à 122,1 millions $ (estimation tirée du document « The 2005 British Columbia Seafood Industry Year in Review », publié par le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Pêches de la C.‑B. en septembre 2006). Parmi les espèces exploitées, mentionnons l’oursin rouge, l’oursin vert, le concombre de mer, la panope, les palourdes et le crabe. Même s’il est difficile d’évaluer avec précision le coût exact de la réduction de la récolte d’invertébrés provoquée par la loutre de mer, l’industrie estime qu’elle se chiffrera à long terme entre 30 et 50 millions $ annuellement sur le marché du gros si les populations de loutres de mer s’accroissent de façon importante (estimation établie à l’aide des valeurs sur les marchés du gros indiquées dans le document intitulé « 2001 British Columbia Seafood Industry Year in Review », Michelle James, comm. pers., 2003). L’industrie de la pêche aux mollusques et crustacés ne croit pas que cette valeur pourrait être compensée par les revenus de l’écotourisme associé à la loutre de mer. Il souligne l’importance des loutres de mer, mais également l’importance des pêches commerciales et sportives ainsi que celles pratiquées par les Premières nations à des fins alimentaires et aimerait trouver une façon pour que les loutres de mer et les pêcheurs puissent coexister. L’industrie de la pêche aux mollusques et crustacés, en général, est en faveur d’une approche équilibrée pour la protection des loutres de mer afin d’éviter que l’espèce soit en voie de disparition et estime que cette approche pourrait comporter des mesures de protection pour les pêches aux mollusques et crustacés de valeur commerciale. En outre, l’industrie estime que les populations de loutres de mer se sont rétablies suffisamment pour ne plus être considérées comme menacées ou inscrites comme tel. Les représentants de l’industrie sont également opposés à toute autre translocation de loutres de mer.

Les préoccupations des Premières nations concernent principalement les effets du rétablissement de la loutre de mer sur les pêches aux mollusques et crustacés qu’elles pratiquent à des fins alimentaires, sur les pêches commerciales aux mollusques et crustacés ainsi que sur les pêches pratiquées à des fins cérémonielles et sociales. Les Premières nations de la côte ouest de l’île de Vancouver sont préoccupées par l’impact qu’ont les loutres de mer sur les populations d’invertébrés que leur communauté utilisait autrefois à des fins alimentaires et médicinales. Dans la baie Kyuquot/baie Checleset, sur la côte ouest de l’île de Vancouver, là où les loutres de mer ont été introduites en premier, des changements se sont produits (voir la section 2.4, Rôle écologique) dans les communautés intertidales et infratidales, et des observations des effets de la loutre de mer sont rapportées dans d’autres secteurs. Dans les îles de la Reine‑Charlotte, certaines préoccupations ont été exprimées par des membres de la nation Haida quant à l’état de la situation sur la côte ouest de l’île de Vancouver. Certains groupes des Premières nations se sont dits préoccupés à propos de l’impact que peuvent avoir les loutres de mer sur la valeur économique des pêches aux mollusques et crustacés pratiquées par leur communauté, en particulier la pêche à la palourde japonaise et à la palourde américaine, ainsi que sur les activités aquicoles, y compris l’élevage de la panope. Certains sont d’avis que l’effectif de loutres de mer s’est rétabli suffisamment dans certaines zones et que les loutres de mer devraient faire l’objet de mesures de gestion afin d’éviter qu’elles ne deviennent trop nombreuses dans ces secteurs. D’autres aimeraient exercer leurs droits de chasse à la loutre de mer à des fins culturelles et cérémonielles, une fois que le nombre de loutres sera suffisamment élevé pour soutenir la chasse. Malgré ces préoccupations, certains ont également indiqué que les Premières nations sont les intendants des terres et des eaux et qu’ils aimeraient que les loutres de mer se rétablissent et aient la santé, « l’équilibre » et l’intégrité écologique de tous les composants de l’écosystème rétabli.

De nombreux participants à l’atelier ont relevé les avantages socio-économiques du rétablissement de la loutre de mer. Les représentants de l’industrie du tourisme ont fait état d’augmentations possibles des avantages économiques pour leur industrie découlant de l’accroissement des possibilités d’observation de la loutre de mer que des populations rétablies pourraient fournir. Ces avantages profiteraient entre autre aux exploitants d’entreprises écotouristiques et à toutes les autres entreprises qui profitent économiquement d’un accroissement du trafic touristique dans la région. Certains participants ont fait état d’avantages économiques potentiels pour certaines pêches au poisson, comme celles au sébaste, au hareng et au saumon, qui peuvent découler de l’expansion des peuplements de varech que certaines espèces utilisent pour frayer et que des poissons juvéniles emploient en tant qu’aire de croissance. L’amélioration de la biodiversité pourrait constituer le fondement de pêches durables dans l’avenir. Les groupes environnementaux et des membres du public se sont également dits en faveur du rétablissement de la loutre de mer en tant que moyen de restaurer un équilibre écologique naturel et reconnaissent le plaisir qu’éprouvent de nombreuses personnes devant le retour des populations de loutres de mer après leur disparition.



[1]Voir Loomis (2005) pour une analyse récente de la valeur économique prévue de la poursuite de l’expansion de l’aire de répartition des loutres de mer en Californie.