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Caribou des bois (Rangifer tarandus caribou)

Introduction

La conservation du caribou des bois (figure 1) au Canada est une entreprise difficile et complexe. Parmi les principaux problèmes figurent le flou de la taxinomie et de la systématique, l’incertitude quant aux populations génétiques à conserver et les lacunes des connaissances sur les populations locales et l’écologie du caribou, ainsi que les importantes variations naturelles et les grandes erreurs de mesure de la taille et des tendances des populations. Le risque de déclin des populations diffère lui aussi considérablement avec l’endroit, étant donné que le climat, le relief, la végétation, les conditions écologiques et le degré de modification des habitats par les activités humaines présentent d’importantes variations selon la longitude et la latitude.


Figure 1 : Photo de caribou des bois

Figure 1 : Photo de caribou des bois.

Photo courtoisie de Elston Dzus.

La taxinomie classique du caribou repose largement sur la craniométrie des adultes (Banfield, 1961) et, à ce jour, n’a pas été officiellement modifiée. Tous les caribous du Québec et du Labrador font partie de la sous-espèce des bois, tout comme ceux des plaines hudsoniennes. Aux fins de la conservation et de la gestion, il est justifié d’exclure l’écotype toundrique (« migrateur ») des populations locales sylvicoles (« sédentaire ») de l’aire écologique nationale (AEN) boréale, en raison de différences génétiques et écologiques. Les différences écologiques ont en effet entraîné de grandes différences dans les tendances des effectifs, de la reproduction, de la mortalité, etc. Ces écarts entre les écotypes de caribou deviendront plus prononcés à mesure que les activités forestières et autres s’étendront plus loin vers le nord et que le changement climatique modifiera les processus écologiques.

Le caribou forestier, de la Colombie-Britannique à Terre-Neuve, n’a pas fait l’objet de beaucoup de publications avant 1978. Par la suite, à mesure que les études se faisaient plus vastes, le nombre de populations locales (troupeaux) est passé de 55 en 1985 (Williams et Heard, 1986) à 98 en 1991 (Ferguson et Gauthier, 1992), et à plus de 164 en 2001 (tableau 2, annexe 1a-d). Pour de nombreuses répartitions, la dénomination correcte du groupe (sous-population, population locale, population et métapopulation) reste floue et arbitraire tant que tous les individus n’ont pas été munis d’un collier-radio et leurs déplacements enregistrés sur un nombre suffisant d’années.

La présente mise à jour fournit des informations qui devraient aider le COSEPAC à désigner les populations forestières de la sous-espèce caribou. Elle exclut un autre caribou des bois, R. t. dawsoni, sous-espèce disparue aux environs de 1935 à Haida Gwaii (Banfield, 1961; Cowan et Guiguet, 1965). D’après une analyse limitée de l’ADN, cette population n’aurait pas été génétiquement distincte des caribous qui fréquentent aujourd’hui le Nord de la Colombie-Britannique et l’Alaska (Byrun et al., 2002).

Il est justifié d’attribuer des désignations séparées aux caribous forestiers des aires écologiques nationales (AEN) adoptées par le COSEPAC en 1994 (figure 3). Les caribous de quatre des huit AEN sont des populations distinctes aux termes du COSEPAC : celles des montagnes du Nord, des montagnes du Sud, de l’AEN boréale et de l’AEN atlantique. Une cinquième population, celle de Terre-Neuve, est traitée séparément, en tant que population distincte isolée (COSEPAC, 2000c). Le présent rapport résume, pour chaque population COSEPAC, les estimations et tendances passées et présentes, la taille des aires de répartition, les menaces et les facteurs limitatifs connus, le degré de surveillance, et la protection offerte par les parcs et autres aires protégées. Il a fallu pour cela recueillir des données sur toutes les sous-populations COSEPAC, ici appelées populations locales.

Le présent rapport ne prétend pas modifier la taxinomie du caribou des bois (Banfield, 1961), ni passer en revue toute l’information disponible. Il fait fond sur l’information présentée dans le premier rapport de situation du COSEPAC sur le caribou des bois (Kelsall, 1984) et dans les révisions publiées depuis 1984 (Williams et Heard, 1986; Edmonds, 1991; Ferguson et Gauthier, 1992; Cumming, 1998; Edmonds, 1998, Farnell et al., 1998; Heard et Vagt, 1998; Rettie et al., 1998; Mallory et Hillis, 1998). Il puise également dans l’information présentée dans des rapports rédigés par ou pour d’autres compétences (Harris, 1999; Hatter, 2000; Dzus, 2001), ainsi que dans les tableaux généreusement fournis par des représentants des autorités provinciales/territoriales (voir les Remerciements).

Ce rapport, qui suit le nouveau format défini en avril 2000 (COSEPAC, 2000a) et révisé en 2001 (COSEPAC, 2001), est modelé par les définitions des notions d’espèce et de population en péril. Ces dernières se conforment aux AEN fixées en 1994 (CSEMDC, 1994) et à des perspectives mondiales (UICN, 1994; UICN, 1998, 1999) ramenées à une échelle nationale (COSEPAC, 2000c). Il fournit un complément d’information de fond pour les désignations faites par le COSEPAC en mai 2000 (tableaux 10 et 11, in COSEPAC, 2000b) et en mai 2002 sur la base des nouvelles AEN et des renseignements fournis par les diverses instances. En résumé, cette révision se limite aux éléments suivants :

  1. le caribou des bois forestier, sous-espèce caribou, à l’exception de l’écotype toundrique migrateur : populations de la rivière Leaf, de la rivière George, de l’île Pen et du cap Churchill, et autres populations du Nord de la plaine hudsonienne;
  2. les populations de quatre des huit AEN : montagnes du Nord, montagnes du Sud, boréale, et atlantique (COSEPAC, 1994);
  3. une cinquième population, de l’île de Terre-Neuve, traitée séparément de la population boréale en tant que population isolée distincte.


Connaissances locales

Ce n’est que depuis une vingtaine d’année qu’on reconnaît la valeur des connaissances écologiques locales et traditionnelles. Celles-ci sont maintenant intégrées dans les instructions du COSEPAC (COSEPAC, 2000a) et demandées, dans la mesure où elles sont disponibles, par la Loi sur les espèces en péril (LEP, 2002). Ces connaissances devraient être incorporées aux évaluations du statut du caribou effectuées par les diverses instances en vue de la prochaine révision de ce rapport « en évolution » (COSEPAC, 2001). Les auteurs de rapports du COSEPAC ne peuvent en effet pas en recueillir pour des espèces à répartition étendue, comme le caribou.

On cherche actuellement des façons de recueillir ces connaissances traditionnelles (p. ex. Kofinas, 1998; Urquhart, 2001). Jusqu’ici, la plus grande partie de ces connaissances proviennent de contacts personnels avec des chasseurs. Par exemple, dans les contreforts de l’Alberta, les gens de l’endroit identifiaient deux types de caribous; des études subséquentes ont défini les écotypes montagnard et forestier (Edmonds et Bloomfield, 1984). De même, des chasseurs autochtones avaient noté qu’il y avait deux types de caribous dans la population du cap Churchill (C. Elliott, comm. pers., 2000), observation qui a été confirmée par analyse de l’ADN (figure 2). Des sources inuites et cries des rives ouest de la baie d’Hudson ont aussi signalé que la population de l’île Pen se mêlait au caribou des bois (McDonald et al., 1997), présumément ceux de la population des rivières Nelson-Hayes. Les Cris et Inuits des rives du Québec ont remarqué une augmentation des effectifs de caribous le long de la baie James (McDonald et al., 1997). Les Cris du lac Mistassini, au Québec, ont rapporté que la population de la Caniapiscau descendait vers le sud jusqu’à Val-d'Or ou au lac Saint-Jean (Blacksmith, comm. pers., 1997). Certaines de ces informations sont disponibles sous forme imprimée (p. ex. Novalinga, 1997), mais une grande partie ne peuvent être recueillies que lors d’entrevues ou de contacts personnels. Comme les diverses instances commencent à réunir ce genre de connaissances, le prochain rapport de situation du COSEPAC sur le caribou des bois forestier devrait contenir plus d’informations fournies par des Autochtones ou des résidents locaux.


Figure 2 : Proportions des troupeaux du Sud et du Nord dans les populations locales de caribous échantillonnées au Canada

Figure 2 : Proportionsdes troupeaux du Sud et du Nord dans les populations locales de caribous échantillonnées au Canada.

(Dueck, 1998; Dueck et Strobeck, comm. pers.).

Codes des populations : CHS = Chisana, HRV = rivière Hart, ASK = Aishihik, WLF = lac Wolf, JNP = Sud du parc national Jasper, CAR =chaîne Cariboo, SLK = Centre de Selkirk, PRL = Sud de Purcell, SKN = Saskatchewan, PUK = Pukaskwa, NEO = Nord­Est de l’Ontario, MDR = Middle Ridge, HUM = Humber, MLY = Mealy, GRV = rivière George, KMB = cap Churchill, KAM = Qamanirjuaq, BEV = Beverly, BAT = Bathurst, BLN = Bluenose, SIL = Southampton, BFN = Sud de Baffin.


Figure 3 : Aires écologiques nationales définies par le COSEPAC en 1994

Figure 3 : Aires écologiques nationales définies par le COSEPAC en 1994.

Aires écologiques nationales du COSEPAC compilées par le Centre de télédétection des T.N.-O. à Yellowknife (T.N.-O.) à partir de la base de données du Cadre écologique du Canada, Agriculture et Agroalimentaire Canada et Environnement Canada, 1995.