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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la souris des moissons de la sous-espèce Megalotis et de la sous-espèce Dychei au Canada – Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat 

Les besoins précis en matière d’habitat de la souris des moissons sont peu connus. L’information au sujet de la préférence en matière d’habitat a été obtenue par déduction à partir des types d’habitats où l’espèce est le plus souvent capturée. L’espèce préfère les habitats caractérisés par un haut couvert herbacé (Kaufman et Fleharty, 1974; Moulton et al., 1981; Davis et al., 2000). Dans l’ouest des États-Unis et du Mexique, elle habite dans les prairies, les steppes arbustives, les habitats en bordure des superficies agricoles, les marais salants et les habitats riverains (Webster et Jones, 1982). Bien qu’au Mexique elle ait été signalée à des altitudes allant jusqu’à 4 000 m, au Canada, elle est confinée à des altitudes inférieures (Nagorsen, 1994). 

Colombie-Britannique 

En Colombie-Britannique, la souris des moissons se limite aux fonds de vallées ou aux pentes (jusqu’à 780 m) faisant face au sud des écosections du bassin Okanagan Sud, des hautes terres de l’Okanagan Sud, des chaînons Okanagan et du bassin de l’Okanagan Nord (Ministry of Environment de la Colombie-Britannique, 2005a; Meidinger et Pojar, 1991). Les habitats propices à l’espèce dans ces écosections comprennent les sous-zones très sèches et chaudes des zones intérieures biogéoclimatiques de la graminée cespiteuse, du pin ponderosa et du douglas taxifolié (Nagorsen, 1995; Meidinger et Pojar, 1991). Ces aires sont des steppes arbustives à hautes herbes, telles que l’agropyre à épi (Pseudoroegneria spicata), et à arbustes, tels que l’armoise tridentée (Artemisia tridentata) et la purshie tridentée (Purshia tridentada) (Nagorsen, 1994, 2005). 

Nagorsen (1995) mentionne que la plupart des souris des moissons ont été capturées dans des ravines asséchées ayant un couvert arbustif dense en bordure des prairies et des parcours naturels de steppes arbustives (n = 16 individus). 

À Prairie Valley (près de Summerland en Colombie-Britannique), 58,9 p. 100 des 321 souris des moissons ont été capturées dans des champs abandonnés, 20,6 p. 100 dans des arbustaies à armoise, 15,6 p. 100 dans des vergers de pommiers classiques, 2,2 p. 100 dans des zones riveraines, 1,6 p. 100 dans des forêts de pins ponderosa (Pinus ponderosa), 0,9 p. 100 dans des haies et 0,3 p. 100 dans des vergers de pommiers nains (Sullivan, 2004; Sullivan et Sullivan, 2006a; tableau 1). La densité des souris des moissons dans les champs abandonnés et dans un verger de pommiers non géré était de 10 individus par hectare, et celle dans les arbustaies à armoise était de 5 individus par hectare (Sullivan et Sullivan, 2005 et 2006b). La densité moyenne pendant les mois d’automne et d’hiver a varié de 54,3 individus par hectare dans les champs abandonnés où il y avait de la luzerne (Medicago sativa) en abondance et un couvert herbacé dense, à 4,7 individus par hectare dans les champs abandonnés sans luzerne dont le couvert herbacé était limité. Par conséquent, la qualité de l’habitat semble être augmentée par une strate herbacée bien développée et abondante. Au cours d’une étude menée à la Station de recherches de Summerland d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, des souris des moissons ont été capturées dans deux champs irrigués abandonnés depuis plus de 25 ans (Sullivan et Sullivan, 2004; tableau 1).

W. Klenner (données inédites; tableau 1) a constaté que les souris des moissons sont présentes à une densité relativement élevée (jusqu’à 22 individus par hectare) dans les steppes arbustives non pâturées dominées par la purshie tridentée (où le bétail n’a pas pâturé depuis au moins 25 ans). L’étendue de cet habitat dans la région de l’Okanagan est limitée. Des habitats semblables qui avaient été brûlés en 1991 (trois ans avant l’échantillonnage) assurent la subsistance d’une population de souris des moissons, mais à une densité moindre (jusqu’à 13 individus par hectare). La souris a aussi souvent été capturée dans des habitats fortement pâturés (peu de couvert herbacé) dominés par l’armoise ou la purshie tridentée (W. Klenner, données inédites). Ces résultats semblent indiquer que, même si elle préfère le couvert herbacé bien développé situé dans des habitats où il y a peu de pâturage, la souris des moissons est capable de survivre, ou du moins de se disperser, dans des habitats pâturés, à condition qu’il y ait présence d’une quantité suffisante de couvert par des arbustes tels que la purshie tridentée ou l’armoise.

Alberta

Les seules données au sujet des associations de la souris des moissons à un habitat en Alberta proviennent de relevés sur les petits mammifères effectués dans la réserve nationale de faune de Suffield (Reynolds et al., 1999; tableau 1). Selon ces enregistrements, l’espèce est fortement associée aux prairies ayant un relief bas, plat ou légèrement vallonné, des sols sablonneux et un couvert végétal dense, en particulier des arbustes. Bien que la plupart des captures aient eu lieu dans les prairies, six souris ont été capturées dans une forêt de peupliers deltoïdes ayant un couvert arbustif dense. Cette espèce semble nécessiter des habitats offrant une couverture abondante. Aucune capture n’a été faite dans des habitats humides.

Tendances en matière d’habitat

Colombie-Britannique

L’étendue des habitats de steppes arbustives de la souris des moissons dans la vallée de l’Okanagan a diminué au cours des 70 dernières années en raison de l’action combinée du pâturage du bétail, de l’agriculture et de l’urbanisation. Dans une analyse récente des steppes arbustives où prédomine la purshie tridentée. Wood (2003), a calculé le taux de perte (principalement en raison de l’étalement des vignobles) à 90 hectares par année de 1995 à 2001. Ce taux est passé à 220 hectares par année de 2001 à 2003. Selon ce taux, l’habitat de purshie tridentée sera complètement éliminé de la vallée du sud de l’Okanagan et de la Similkameen au cours des 18 prochaines années (Wood, 2003). Le pâturage influe vraisemblablement sur la qualité de l’habitat en modifiant la composition et le couvert naturels des espèces végétales des prairies (Tisdale, 1947). Dans le sud de la vallée de l’Okanagan, le pâturage intensif est arrivé à la fin des années 1880 (Cannings et al., 1987) et se poursuit encore aujourd’hui (Wikeem et Wikeem, 2004). Les pratiques de gestion de la végétation liées à l’agriculture (p. ex. le fauchage et le traitement herbicide) sont considérées comme diminuant la qualité de l’habitat de la souris des moissons, laquelle est associée à un couvert abondant. Toutefois, l’espèce semble bien s’adapter aux différents habitats; elle a été capturée dans des vergers conventionnels et biologiques dans l’Okanagan, bien qu’en des densités moindres dans des habitats présentant un couvert abondant, tels que les champs abandonnés (Sullivan, 2004; Sullivan et Sullivan, 2005, 2006a et b). La perte d’habitat liée à l’expansion rapide des villes de Penticton, Kelowna et Vernon représente probablement la menace la plus importante qui pèse sur l’habitat de la souris des moissons. Au cours des trente dernières années, la population humaine du bassin des rivières Okanagan et Similkameen a plus que doublé, ce qui constitue le taux de croissance le plus rapide des trois principaux bassins hydrographiques du Canada (Statistique Canada, 2003). De 1971 à 2001, la population humaine du bassin Okanagan-Similkameen a augmenté de 137 p. 100, atteignant un total de 285 145 personnes (Statistique Canada, 2003). Il est prévu que le district régional d’Okanagan-Similkameen connaîtra une croissance considérable au cours des 20 prochaines années. La tendance prévue est une augmentation de 30 p. 100 de la population de 2004 à 2021 (South Okanagan Regional Growth Strategy, 2006).

Alberta

Étant donné le degré des connaissances sur la souris des moissons en Alberta, l’évaluation des tendances en matière d’habitat est uniquement hypothétique. Il est probable que la tendance historique de culture et de pâturage de l’Alberta (Coupland, 1987), ainsi que l’urbanisation autour des villes, mettront en péril la qualité de l’habitat des petits mammifères de manière semblable à ce qui se produit en Colombie-Britannique. 

Protection et propriété

Colombie-Britannique

L’habitat propice à la souris des moissons se trouve dans plusieurs aires protégées (notamment des parcs, des réserves écologiques et des fiducies foncières) situées dans l’ensemble des vallées des rivières Okanagan et Similkameen. Bien que ces aires protégées puissent être exemptes de diverses formes d’aménagements et de perturbations, comme le sont les réserves écologiques, le pâturage par le bétail domestique s’effectue encore dans un grand nombre d’entre elles. La superficie totale de ces aires protégées est de 94 903 hectares, de laquelle 67 p. 100 (63 567 hectares) est propice à la souris des moissons (tableau 2). Les six aires protégées qui constituent la majorité de l’habitat de cette espèce sont l’aire protégée Kalamalka Lake (1 806 ha), le parc Okanagan Mountain (6 247 ha), l’aire protégée White Lake Grasslands (3 741 ha), l’aire protégée Vaseux (1 983 ha), l’aire protégée Snowy (1 653 ha) et l’aire protégée South Okanagan Grasslands (8 052 ha). De plus, environ 38 700 hectares sont gérés par The Nature Trust of British Columbia et comprennent des contrats de location privés et à long terme (2 700 ha), ainsi que des tenures publiques de pâturage (36 000 ha). Il est probable qu’un grand nombre de ces aires protégées soient séparées par des distances supérieures à la capacité de dispersion de la souris (Nagorsen, 1994).

Tableau 2.  Aires protégées contenant un habitat propice à la souris des moissons en Colombie-Britannique.
Aire protégéeSuperficie totale (ha)Superficie
de l’habitat
propice1 à l’espèce  (ha)
Pourcentage
de l’habitat
propice1
à l’espèce
Parc Kalamalka Lake2
978
978
100
Aire protégée Kalamalka Lake2
3 231
1 806
56
Parc Okanagan Lake2
98
65
66
Parc Okanagan Mountain2
10 462
6 247
60
Parc Inkaneep2
21
21
100
Aire protégée White Lake Grasslands2
3 741
3 741
100
Aire protégée Vaseux2
2 015
1 983
98
Parc Johnstone Creek2
38
14
37
Parc Keremeos Columns2
57
4
7
Aire protégée Snowy2
25 889
1 653
6
Aire protégée South Okanagan Grasslands3
9 370
8 052
86
Réserve écologique de Trout Creek2
68
68
100
Réserve écologique de Hayne's Lease2
101
101
100
Réserve écologique de Campbell-Brown4
104
104
100
Réserve écologique de Mahoney Lake2
30
30
100
The Nature Trust - location privée ou à long terme5
2 700
2 700
100
The Nature Trust - tenure publique de pâturage5
36 000
36 000
100
Total
94 903
63 567
67

1 Habitat propice à l’espèce tel que défini par Nagorsen (1995) (c.-à-d. unités biogéoclimatiques = BGxh1, PPxh1, IDFxh1 et IDFxh1a)
2 Information adaptée tirée de Wikeem et Wikeem, 2004
3 Information adaptée tirée de British Columbia Ministry of Water, Land and Air Protection (2003a, b, c, et d)
4 Information adaptée tirée du Ministry of Environment de la Colombie-Britannique (2005b)
5 C. McNaughton, comm. pers.

Le territoire domanial qui contient l’habitat de la souris des moissons comprend les 325 hectares de la Station de recherches de Summerland d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. De plus, 17 réserves indiennes, totalisant plus de 45 000 hectares, comprennent peut-être un habitat propice à l’espèce (tableau 3). Nagorsen (1994) a émis l’hypothèse qu’un grand nombre de ces réserves contiennent des prairies non modifiées de faible altitude qui sont donc fortement susceptibles de contenir un habitat convenable. Toutefois, l’état des réserves indiennes, en particulier la réserve à proximité d’Osoyoos, est susceptible d’être assez différent aujourd’hui de ce qu’il a pu être dans le passé et les possibilités de trouver des souris ont probablement diminué (D. Fraser, comm. pers.)

Tableau 3.  Réserves indiennes situées dans l’aire de répartition connue de la souris des moissons en Colombie-Britannique1 ou adjacentes à cette aire.
RéserveSuperficie totale (ha)
Blind Creek 6
161,0
Blind Creek 6a
0,1
Chopaka 7 et 8
1 573,8
Duck Lake 7
179,1
Keremeos Forks 12 et 12a
954,1
Lower Similkameen 2
1 293,7
Mission Creek 8
2,0
Narcisse’s Farm 4
750,3
Osoyoos 1
12 987,6
Osoyoos 3
64,7
Penticton 1
18 539,8
Penticton 2
13,1
Priest’s Valley 6
33,6
Range 13
6 768,1
Rivière Salmon1
1 559,3
Tsinstikeptum 9
339,0
Tsinstikeptum 10
641,8
Total
45 861,1

1 Source : coordonnatrice, CTA, Secrétariat du COSEPAC.

Alberta

La réserve nationale de faune de Suffield assure probablement la subsistance d’une population importante de souris des moissons à la limite septentrionale de l’aire de répartition de cette espèce. Plus de 45 900 hectares de l’habitat de la souris des moissons sont protégés par le gouvernement fédéral en bordure de la rivière Saskatchewan Sud dans la réserve nationale de faune de la Base des Forces canadiennes Suffield depuis sa désignation officielle en juin 2003. En 1992, aucune souris des moissons n’a été capturée lors d’un relevé des petits mammifères (5 transects et 888 nuits-pièges) effectué dans le parc provincial Writing-On-Stone (1 718 ha) (D. Gummer, comm. pers.). Cependant, il convient de continuer à traiter cette aire protégée comme pouvant fournir éventuellement  un habitat propice. La distance séparant la réserve nationale de faune de Suffield du parc provincial Writing-On-Stone (plus de 150 km) rend improbable la dispersion entre ces deux aires.