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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Naseux moucheté (Rhinichthys osculus) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Les renseignements accessibles sur l’habitat reposent sur des observations saisonnières entièrement diurnes; l’utilisation nocturne n’a jamais été décrite. L’habitat du naseux moucheté dans la rivière Kettle au printemps, à la fin de l’été et à l’automne a été décrit ainsi (Peden et Hughes, 1981 et 1984; Peden, 1994 et 2002) : en général, les naseux sont capturés près du fond, sur des substrats rocheux présentant des radiers et un courant relativement fort, selon la taille des poissons. En mars, les naseux mouchetés hivernent probablement à cause des faibles températures de l’eau. À ce moment de l’année, on les trouve dans des plats relativement profonds (> 1,0 m), derrière des structures comme de gros rochers, des billes de bois et des culées de pont.

Les observations suivantes ont été faites pendant l’été et l’automne. Des concentrations de jeunes de l’année (âge 0+) ont été repérés le long des rives dans des habitats peu profonds à courant faible, où on les a observés dans des substrats de galets propres à grands interstices (espaces libres entre les pierres). Les naseux mouchetés semblent se réfugier des prédateurs dans ces interstices. Les R. osculus adultes (> 40 mm de longueur standard) semblent associés aux substrats grossiers et aux courants plus rapides. Des adultes ont été repérés immédiatement en amont des chutes Cascade, dans un substrat de roches (de 30 à 40 cm de diamètre). Les grosses particules sont caractéristiques des radiers abrupts, des rapides et des cascades (qui sont rares dans le réseau, particulièrement dans les tronçons à faible pente des cours d’eau principaux). Il faudrait un débit de lessivage pour maintenir les espaces interstitiels dans ce type d’habitat. Aucune forte concentration de naseux mouchetés n’a été observée dans le cours inférieur de la rivière Granby, où les substrats de fond sont principalement composés de sable; on a toutefois trouvé des alevins dans cette zone au début des années 1980. La plupart des adultes repérés se trouvaient dans le tronçon de la rivière situé entre le pont routier de Grand Forks et le point de confluence avec la rivière Kettle. Les auteurs ont signalé que les gros naseux mouchetés étaient observés le plus souvent à des profondeurs de> 0,5 m. Les eaux de plus de 1,5 m de profondeur n’ont pas été échantillonnées, mais Peden (2002) a supposé que des naseux mouchetés s’y trouvaient. Ces derniers étaient plus abondants dans les zones où seule une fine pellicule d’algues couvrait les roches que dans les zones où les algues formaient un tapis épais.

Récemment, des naseux mouchetés ont été capturés au printemps et à l’automne dans des chenaux latéraux et des habitats des berges en amont du canyon de la rivière Kettle (situé au sud-ouest du lac Christina, le canyon [figure 4] mesure 900 m de long et se trouve immédiatement en aval des chutes Cascade) (PDI, 2005). Les données indiquaient que des naseux mouchetés juvéniles se servaient des chenaux latéraux toute l’année et des habitats des berges le printemps et l’automne. Les adultes, quant à eux, vivaient dans des eaux peu profondes, surtout l’été; les années où le débit est faible, les chenaux latéraux et les habitats des berges ne sont pas accessibles, et les poissons sont confinés dans les eaux peu profondes. Pendant les grandes sécheresses, les naseux meurent ou restent isolés dans des zones d’eaux peu profondes. Très peu de naseux mouchetés ont été prélevés d’habitats semblables en aval du canyon. Au cours des relevés en plongée en apnée effectués en octobre 2005, des naseux mouchetés ont été observés dans des zones de radiers ou autres zones à courant fort (A. Wilson, comm. pers.).

Figure 4. Canyon en aval des chutes Cascade dans la rivière Kettle (photographie tirée de la présentation de l’Okanagan Nation Alliance à la Powerhouse Energy Corporation, en septembre 1999 [EAO, 1999]).

Figure 4.Canyon en aval des chutes Cascade dans la rivière Kettle

Figure 5. Sommaire du débit quotidien de la rivière Kettle comparant les valeurs de l’année de sécheresse 2003 aux valeurs des débits quotidiens moyen, maximal et minimal ainsi qu’aux valeurs correspondantes quartiles supérieur et inférieur. Les débits enregistrés en septembre 2003 ont été les plus faibles de la période de référence de 75 ans.

Figure 5.Sommaire du débit quotidien de la rivière Kettle comparant les valeurs de l’année de sécheresse 2003 aux valeurs des débits quotidiens moyen, maximal et minimal ainsi qu’aux valeurs correspondantes quartiles supérieur et inférieur

Figure 6. Débits de base à la fin de l’été dans la rivière Kettle, à Laurier, avec l’intervalle de récurrence des débits minimaux inférieurs aux normes de conservation des poissons fixés à 10 p. 100 et 20 p. 100 du DMA. Le creux extrême de septembre 2003 correspondait à 5 p. 100 du DMA, nettement au-dessous des niveaux reconnus de conservation des poissons. La ligne pointillée représente l’intervalle de récurrence d’un débit moyen mensuel de 10 cm.

Figure 6. Débits de base à la fin de l’été dans la rivière Kettle, à Laurier, avec l’intervalle de récurrence des débits minimaux inférieurs aux normes de conservation des poissons fixés à 10 p. 100 et 20 p. 100 du DMA

Peden et Hughes (1981) ont trouvé des naseux mouchetés juvéniles dans presque toutes les portions de la rivière Kettle se trouvant à moins de 884 m d’altitude, là où les habitats étaient de qualité. Ils ont remarqué que les petits poissons vivaient plus en amont dans le réseau que les gros poissons et ont attribué cette tendance à des processus de croissance différents liés à la température. La fraye tardive à des basses températures peut aussi constituer un facteur. Les auteurs ont constaté que la fourchette de tailles relativement plus petite des poissons de la rivière Granby peut indiquer qu’il s’agit d’une rivière peu productive.

Haas (2001) a évalué sur le terrain les préférences des naseux mouchetés, léopards et d’Umatilla en matière de vitesse de courant au cours de la période automnale de faible débit. Il a aussi analysé en laboratoire (à 18 °C) les niveaux de tolérance aux courants des naseux mouchetés matures (fourchette de tailles de 50 à 70 mm). Des données de terrain ont été recueillies dans le chenal principal de la rivière Kettle et de la rivière Granby. En milieu naturel, ce sont les naseux mouchetés que l’on a retrouvés aux vitesses de courant les moins élevées (Haas, 2001). Au fond du cours d’eau (où il les a repérés), le courant allait de 0 à 15 cm/s (courant médian de ~ 3 cm/s), alors qu’il était de 0 à 30 cm/s (moyenne de 15 cm/s) à 60 p. 100 de la profondeur moyenne. En laboratoire, Haas (2001) a constaté que, des 3 espèces, c’est le naseux moucheté qui tolère les plus faibles courants, jusqu’à un maximum d’environ 60 cm/s (tant au fond qu’à 60 p. 100 de la profondeur moyenne). Dans la nature, les naseux mouchetés préfèrent une profondeur d’environ 30 cm (valeur médiane; fourchette de 5 à 65 cm). L’échantillonnage a été limité à la profondeur maximale que l’on peut atteindre avec des bottes-salopettes. Il est possible que, dans le cas des naseux plus gros, les conclusions quant à la préférence de profondeur aient été biaisées par la difficulté d’échantillonnage en eaux profondes ou que les variations dans la granulométrie des substrats aient influé sur les résultats. Seuls de très petits naseux mouchetés ont été repérés le long des rives des cours d’eau. Au début d’août, on peut prendre à l’épuisette des alevins (d’environ 10 mm de longueur) dans les substrats limoneux ou sableux des eaux dormantes peu profondes (< 2 cm) (McPhail, sans date).

Les préférences de profondeur et de courant (courbes d’IQH [indice de qualité de l’habitat]) en milieu naturel varient d’un réseau à l’autre selon la disponibilité des habitats, la température de l’eau, les sources de nourriture, la taille et l’abondance des poissons et la présence d’autres espèces de poissons (Baltz et al., 1982; Moyle et Baltz, 1985). Les courbes d’IQH élaborées par Moyle et Baltz (1985) pour le ruisseau Deer (Californie) (débit moyen annuel [DMA] de 9 096 m³/s; il s’agit donc d’un cours d’eau beaucoup plus petit que la rivière Kettle) indiquent une préférence des juvéniles pour les habitats où le courant dans la colonne d’eau est de < 70 cm/s (moyenne de < 29 cm/s) et la profondeur est de 5 à 65 cm (moyenne de 27 cm). Les adultes, quant à eux, préfèrent un courant de < 120 cm/s (moyenne de < 44 cm/s) et une profondeur de 5 à 75 cm (moyenne de 27 cm). On a surtout signalé des naseux mouchetés dans des substrats grossiers, notamment des galets et des roches. Les courbes d’IQH, toutefois, peuvent avoir été biaisées par la diversité hydraulique propre au cours d’eau et la taille du cours d’eau.

Le DMA de la rivière Kettle, à Cascade, est d’environ 75 m³/s (Powerhouse Energy Corp., 1999). Les modèles annuels d’écoulement du réseau de la rivière Kettle sont semblables à ceux de la plupart des cours d’eau intérieurs aux débits élevés au printemps, à la fonte des neiges (de mai à juillet) et aux faibles débits à l’automne et à l’hiver (d’octobre à mars). Peden (2002) a pu constater l’ampleur des débits de pointe en trouvant des débris dans des arbres, à 6 m au-dessus des niveaux d’eau automnaux, près de Cascade (une région où le chenal est limité par un canyon dans la roche-mère).

Les registres de températures de la Division des relevés hydrologiques du Canada pour la rivière Kettle, près de Ferry (États-Unis), en aval de Midway (Colombie-Britannique), permettent de conclure que la température moyenne annuelle de l’eau est d’environ 8 ºC, et la température maximale, de 23 ºC. La température de l’eau baisse (< 5 ºC) de novembre à mars. En été, l’eau est plus fraîche dans les affluents que dans les cours d’eau principaux. En août, la température de l’eau de 2 affluents variait en moyenne de 13 à 15 ºC, comparativement à 19 ou 20 ºC dans le chenal principal des rivières Kettle et Kettle Ouest. En septembre, la température de 7 affluents se situait dans la fourchette de 8 à 12 ºC, alors qu’elle était en moyenne de 12 à 14 °C dans les rivières Kettle et Kettle Ouest (Sebastian, 1989). Oliver (2002) a signalé des températures quotidiennes maximales au cours de l’été de 23 °C à Midway, de 24 °C à Grand Forks et de 25 °C à Cascade. De faibles températures de l’eau peuvent limiter la répartition de l’espèce dans le réseau en l’empêchant d’accéder aux affluents. Sebastian (1989) a observé des naseux dans un affluent (ruisseau Rock) qui se trouve immédiatement en amont de son point de confluence avec la rivière Kettle. Des relevés réalisés plus récemment dans la rivière Kettle, y compris dans le ruisseau Rock, n’ont pas permis de repérer de naseux dans 4 grands affluents de la rivière Kettle (A. Wilson, comm. pers.).

L’eau est limpide pendant la majeure partie de l’année. Des données de septembre 1988 sur la qualité de l’eau provenant du Ministry of Environment de la Colombie-Britannique indiquaient l’existence d’un habitat modérément productif dont l’alcalinité totale se situait entre 50 et 65 mg/L, et les matières dissoutes totales, entre 80 et 116 mg/L, dans les rivières Kettle et Kettle Ouest. Le pH allait de 7,9 près de Midway à 7,4 dans les eaux d’amont de la Kettle (Sebastian, 1989). Le site Web d’Environnement Canada (2005) indiquait pour la rivière Kettle, au pont du chemin Carson, des niveaux d’alcalinité totale comparables pendant les mois d’été de la période de référence. En octobre 2005, les niveaux d’alcalinité étaient de 78 à 82 mg/L et de 46,5 à 77,9 mg/L dans la Kettle. La teneur en phosphore total était inférieure à la limite de détection (0,002 mg/L sauf dans le canyon Cascade, où elle était légèrement plus élevée[0,003 mg/L]), tandis que la teneur en azote total allait de 0,06 mg/L dans les zones d’amont à 0,24 mg/L dans le canyon Cascade. La teneur en nitrates variait de 0,011 à 0,115 mg/L (Wilson, comm. pers.). Ces chiffres illustrent la grande variabilité annuelle de la chimie de l’eau due aux changements de débit des cours d’eau. Des analyses ont montré que le débit constitue pour les espèces aquatiques, surtout vers la fin de l’été, un facteur limitatif important (Sebastian, 1989). Le réseau Kettle-Granby était un candidat intéressant pour la désignation de « cours d’eau vulnérable » aux termes de laBC Fish Protection Act (1997), car les débits estivaux ne répondent pas aux besoins des poissons, les habitats de certains cours d’eau étant asséchés pendant de longues périodes (données inédites du Ministry of Environment de la Colombie-Britannique).

Tendances en matière d’habitat

On peut tirer des conclusions sur les tendances de la disponibilité des habitats de qualité à partir des tendances des activités humaines dans le bassin versant. Des renseignements sur la région sont accessibles sur les sites Web du district régional de Kootenay Boundary (site disponible en anglais seulement) (2003) et de la Ville de Grand Forks (site disponible en anglais seulement) (2005).

Les premiers Européens à coloniser la région étaient des agriculteurs, mais vers le début du XXe siècle, il s’est produit une vague d’industrialisation : installation de voies ferrées, aménagement de mines et construction d’une fonderie et d’une centrale électrique. On trouve encore près de la ville des crassiers et des déchets provenant de la fonderie. De nos jours, l’économie de Grand Forks repose sur l’industrie du bois d’œuvre, bien que l’agriculture, l’extraction minière et le tourisme y contribuent largement aussi. La population de Grand Forks est passée de quelque 200 habitants au milieu des années 1890 à près de 4 000 habitants aujourd’hui (et à environ 10 000 habitants dans le bassin Kettle-Granby et dans la région de Kootenay Boundary).

Les importants prélèvements d’eau à des fins agricoles, particulièrement pour l’irrigation, influent sur la disponibilité des habitats pendant les mois d’été, quand les débits sont déjà naturellement faibles. Aqua Factor Consulting Inc. a analysé en 2004 la demande et la disponibilité de l’eau dans le bassin de la rivière Kettle. L’irrigation représente de 75 à 85 p. 100 de la demande totale. Les débits se sont de plus en plus affaiblis au cours des 75 dernières années, notamment à cause de la hausse des allocations d’eau, au point où le système est maintenant considéré comme étant « régularisé » (Le système est considéré comme étant régularisé, plutôt que naturel, en raison de la quantité d’eau prélevée du système, en conséquence des structures de détournement et des prélèvements au fil de l’eau.) (R.A. Ptolemy, comm. pers.). Dans la partie britanno-colombienne du bassin versant en amont de Cascade, le taux de croissance de la superficie des terres faisant l’objet de permis d’irrigation est passé graduellement de quelque 5 acres/an à 160 acres/an entre 1929 et 1962. Entre 1963 et 1981, la superficie irriguée a crû à un taux moyen de 585 acres/an pour décliner ensuite à un taux moyen de 65 acres/an à mesure que les utilisateurs d’eau dans le bassin délaissaient la dérivation des eaux de surface et adoptaient l’utilisation des eaux souterraines (Aqua Factor Consulting Inc., 2004). Comme il semble exister un lien étroit entre les réservoirs aquifères et le débit des cours d’eau principaux, l’utilisation des eaux souterraines risque de ne pas résoudre les problèmes chroniques de faibles débits dans le réseau. Il est impossible de déterminer l’augmentation de l’exploitation des eaux souterraines, car la Colombie-Britannique n’exige pas de permis de prélèvement des eaux souterraines. Des prélèvements d’eaux de surface d’environ 60 000 acres-pieds/an sont couverts par des permis de la Colombie-Britannique et de l’État de Washington, et la demande est la plus forte pendant l’été et l’automne. La plupart des permis n’impliquent pas le stockage de l’eau. Dans l’État de Washington, où il faut disposer d’un permis pour extraire des eaux souterraines, une quantité supplémentaire d’environ 9 000 acres-pieds/an a été allouée à cet usage. Les allocations d’eau autorisées par permis représentent environ le double de la quantité d’eau extraite en 2003. Aqua Factor Consulting Inc. (2004) estime que la portion non utilisée de ces allocations peut suffire à répondre à la hausse de la demande des 30 à 40 prochaines années.

Peden et Hughes (1981) ont signalé une faible abondance de poissons, y compris de naseux mouchetés, dans la rivière Kettle, près de la scierie de Midway et une absence de naseux mouchetés immédiatement en aval de la station d’épuration des eaux usées de Grand Forks (au point de confluence des rivières Kettle et Granby), peut-être à cause des changements dans la qualité de l’eau. Les activités humaines peuvent avoir affecté l’abondance des poissons et continuent probablement d’avoir des impacts (Peden, 2002). Ces données empiriques peuvent aussi résulter du faible gradient du cours d’eau et de l’absence de radiers abrupts dans ces deux tronçons.

Une proposition visant un projet d’aménagement d’une centrale au fil de l’eau aux chutes Cascade, en aval de Grand Forks, a été présentée au gouvernement provincial en 1999.(Une centrale au fil de l’eau ne nécessite pas l’aménagement d’un grand réservoir pour emmagasiner l’eau provenant de la zone de captage, car le débit et la dénivellation de la rivière fournissent la pression nécessaire pour faire tourner la turbine; il n’est pas non plus nécessaire de dériver l’eau vers la turbine.) Les chutes Cascade se trouvent au milieu du canyon de la rivière Kettle. Si le projet se réalise, il sera érigé sur le site historique d’une centrale abandonnée, construite en 1899 et exploitée jusqu’en 1919. Après une analyse des impacts du projet sur l’habitat des poissons fondée sur la proposition initiale, dans laquelle on plaçait la crête de déversoir à une hauteur de 485,5 m, l’entreprise a présenté une deuxième proposition (PDI, 2003). Cette dernière abaissait la crête de déversoir à 483,2 m et incluait l’installation d’une digue de caoutchouc. Cet aménagement modifie nettement la zone de retenue et permet le passage de la charge de fond dans le réseau; il a été utilisé avec succès ailleurs dans la province pour des projets de petites centrales ou de micro-centrales hydroélectriques (BC Hydro, 2000). À un débit moyen annuel de 75 m³/s, l’effet de remous proposé a été réduit à 750 m (comparativement à 1,7 km selon la proposition originale). À cette hauteur de crête moins élevée, le niveau des eaux de surface dans le déversoir devrait être 0,7 m plus haut que dans les conditions naturelles avec débit moyen annuel et 1,1 m plus haut que dans les conditions naturelles avec débit réduit de 10 m³/s. La surface occupée par le déversoir entraînera une perte de 537,5  d’habitat potentiel pour les naseux mouchetés (PDI, 2005). Le déversoir, toutefois, se trouve dans une zone considérée comme un habitat marginal, car, de cet endroit, les individus peuvent de toute façon être entraînés en aval de la chute et être ainsi isolés de la population.

Le canyon n’a que 900 m de longueur et se trouve immédiatement en aval du site du déversoir. L’extrémité inférieure du canyon se trouve à 5 km de la frontière des États-Unis. Les impacts potentiels en aval du point de retour de l’eau dans le canal de fuite de la centrale sont nuls, car les débits de production d’électricité sont combinés aux débits assurés du canyon pour égaler le débit naturel à l’extrémité en amont du tronçon inférieur de5 km. Selon les examinateurs techniques des pêches (voir par exemple EAO, 2004) du projet Cascade, les risques d’assèchement sont nuls même s’il y a une faible probabilité d’une courte perturbation du débit attribuable à l’interruption de l’acheminement du débit lors des pannes de courant, essentiellement parce que les perturbations du débit causées par le réacheminement dans le chenal naturel ne dureront pas assez longtemps pour qu’il y ait assèchement. Peden (2001) indique que la population en aval des chutes ne semble pas autosuffisante, ce qui s’expliquerait par l’isolement reproductif ou par la concurrence avec le naseux d’Umatilla. 

Le promoteur, qui reconnaît l’existence d’un certain niveau d’incertitude dans la prédiction de la réaction des naseux mouchetés à la création du réservoir de barrage, a analysé les modifications au projet avec M. J.D. McPhail (Ph. D.) (UBC) et M. Alex Peden (Ph. D.), deux universitaires experts des naseux de la Colombie-Britannique (PDI, 2005). Les résultats de la modélisation HEC-RAS (modélisation hydraulique des changements de courant et de profondeur selon différents débits et effets de remous[U.S. Geological Survey, 2004]) ont été analysés avec le M. J.D. McPhail (Ph. D.) et étudiés par les organismes fédéral et provincial chargés des pêches dans le cadre du processus continu d’évaluation environnementale. Les messieurs McPhail (Ph. D.) et Peden (Ph. D.) (PDI, 2005) ont indiqué que les effets sur les naseux mouchetés peuvent ne pas être significatifs selon la nouvelle configuration. Cette atténuation résulte entre autres des éléments suivants : les zones importantes, dont les frayères et les zones où les densités les plus élevées de naseux mouchetés ont été repérées, se situent en amont de la zone de remous; un débit sera maintenu dans le réservoir du barrage; il sera possible de réduire le niveau d’eau dans le déversoir pendant les périodes de débit élevé afin de permettre le lessivage des sédiments fins accumulés dans la zone du réservoir du barrage. Plus récemment (Bradford 2006), un rapport d’évaluation des dommages permissifs indique qu’une petite fraction seulement de la population de naseux mouchetés serait touchée par le projet en raison des répercussions minimes du réservoir du barrage et de l’exploitation de l’installation, et il a conclu que le projet proposé ne représenterait, tout au plus, rien d’autre qu’une augmentation très limitée d’une menace d’extinction. En réponse aux incertitudes, un plan de surveillance a été proposé dans le cadre du programme de compensation afin d’évaluer toute modification dans l’habitat, l’abondance et le processus d’entraînement des naseux mouchetés qui pourrait résulter de la mise en œuvre du projet (PDI, 2005).

Protection et propriété

L’habitat connu du naseux moucheté est protégé de manière générale par les lois fédérales, notamment par les articles portant sur l’habitat du poisson de la Loi sur les pêches, et les dispositions en matière d’habitat des différentes lois provinciales visant à protéger l’environnement, la qualité de l’eau et les poissons. Aucun de ces textes de loi ne protège expressément l’habitat du naseux moucheté. En plus d’être visé par ces mesures générales de protection, l’habitat du naseux moucheté est protégé par les gouvernements provincial et fédéral (p. ex. dans le cadre des procédures d’évaluation environnementale), l’espèce ayant été reconnue comme en péril par le BC Conservation Data Centre et par le COSEPAC.

La rivière Kettle a été désignée par le gouvernement provincial comme une rivière du patrimoine qui fait partie du réseau britanno-colombien des rivières patrimoniales en raison de ses valeurs naturelle, culturelle et récréative exceptionnelles. Le réseau des rivières patrimoniales vise à sensibiliser la population aux saines pratiques d’intendance des rivières de la province et à les promouvoir. Les directives de gestion de la rivière consistent à protéger l’habitat des espèces de poissons rares, à établir et à maintenir une approche intégrée et durable de l’utilisation des terres et des eaux du bassin versant tout en tenant particulièrement compte de l’industrie agricole, à protéger et à surveiller la santé des processus naturels dans la rivière, à en gérer et à en surveiller l’utilisation récréative de manière à maintenir la qualité des activités tout en n’ayant qu’un minimum d’effets sur l’environnement. Une fois qu’une rivière est désignée, la vision et les directives de gestion de cette rivière sont prises en compte dans les processus de planification; toutefois, bien qu’elles visent à guider les processus, elles n’en dictent pas l’aboutissement.

Les eaux qu’habite le naseux moucheté au Canada appartiennent à l’État, mais l’utilisation privée de ces eaux de surface est autorisée par permis.