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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Naseux moucheté (Rhinichthys osculus) au Canada

Biologie

On a peu de données sur la biologie fondamentale du naseux moucheté. Les seules sources d’information publiée sur la biologie du naseux moucheté au Canada sont Peden et Hughes (1981 et 1984) et Peden (1994). McPhail (sans date) a produit un résumé sur le naseux moucheté que l’on peut consulter sur le site Web de l’UBC (PDF, 284 Ko, disponible en anglais seulement)

Cycle vital et reproduction

Des études menées en laboratoire (Kaya, 1991) ont montré que tant l’augmentation de la photopériode que la hausse de la température de l’eau déclenchent le fraye chez le naseux moucheté. Les individus gardés à 15 ºC et soumis à 14 heures de clarté et à 10 heures d’obscurité après juin ont frayé de 1 à 2 jours après que la température de l’eau a été élevée à 18 ou 24 ºC. Les naseux mouchetés gardés en aquarium frayaient d’avril à juillet quand la température de l’eau était maintenue dans la fourchette des 21 à 29 ºC et soumise à une photopériode naturelle, ce qui indique que la fraye peut être prolongée. Les œufs nouvellement fécondés ont environ 1,8 mm de diamètre, sont adhésifs et plus denses que l’eau. En aquarium, les œufs ont été déposés à la base des pierres disponibles, sur les filtres et dans les coins.

Aucun comportement ni site de fraye n’a été documenté en Colombie-Britannique. Peden et Hughes (1981) ont étudié la maturité ovarienne chez des femelles du naseux moucheté et indiqué que la fraye débutait probablement à la mi-juillet. Les données recueillies pendant l’échantillonnage sur les femelles en état de frayer correspondent à ce calendrier (PDI, 2005). Peden et Hughes (1981) ont aussi signalé que les femelles jugées en état de frayer contenaient relativement peu de gros œufs (ordinairement < 500) de 1,5 mm de diamètre. Le nombre de gros œufs que portaient des femelles capturées à l’automne allait de 450 à 2 000 environ, ce qui indique un seul cycle ovarien par année. Le développement des œufs suit de près la fécondation, l’éclosion survenant dans les 4 ou 5 jours suivants à 24 ºC et dans les 6 à 7 jours suivants à 18 ºC; les larves fraîchement écloses ont environ 6 mm de long et nagent librement environ une semaine plus tard (selon la température); quand elles atteignent environ 8 mm de long, elles émergent du substrat et commencent à se nourrir activement (McPhail, 2003).

Les alevins nouvellement éclos apparaissent dans la rivière au début d’août et mesurent environ 9 mm. À la fin d’octobre, ils ont environ 20 à 30 mm de longueur à la fourche (McPhail, 2003). Les histogrammes de fréquences de longueurs tirés des échantillonnages de juillet et d’août 2000 et 2001 suggèrent la présence d’au moins 3 catégories de tailles ou groupes d’âges (IPGS, 2005). La plupart des mâles de la rivière Kettle parviennent à maturité à la fin du deuxième été (âge 1+) et frayent pour la première fois l’été suivant (âge 2+). Les femelles atteignent normalement la maturité sexuelle un an après les mâles. Les naseux mouchetés n’atteignent pas la maturité avant de mesurer entre 40 et 50 mm de longueur (Peden et Hughes, 1984). Malgré l’absence de données détaillées sur la structure d’âge, l’échantillonnage sur le terrain indique que la population d’adultes est surtout composée d’individus ayant une longueur à la fourche de < 60 mm (individus qui en sont à leur deuxième ou à leur troisième été); les femelles, dont la longueur à la fourche peut parfois dépasser les 90 mm, en sont probablement à leur quatrième été (âge 3+) (Peden et Hughes, 1981 et 1984; Peden, 1994; McPhail, 2003).

Peden et Hughes (1984) ont observé un très grand nombre de jeunes poissons dans la rivière Kettle et suggéré que le potentiel de reproduction était élevé. Ils ont capturé moins de mâles que de femelles, mais il est à noter qu’ils n’ont pas été en mesure d’échantillonner efficacement les sites à fort courant, sites où peuvent se trouver de gros mâles. Les mâles sont rares dans la plupart des prises, ce qui révèle peut-être des différences liées au sexe dans l’utilisation des microhabitats (Peden et Hughes, 1984; McPhail, 2003).

Herbivores/prédateurs

Le contenu stomacal des naseux mouchetés adultes capturés montre qu’ils consomment des larves d’insectes aquatiques et de grandes quantités d’algues vertes filamenteuses. Certains spécimens capturés en septembre contenaient des insectes ailés (Peden et Hughes, 1981; Peden, 1994 et 2002; McPhail, 2003). Peden (2002) a remarqué que l’intestin des naseux mouchetés n’est pas long et qu’il ne présente pas l’enroulement caractéristique des herbivores. Selon lui, l’ingestion des algues vertes était peut-être accidentelle. Le petit nombre de juvéniles examinés permet de croire à une alimentation semblable à celle des adultes, mais leur estomac contenait une plus forte proportion d’algues, de diatomées et de chironomes (McPhail, 2003).

Physiologie

Il n’existe aucune étude documentée sur la physiologie du naseux moucheté.

Déplacements et dispersion

On ne trouve dans la documentation aucune mention de migration du naseux moucheté, bien que Minckley (1973) ait fait allusion à la capacité du naseux moucheté de recoloniser des refuges isolés dans des rivières d’Arizona après des inondations catastrophiques. Les jeunes de l’année quittent leur habitat peu profond et à faible courant pour occuper, au fil de leur croissance, des eaux plus profondes et à courant plus fort (Peden et Hughes, 1981 et 1984). Les naseux mouchetés du Canada sont, sur le plan de la reproduction, isolés des autres populations situées en aval des chutes Cascade (un obstacle naturel de 30,5 m empêchant la migration en amont). Les déplacements transfrontaliers entre les tronçons américain et canadien de la rivière Kettle, en amont des chutes Cascade, sont possibles. Les naseux mouchetés qui sont entraînés en aval des chutes ne peuvent retourner au sein de leur population d’amont.

Relations interspécifiques

Le naseux moucheté cohabite avec la bouche coupante (Acrocheilusalutaceus), la sauvagesse du nord (Ptychocheilus oregonensis), le méné rose (Richardsonius balteatus), le meunier rouge (Catostomus catostomus), le meunier de l’ouest (Catostomus columbianus), le meunier à grandes écailles (Catostomus macrocheilus), la truite arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss), l’omble de fontaine (Salvelinus fontinalis) (espèce introduite), le ménomini de montagnes (Prosopium williamsoni), le chabot tacheté (Cottus bairdii) et le chabot visqueux (Cottus cognatus) dans le réseau de la rivière Kettle, en amont des chutes. Le naseux moucheté et le naseux d’Umatilla coexistent dans un court tronçon en aval des chutes Cascade, mais le naseux d’Umatilla semble remplacer le naseux moucheté à environ 10 km au sud de la frontière avec les États-Unis, probablement par exclusion compétitive (Peden et Hughes, 1988).

Les interactions spécifiques dans le réseau de la rivière Kettle n’ont pas été étudiées. Baltz et al. (1982) ont constaté que les interactions compétitives entre le naseux moucheté et le chabot des rapides (Cottus gulosus) pour un microhabitat préféré dans un ruisseau californien étaient influencées par la température de l’eau.

Adaptabilité

L’adaptabilité aux changements de l’habitat n’a pas été étudiée chez le naseux moucheté du Canada. La généralisation des résultats d’études de cas menées aux États-Unis peut être trompeuse à cause de l’étendue de la diversité adaptative observée parmi les populations dans différents bassins (Peden, 2002; McPhail, 2003). Comme le naseux moucheté est adapté aux eaux chaudes, il peut être en mesure de profiter des températures plus élevées associées au changement climatique. Par contre, on ne sait pas s’il pourra aussi s’adapter à la baisse des débits estivaux associés au réchauffement climatique, à la dégradation subséquente de l’habitat et à la réduction des sources de nourriture provenant des radiers. Peden (2002) a supposé que la présence actuelle de gros naseux mouchetés dans la zone située en amont de l’ancien barrage près des chutes Cascade pouvait témoigner de la capacité de l’espèce de réagir à une amélioration de l’habitat ou à la restauration des débits naturels après l’enlèvement du déversoir et du barrage.