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Programme de rétablissement de la tradescantie de l’Ouest (Tradescantia occidentalis) au Canada – 2013

7. Habitat Essentiel

Le paragraphe 2(1) de la LEP définit l'habitat essentiel comme « l'habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d'une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d'action élaboré à l'égard de l'espèce ».

7.1 Approches pour désigner l'habitat essentiel

La désignation de l'habitat essentiel de la tradescantie de l'Ouest est fondée sur les meilleures données disponibles sur les occurrences de l'espèce qui étaient connues d'Environnement Canada à la fin de 2010 et indique ce qui est nécessaire à l’atteinte des objectifs en matière de population et de répartition. L'approche ayant servi à désigner l'habitat essentiel pour la tradescantie de l'Ouest repose sur un arbre de décision élaboré par l'équipe de rétablissement des plantes en péril des provinces des Prairies afin d’orienter la désignation de l'habitat essentiel des espèces de plantes terrestres et aquatiques en péril dans les Prairies. Elle est résumée ci-après.

L’habitat principal de la tradescantie de l'Ouest est caractérisé par des dunes partiellement stabilisées aux pentes modérées, présentant des parcelles de sable nu ainsi que par des creux interdunaires plus stabilisés ou une alternance de cordons dunaires et de prairies planes dans certains secteurs de son aire de répartition (section 3.3). Bien qu'il soit possible que des îlots d'arbres et d'arbustes parsemant une matrice dunaire soient également utiles à la tradescantie de l'Ouest comme habitat secondaire et peut-être transitoire pour les raisons expliquées à la section 3.3, les occurrences observées dans ce type d'habitat ne sont probablement pas essentielles à la survie d’une population. Par conséquent, seules les occurrences observées au sein de l'habitat principal ont été prises en considération dans le processus de désignation de l'habitat essentiel.

L'habitat principal présente habituellement des limites claires et apparaît comme des parcelles bien définies dans l'analyse de classification de la couverture terrestre réalisée au moyen de technologies de télédétection[10]. Par conséquent, étant donné que l'espèce occupe des parcelles d'habitat bien définies et faciles à délimiter, est une plante vivace de taille moyenne, a une présence très régulière et est facile à repérer pendant la saison de floraison, l'habitat essentiel désigné de la tradescantie de l'Ouest comprend les parcelles d'habitat principal occupées ainsi que l'ensemble des modelés naturels, des sols et de la végétation indigène se trouvant à moins de 300 m de chaque parcelle d'habitat[11], conformément aux critères de l'arbre de décision. Ces 300 m représentent la distance minimale requise pour conserver l'habitat nécessaire à la survie à long terme de l'espèce. La valeur de cette distance est basée sur un examen détaillé de la documentation portant sur l’analyse des effets de lisières pour différentes utilisations des terres susceptibles d’avoir des répercussions sur la disponibilité des ressources pour les plantes indigènes des prairies en général et de contribuer à la décroissance de la population.

7.2 Désignation de l'habitat essentiel de la tradescantie de l’Ouest

Les cartes indiquant l'emplacement des parcelles d'habitat essentiel se trouvent à l'annexe A. Ces parcelles d'habitat essentiel ont une superficie totale de 2 851 hectares, soit 633 hectares au Manitoba, 1 047 hectares en Saskatchewan et 1 171 hectares en Alberta. Cette superficie englobe ou chevauche 103 quarts de section de terre du système d'arpentage des terres du Canada (28 au Manitoba, 44 en Saskatchewan et 31 en Alberta; annexe B).

Seules des localisations géographiques générales (à l'échelle du quart de section) de l’habitat essentiel sont fournies (annexe B). Toutes les autorités et tous les propriétaires fonciers qui contrôlent l'accès de surface à cette zone, ou qui louent et utilisent des parties de cette zone, recevront, sur demande, des données spatiales géoréférencées ou des cartes de grand format indiquant les limites de l'habitat essentiel illustré à l'annexe A.

7.3 Activités susceptibles d’entraîner la destruction de l'habitat essentiel

La destruction est déterminée au cas par cas. Il y a destruction si une partie de l'habitat essentiel est dégradée, de façon permanente ou temporaire, à un point tel qu’elle ne remplirait plus sa fonction lorsque l'espèce en aurait besoin. La destruction peut être le résultat d'une ou de plusieurs activités ponctuelles ou la conséquence des effets cumulatifs d'une ou de plusieurs activités récurrentes (Gouvernement du Canada, 2009).

Exemples d'activités qui pourraient entraîner la destruction de l'habitat essentiel :

  1. Compression, couverture, retournement ou excavation/extraction du sol. Exemples de compression : la création ou l'agrandissement de structures permanentes/provisoires, de sentiers, de routes, les passages répétés de véhicules motorisés et les équipements permettant le regroupement des activités d’élevage et la modification des régimes de pâturage comme la répartition des balles, la construction de nouveaux corrals, l'ajout de points d’eau. La compression peut altérer la structure et la porosité du sol ou réduire la disponibilité de l'eau par une augmentation du ruissellement et une réduction de l'infiltration, à un point tel que l'habitat essentiel est détruit. La couverture du sol comprend notamment la création ou l'agrandissement de structures permanentes/temporaires, l’épandage de déchets solides ou la construction de plates-formes routières. La couverture du sol bloque les rayons solaires et les infiltrations d'eau nécessaires à la germination et à la survie des plantes à un point tel que l’habitat essentiel est détruit. Les phénomènes donnant lieu au retournement et à l'excavation ou à l'extraction du sol comprennent notamment la mise en culture, l’exploitation de sablières et de gravières, le creusage de mares-réservoirs, la construction de routes, les installations de pipelines et le décapage des sols pour les plates-formes d'exploitation ou les pare-feux. Le retournement ou l'extraction du sol peut modifier la porosité du sol et, par conséquent, les régimes de température et d'humidité, ce qui favorise l’instauration d’un habitat dominé par des espèces envahissantes concurrentes et, par conséquent, la destruction de l'habitat essentiel.

  2. Les modifications des régimes hydrologiques comprennent notamment les inondations provisoires ou permanentes provoquées par la construction d'ouvrages de retenue en aval du site et les déversements d'eau accidentels ou intentionnels en amont du site. Étant donné que les graines et les plants matures de la tradescantie de l'Ouest sont adaptés aux conditions semi-arides, les submersions ou les inondations par des liquides comme l'eau ou les hydrocarbures, même brèves, peuvent suffire à rendre l'habitat non convenable à la survie et au rétablissement de l’espèce. Même la construction d'une route peut interrompre ou modifier l'écoulement de l'eau de surface, affectant les conditions assurant la survie à long terme de l'espèce dans cet habitat au point de le rendre non convenable à la croissance de l'espèce.

  3. Emploi inconsidéré d'engrais ou de pesticides. Exemples de façons dont les herbicides et les engrais modifient l'habitat : altération de la disponibilité de l'eau et des éléments nutritifs de telle sorte que la composition des espèces ou la communauté entière change. Ces changements, auxquels s’ajoute la compétition interspécifique qui en découle, peuvent rendre l'habitat non convenable pour l’espèce en péril. Par ailleurs, l'utilisation ponctuelle ou répétée d'insecticides à large spectre peut avoir des répercussions négatives sur les pollinisateurs, éléments indispensables de l'habitat essentiel, au point d’altérer l’équilibre fonctionnel de l'habitat essentiel.

  4. Épandage de déchets. Il s'agit de l’épandage de matières comme le fumier, les boues de forage et les boues d’égouts septiques. Ces déchets peuvent altérer la disponibilité des ressources du sol et la composition des espèces, favoriser la croissance des plantes concurrentes environnantes causant de facto la destruction de l'habitat essentiel. L’épandage de ces matières liquides ou semi-liquides qui peuvent, relativement rapidement, s’infiltrer dans le sol laisse peu de traces permanentes permettant de déterminer la cause des effets négatifs observés par la suite (contrairement à la couverture du sol).

  5. Introduction volontaire d'espèces exotiques envahissantes (incluant l’infestation délibérée). Exemples d'introductions volontaires : le déchargement intentionnel ou la dispersion de balles de fourrage contenant des semences viables d'espèces exotiques envahissantes, ou l'ensemencement d'espèces exotiques envahissantes à l’intérieur de l'habitat essentiel. Exemples d’infestation délibérée : l'utilisation de véhicules récréatifs contaminés sur des pistes de course existantes, où plusieurs véhicules utilisés dans d’autres sites contaminés se retrouvent, et constituent autant de vecteurs de dispersion d'espèces exotiques envahissantes. Une fois établies, ces espèces exotiques envahissantes peuvent modifier la disponibilité des ressources du sol et concurrencer directement l’espèce en péril, au point de provoquer le déclin de la population. Ce phénomène détruit de facto l'habitat essentiel. L'habitat essentiel peut être détruit par l'euphorbe ésule et la gypsophile paniculée (toutes des espèces de Gypsophila), tel qu’expliqué à la section 4.2, mais aussi par toute autre espèce adventice interdite ou nuisible. Il peut aussi être détruit par les espèces suivantes qui ne sont pas visées par la loi en raison de leur importance économique : brome inerme (Bromus inermis), agropyre à crête, mélilot jaune (Melilotus officinalis) et mélilot blanc (Melilotus alba). Cette forme de destruction résulte souvent d’un effet cumulatif des quatre premiers exemples de destruction de l'habitat essentiel.

Bien que les activités anthropiques susmentionnées puissent détruire l'habitat essentiel, il existe un grand nombre d'activités qui s'avèrent bénéfiques pour la tradescantie de l'Ouest et son habitat. Ces activités sont décrites à l'annexe D.


10 À l'aide de l’analyse orientée objet de l'imagerie satellitaire (imagerie panchromatique Spot 5 à 2,5 m pour l'Alberta et le Manitoba; imagerie panchromatique Spot 5 à 2,5 m et imagerie à spectres multiples Spot 5 à 10 m pour la Saskatchewan), on a classé, suivant les méthodes décrites dans Lowe (2011), les éléments de la couverture terrestre dans les catégories (parcelles d'habitat) suivantes : dunes (sable nu), prairies (y compris les pente de dunes végétalisées), arbustes, forêts, eau et terres cultivées. Les parcelles d'habitat principal désignées comme habitat essentiel étaient des parcelles occupées de prairies et de dunes. Une interprétation après observation de la classification de l'habitat à l'aide de l'imagerie satellitaire et d'orthophotos haute résolution a été utilisée, lorsqu'elle était disponible, mais de façon minimale pour obtenir une délimitation des limites plus exacte.

11 Aux fins de la désignation de l'habitat essentiel de la tradescantie de l'Ouest, les rivières et les terres humides ne sont pas incluses dans la définition des modelés naturels et de la végétation parce que l'espèce n’occupe pas ces milieux. De plus, les obstacles importants comme les rivières et les champs cultivés (p. ex. de plus de 150 m de largeur) peuvent créer une discontinuité dans l'habitat naturel. Ces obstacles peuvent éliminer les autres effets de lisière en bordure de l'habitat essentiel ou empêcher la dispersion efficace de l’espèce à la limite de l’habitat essentiel la plus proche de l’occurrence. Dans ces cas particuliers, certaines parcelles de végétation naturelle d’un modelé naturel situées à moins de 300 m, mais séparées de l'habitat occupé par les plantes ne peuvent pas être désignées comme habitat essentiel.