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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le spatulaire (Polyodon spathula) au Canada – Mise à jour

Information sur l’espèce

Nom et classification

Règne :

Animaux

Embranchement :

Cordés

Classe :

Actinoptérygiens

Ordre :

Acipensériformes

Famille :

Spatules

Espèce :

Polyodon spathula (Walbaum, 1792)

Nom commun

anglais :

paddlefish (Nelson, et al., 2004)

français :

spatulaire (Coad, 1995)

autres noms communs anglais :

spoonbill, spoonie, spoonbill cat, duckbill cat

L’ordre des Acipensériformes comprend deux familles existantes et une famille fossile de poissons primitifs. La famille disparue des Chondrostéens n’est connue que par le truchement de fossiles datant du Jurassique inférieur au Crétacé inférieur (Scott et Crossman, 1973). La famille des Esturgeons (Acipenséridés) compte 23 espèces classées en 4 genres de poissons d’eau douce et anadromes de l’hémisphère nord (Scott et Crossman, 1998). Cinq des seize espèces du genre Acipenser (qui datent de la période du Crétacé supérieur) sont présentes dans les eaux canadiennes : l’esturgeon blanc (A. transmontanus), l’esturgeon noir (A. oxyrhynchus), l’esturgeon vert (A. medirostris), l’esturgeon jaune (A. fulvescens) et l’esturgeon à museau court (A. brevirostrum). La famille des Spatules (Polyodontidae) compte 2 genres monotypiques existants : le spatulaire indigène de l’Amérique du Nord, le Polyodon spathula, et le spatulaire indigène de la Chine, le Psephurus gladius (Dillard et al., 1986). Le spatulaire est l’un des poissons connus les plus primitifs, ayant été signalé pour la première fois il y a environ 300 à 400 millions d’années. Au moins un genre fossile (Crossophilis) provient du shiste de la Formation de Green River de l’Éocène, au Wyoming.

Description morphologique 

Le spatulaire est un Chondrostéen primitif (poisson pourvu d’une corde dorsale qui ne disparaît pas et d’un squelette largement cartilagineux), un poisson à nageoires à rayons qui se distingue par une large bouche et un museau (un rostre) allongé et aplati en forme de spatule (d’où son nom commun), qui peut représenter jusqu’à la moitié de la longueur du corps. Son squelette est principalement composé de cartilage et sa peau est pourvue de quelques écailles rhomboïdales sur la nageoire caudale déviée vers le haut (de type hétérocerque), dont le lobe dorsal est plus développé que le lobe ventral (figure 1). Il possède également un long volet operculaire pointu qui atteint presque la nageoire pelvienne. Le mâle se distingue de la femelle par la papille urogénitale protubérante (Trautman, 1981; Becker, 1983; Scarnecchia et Schmitz, 2003).

Figure 1. Spatulaire (Polyodon spathula). Image adaptée tirée d’Environnement Canada (2007).

Figure 1. Spatulaire (Polyodon spathula). Image adaptée tirée d’Environnement Canada (2007).

La couleur uniforme du spatulaire varie du bleu-gris foncé au noir sur le dos et les flancs et est plus pâle sur le ventre. En moyenne, il mesure entre 0,5 et 1,2 m et pèse entre 0,9 et 9 kg. Ce poisson peut toutefois atteindre jusqu’à 2 m de longueur et peser plus de 80 kg (Becker, 1983; Trautman, 1981; Dillard et al., 1986; Parker, 1988).

Description génétique 

La structure génétique des populations de spatulaires au Canada est inconnue. Aux États-Unis, trois souches génétiques sont actuellement reconnues : le bassin supérieur de la rivière Missouri, au Montana et au Dakota du Nord, les bassins de la rivière Missouri et du fleuve Mississippi, dans le centre sud et le centre des États-Unis, et le réseau hydrographique de l’Alabama (NatureServe, 2007). Cependant, un faible niveau de variabilité génétique est présent parmi les populations et la possibilité de polytypisme est probablement faible étant donné que les populations dans les différents réseaux hydrographiques n’ont été isolées que plus ou moins récemment (Carlson, et al., 1982; Starnes, 1995).

Unités désignables 

Tous les individus canadiens ont été prélevés dans la zone biogéographique des Grands Lacs et du haut Saint-Laurent de la classification des zones biogéographiques d’eau douce adoptée par le COSEPAC. Aucune preuve n’appuie la reconnaissance d’unités désignables inférieures à l’espèce.

Admissibilité 

Le spatulaire est reconnu comme étant une espèce indigène de l’Amérique du Nord (Nelson, et al., 2004) et du Canada. Il semble déjà avoir été plus largement répandu (Hubbs et Lager, 1958; Eddy et Underhill, 1974; Burr, 1980; Trautman, 1981; Cooper, 1983; Hubbs, et al., 2004), mais n’a jamais été commun dans les Grands Lacs. Le Canada n’a jamais constitué une partie importante de sa répartition. L’espèce a disparu du bassin des Grands Lacs et de certains États en périphérie, comme le Maryland, le Michigan, l’État de New York, la Caroline du Nord et la Pennsylvanie (Graham, 1997), qui n’ont probablement jamais représenté une partie importante de son aire de répartition (Cooper, 1983).

Très peu d’individus ont déjà été recueillis au Canada, le dernier l’ayant été en 1917. Il est donc difficile d’établir si ces individus faisaient partie d’une population autrefois plus nombreuse (Reid, et al., 2007). Les connaissances traditionnelles autochtones pourraient se révéler utiles pour répondre à la question, puisque ce poisson unique ne serait pas passé inaperçu. Cependant, ce type de renseignements n’était pas accessible au moment de la rédaction.

Le fardeau ne consiste pas à prouver que le spatulaire est une espèce indigène des eaux canadiennes, mais plutôt qu’il ne l’est pas. En ce moment, étant donné qu’il n’y a aucune preuve solide du contraire, personne ne peut, sans nier le principe de précaution, affirmer de façon absolue que l’espèce n’est pas indigène des eaux canadiennes.

L’enjeu a bien été résumé par Becker (1983) qui considérait l’espèce indigène de la faune des Grands Lacs, mais découverte au moment où elle disparaissait naturellement.