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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le spatulaire (Polyodon spathula) au Canada – Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Il y a peu de renseignements, sinon aucun, sur les préférences en matière d’habitat du spatulaire au Canada. Les individus canadiens prélevés au tournant du XXe siècle provenaient de zones côtières ou d’affluents de moyenne envergure des Grands Lacs (Halkett, 1913; Parker, 1988).

Aux États-Unis, le spatulaire a été observé dans les vastes eaux lentes du fleuve Mississippi, de la rivière Missouri et de la rivière Ohio (Pflieger, 1975; Becker, 1983; Rosen et al., 1982; Parker, 1988; Etnier et Starnes, 1993; NatureServe, 2007). Dans ces cours d’eau, les habitats privilégiés par l’espèce varient en fonction des saisons et sont directement liés aux disponibilités alimentaires (c’est un poisson filtreur d’invertébrés) et aux débits (Southall et Hubert, 1984). Au cours de la période printanière de frai, les spatulaires se rassemblent sous les barrages et dans les eaux d’aval. Le frai dans la rivière Missouri a lieu sur des lits de gravier dans des eaux rapides et peu profondes (Stancil et al., 2002). Pendant d’autres périodes de l’année, le spatulaire utilise des habitats voisins du rivage d’importants cours d’eau, des zones de retenue et des zones où le courant est faible et la profondeur de l’eau dépasse 1,5 m (Rosen et al., 1982; Burkhead et Jenkins, 1991). Ces faibles vitesses d’écoulement de l’eau varient entre 0 et 30 cm/s (Southall et Hubert, 1984; Moen et al., 1992; Jennings et Zigler, 2000). À la fin de l’automne, il peut se déplacer dans des zones où l’eau est plus profonde (plus de 3 m) pour passer l’hiver (Rosen et al., 1982; Crance, 1987). Il a été établi que les spatulaires se rassemblent dans de petites zones en aval de structures comme des barres de sable, des baies protégées, des appuis de pont et des remous en aval de barrages. En l’absence de telles structures, le spatulaire cherche refuge contre la force du courant dans des habitats voisins du rivage où la vitesse du courant est faible (Southall et Hubert, 1984; Moen, et al., 1992; Jennings et Zigler, 2000).

Il est possible d’élever le spatulaire dans de grandes zones de retenue, mais ce dernier doit avoir accès à des rivières ou des fleuves de grande envergure pour assurer le succès de la reproduction (Russell et al., 1980; Russell, 1983). Les besoins en matière de reproduction sont notamment une température de l’eau de 16 ºC, un lit de gravier propre pour l’adhésion des œufs et une augmentation du débit de l’eau pour déclencher le frai (Russell, 1983).

Tendances

Les tendances liées à la qualité de l’habitat dans les Grands Lacs sont semblables à celles touchant l’esturgeon jaune (voir Dick et al., 2006). Un grand nombre des structures qui peuvent avoir limité la montaison au début du XXe siècle sont encore en place ou ont été remplacées par d’autres structures limitant aussi la migration. Le taux de changement de l’habitat est inconnu. La modification propre à un emplacement des voies de migration peut être bénéfique aux populations américaines, mais n’aurait aucune incidence sur le statut de l’espèce au Canada. Aux États-Unis, les obstacles à la migration et la perte d’habitat propice au frai ont été désignés comme des causes de la fragmentation de l’aire de répartition.

Les répercussions de la perte d’habitat sur les populations de spatulaires sont mal documentées; on considère que la perte d’habitat a joué un rôle beaucoup moins important que la surpêche dans le déclin de la population de l’espèce. D’ailleurs, bon nombre des populations avaient déjà été réduites au statut de vestige avant l’arrivée des grandes perturbations environnementales qui ont touché l’habitat du spatulaire.

La perte d’habitat et la modification des cours d’eau constituent les changements les plus évidents qui influent sur la répartition et l’abondance du spatulaire. La construction et le fonctionnement des barrages sur des cours d’eau importants ont eu de graves répercussions. Les barrages ont détruit des lieux traditionnels de frai (le spatulaire peut habiter dans des réservoirs, mais a besoin de cours d’eau pour le frai), bloqué des voies naturelles de migration de frai, modifié des régimes d’écoulement des eaux, asséché des cours d’eau et éliminé des zones de retenue qui étaient importantes comme aires de croissance et d’alimentation (voir Graham, 1997; Pflieger, 1997). Ils ont freiné les déplacements sur de longues distances qui peuvent être nécessaires au maintien des populations (Dillard et al., 1986). Il est probable que ces changements structurels dans les grands réseaux hydrographiques aient touché de façon négative la plupart de l’habitat initial de l’espèce (Sparrowe, 1986).

Protection et propriété

L’habitat du spatulaire pourrait bénéficier de la protection conférée par la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale, la Loi canadienne sur la protection de l’environnement, la Loi sur les pêches fédérale, la Loi sur les ressources en eau du Canada, la Loi sur la protection de l’environnement de l’Ontario, la Loi sur les évaluations environnementales de l’Ontario, la Loi sur l’aménagement du territoire de l’Ontario, la Loi sur l'aménagement des lacs et des rivières de l'Ontario et la Loi sur les ressources en eau de l’Ontario. Bien que la protection directe particulière de ces lois ne soit pas offerte, l’espèce est protégée par le truchement de la protection des terres humides et des habitats. La plupart des terres adjacentes aux aires d’occurrence connues sont des propriétés privées.