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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le spatulaire (Polyodon spathula) au Canada – Mise à jour

Biologie

Biologie générale

La biologie du spatulaire n’est pas connue au Canada; toutes les données disponibles viennent des populations des États-Unis.

Reproduction

Peu de renseignements sont détenus au sujet du cycle vital de ce poisson, mais le frai aurait lieu durant les mois d’avril et de mai lorsque les températures de l’eau oscillent entre 10 et 17 ºC (Purkett, 1961; Wallus, 1986; Lein et DeVries, 1998). Les poissons adultes remontent les cours d’eau et se rassemblent à proximité des zones de frai, dans des eaux plus profondes (Purkett, 1961; Pasch et al., 1980). Le déplacement vers les zones de frai est déclenché par l’augmentation des vitesses du courant de l’eau, les vitesses optimales variant entre 60 et 140 cm/s (Crance, 1987). Le frai lui-même semble être déclenché par le débit d’eau accru (Purkett, 1961; Pasch et al., 1980; Jennings et Zigler, 2000).

Le spatulaire fraie sur des lits de gravier, des roches ou des enrochements à des profondeurs allant de 2 à 12 m (les profondeurs optimales varient entre 3 et 6 m), dans des zones où le courant est assez fort pour empêcher les œufs de manquer d’oxygène et d’être recouverts de vase (Pasch et al., 1980; Wallus, 1986; Crance, 1987). Les œufs sont collants et adhèrent au substrat (Purkett, 1961), et prennent de 7 à 9 jours pour éclore. Les femelles pesant de 9 à 36 kg peuvent pondre entre 70 et 300 000 œufs (Dillard et al., 1986), bien que des femelles plus grosses puissent en pondre plus de 500 000. 

Croissance

Les larves (jeunes poissons nouvellement éclos) ont une apparence très différente ce celle des adultes et effectuent un va-et-vient incessant entre le fond et la surface, apparemment pour tirer profit des courants qui les transportent des zones de frai où l’eau s’écoule rapidement vers des habitats de croissance. Des vitesses d’écoulement de l’eau de 30 à 122 cm/s semblent nécessaires à ce transport (Wallus, 1986). Dans les aires de croissance, les courants sont beaucoup plus faibles, ce qui permet aux larves de s’alimenter sans dépenses d’importantes quantités d’énergie (Crance, 1987). Les taux de croissance entre les populations varient (Bonislawsky, 1977; Pasch et al., 1980; Combs, 1982), mais la croissance est rapide; à un mois, les jeunes commencent à ressembler aux adultes et à 18 mois, les individus peuvent peser en moyenne de 2 à 3 kg. Dans des conditions idéales, les jeunes peuvent prendre jusqu’à 4,5 kg par année en poids corporel (Dillard et al., 1986). Les populations des eaux stagnantes (réservoirs) ont une croissance plus rapide à l’âge 0 que celles des eaux courantes, mais les taux de croissance de 2 à 10 ans sont semblables, ce qui laisse croire que les différences initiales de croissance entraînent la divergence entre les populations des eaux stagnantes et courantes. Ces deux types de populations ont la même espérance de vie.

La longueur moyenne totale des adultes de diverses populations dans les États du Midwest varie de 70 à 150 cm (Carlander, 1969). Le mâle semble croître plus lentement que la femelle et pèse généralement la moitié ou les deux tiers du poids de la femelle (Dillard et al., 1986). La maturité sexuelle est présumée atteinte vers l’âge de 7 à 10 ans pour le mâle et possiblement de 14 à 17 ans pour la femelle (Parker, 1988; Scarnecchia et Schmitz, 2003; NatureServe, 2007). Au Missouri, la maturité est atteinte à des longueurs d’environ 140 cm (longueur totale) pour la femelle et de 127 cm (longueur totale) pour le mâle (Carlson et Bonislowsky, 1981). Il semble que le mâle puisse se reproduire chaque année, mais que la femelle aurait besoin de 2 à 7 ans pour développer des ovules matures avant de se reproduire à nouveau (Parker, 1988; Jennings et Zigler, 2000).

Survie

Il y a peu de renseignements, sinon aucun, sur les taux de mortalité naturelle, mais l’espèce est très vulnérable à l’exploitation, tout comme le sont la plupart des Acipensériformes. Certaines espèces piscivores, comme le doré jaune (Sander vitreus) et le doré noir (Sander canadensis), peuvent constituer des prédateurs importants des jeunes spatulaires (Mero et al., 1994). L’espérance de vie moyenne semble être d’environ 15 ans (Burkhead et Jenkins, 1991), mais certains individus peuvent vivre jusqu’à 50 ans, ou même plus longtemps (Scarnecchia et Schmitz, 2003). La plupart des gros poissons (de 18 à 40 kg) capturés dans le Midwest sont des femelles âgées de 15 à 50 ans (la moyenne est d’environ 26 ans), alors que la plupart des plus petits poissons (de 4,5 à 18 kg) sont des mâles âgés de 9 à 50 ans, dont la moyenne est d’environ 16 ans (Scarnecchiea et Schmitz, 2003).

Alimentation

À tous les stades de son développement, le spatulaire est surtout invertivore, se nourrissant principalement de zooplancton, de petits invertébrés et de larves d’insectes, à l’aide de ses longues branchiospines qui filtrent la nourriture contenue dans l’eau (Dillard et al., 1986). Il peut également se nourrir de petits poissons (Jennings et Zigler, 2000), d’algues et de plantes aquatiques (Becker, 1983).

Dispersion et déplacements

Le spatulaire se déplace des aires d’hivernage dans les eaux plus profondes de vastes rivières, fleuves ou réservoirs aux zones de frai au printemps (voir « Habitat »). Il semble être très mobile, surtout pendant la migration printanière (voir Parker, 1988), et se déplace parfois sur de longues distances. Par exemple, un poisson marqué au Missouri a parcouru plus de 1 900 km en aval de la rivière Missouri jusqu’au fleuve Mississippi (Unkenholz, 1983), bien que les montaisons de 80 à 270 km soient plus communes (NatureServe, 2007). Au Missouri, le domaine vital maximal pendant une année a été de 92 km (Moen et al., 1992).

Relations interspécifiques

Les jeunes et les poissons plus petits peuvent être la proie de poissons piscivores, mais la prédation de poissons plus gros n’a pas été signalée (Mero et al., 1994).

Comportement et adaptabilité

La migration vers les zones de frai et le déclenchement du frai dépendent de l’absence d’obstacles sur les routes de migration et de la présence d’eaux affichant des températures et des débits précis. Les changements d’origine anthropique apportés à l’habitat des populations peuvent donc exercer une influence négative sur ces populations. Toutefois, le spatulaire peut s’adapter dans une certaine mesure. Il s’est avéré qu’il se déplace par les vannes de décharge et les déversoirs des réservoirs vers les zones en dessous des déversoirs (Pitman et Parks, 1994) et il peut passer par les vannes ouvertes des barrages (Southall et Hubert, 1984).Il peut également choisir activement des constructions artificielles, telles que des îlots, des revêtements, des écluses et les eaux d’aval des barrages, comme lieux de rassemblement (Parker, 1988). Le spatulaire peut être élevé avec succès et la production d’élevage aux États-Unis compte maintenant plusieurs populations de spatulaires (Parker, 1988; NatureServe, 2007).

L’amélioration de la qualité de l’eau dans les cours d’eau profonds de l’Ohio a également été associée à une augmentation de l’abondance et de la répartition du spatulaire (Yoder et al., 2005).