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Programme de rétablissement pour le rorqual bleu, le rorqual commun et le rorqual boréal (Balaenoptera musculus, B. physalus et B. borealis) dans les eaux canadiennes du Pacifique [Projet]

5. Menaces (suite)

5.2.2. Bruit

Les cétacés à fanons se servent du son principalement pour les communications sociales. Ils peuvent également utiliser le son pour détecter les prédateurs, s’orienter, naviguer et, possiblement, trouver des proies. Le bruit subaquatique perturbe ces comportements. Les effets potentiels sont fonction de la nature du bruit. Le bruit chronique peut provoquer des changements de comportements à court et à long terme à l’échelle de la population, tandis que les sons aigus peuvent entraîner des dommages auditifs menant à une réduction majeure de l’adaptation ou à la mort. Le bruit est donc une menace potentielle pour les individus, pour la population et pour l’habitat de ces espèces (COSEPAC 2003).

Bien que l’on dispose de peu de données pour évaluer les réactions physiologiques des mammifères marins au bruit anthropique, les effets observés sont notamment des modifications temporaires ou permanentes des seuils d’audition, la production d’hormones en réponse au stress et des dommages tissulaires probablement dus à la formation de bulles d’air ou conséquents à des phénomènes de résonance (Ketten et al. 1993, Crum et Mao 1996, Evans et England 2001, Finneran 2003, Jepson et al. 2003).

La sonie d’un son est décrite en unités de pression. La rapidité d’atténuation d’un son est fonction des caractéristiques physiques et océanographiques de l’environnement marin local et de la fréquence du son – les sons de plus haute fréquence s’atténuent plus rapidement que les sons de plus basse fréquence. Certains sons sont continus, tandis que d’autres sont des impulsions produites à des intervalles particuliers. Les gammes de fréquence sont également variables, allant des bandes larges associées aux levés sismiques aux bandes étroites caractéristiques des sonars militaires. L’incidence du son sur les mammifères marins est donc fonction de la durée d’exposition, de la sonie, de la fréquence et de la nature du son.

La sensibilisation au fait que le bruit peut représenter une menace importante pour les animaux, dégradant leurs habitats et affectant la vie marine, a crû rapidement. On estime que les niveaux de bruit de fond subaquatique se sont accrus de 15 dB en moyenne au cours des 50 dernières années dans les océans du globe (NRC 2003). Une des conséquences de cette augmentation est que, dans certaines régions des océans de l’hémisphère Nord, la zone dans laquelle un rorqual commun peut entendre un congénère a diminué d’un ordre de grandeur de quatre (Payne 2004). Ainsi, toute activité produisant des sons, incluant les activités de recherche, peut provoquer des dommages fortuits.

Les modèles fonctionnels indiquent que l’audition, chez les grands mammifères marins, s’étend jusqu’à 20 Hz et pourrait descendre à des fréquences aussi faibles que 10 à 15 Hz chez plusieurs espèces, dont le rorqual bleu, le rorqual commun et la baleine boréale (Balaena mysticetus). La portion supérieure de la gamme de fréquences captées par les mysticètes s’étendrait jusqu’à 20 à 30 kHz (Ketten 2004). En conséquence, les bruits anthropiques produits dans ces fréquences sont une source de préoccupations concernant les baleinoptères. Ces bruits comprennent ceux des canons à air et des outils de forage utilisés pour la prospection et l’extraction du pétrole et du gaz, ceux des sonars actifs et des explosifs utilisés au cours des manœuvres militaires et celui du trafic maritime commercial.

Le trafic commercial a augmenté de façon marquée au cours des dernières années et est en grande partie responsable des niveaux de bruit accrus que l’on enregistre dans l’environnement marin depuis les 100 dernières années. Dans l’hémisphère Nord, le bruit causé par les navires représente la principale source de bruit de fond, à des fréquences allant de 10 à 200 Hz (NRC 2003). Ce bruit chronique réduit probablement la capacité des grands rorquals de maintenir un contact avec des congénères, ce qui diminue potentiellement les possibilités d’accouplement et d’alimentation (Payne 2004). Le bruit provenant des navires affiche une fréquence de nature à masquer les cris du rorqual bleu (Richardson et al. 1995). Le degré auquel une telle pollution acoustique peut dégrader les habitats situés à proximité des routes maritimes n’a pas été déterminé. Toutefois, les niveaux de bruit de fond continueront d’augmenter avec la croissance du trafic maritime, par exemple avec l’expansion portuaire prévue près de Vancouver afin d’accueillir les plus grands navires-citerne (VPA 2004).

Les sonars militaires actifs transmettent des impulsions de tonalités à des fréquences qui se situent à l’intérieur de la gamme des fréquences acoustiques perçues par les baleinoptères, et à des niveaux d’émission tels que les sons peuvent être entendus sous l’eau à des dizaines voire des centaines de kilomètres, selon leur fréquence (Evans et England 2001). On dispose de plus en plus de preuves à l’effet que ces bruits représentent une menace importante pour les cétacés. Les sonars militaires actifs ont été associés à l’accroissement du nombre d’échouements de baleines à bec (Ziphiidae spp.) et de rorquals à bosse ainsi qu’au déplacement des baleines grises de Californie (Eschrichtius robustus) de l’ouest du Pacifique Nord hors de leur aire d’alimentation (voir les études citées dans CBI 2004). Les sonars actifs doivent être considérés comme une menace pour les baleinoptères présents dans le nord-est du Pacifique, puisque les marines américaine et canadienne mènent des opérations conjointes dans les eaux canadiennes. Toutefois, l’information sur l’utilisation des sonars actifs militaires est limitée pour des raisons de sécurité.

Les sonars actifs à faible fréquence envoient des impulsions pour détecter les sous-marins et émettent à des fréquences allant de 0,75 à 3 kHz. Leur portée peut aller de dizaines à des centaines de kilomètres (Tomaszeski 2004). En tant que sources de bruit aigu, les sonars actifs à faible fréquence pourraient perturber des sources de nourriture ou, encore, déplacer ou blesser soudainement des rorquals en recherche de nourriture. On interdit désormais à la marine américaine de déployer ces unités, sauf dans une zone située à l’ouest de l’océan Pacifique et en temps de guerre (Malakoff 2003), mais cette décision a été portée en appel. Un sonar actif à faible fréquence canadien a été récemment testé au large de la côte atlantique (Bottomley et Thériault 2003), mais il n’y a aucun plan d’achat à l’heure actuelle (D. Smith, communication personnelle. Bureau de l’environnement, BFC Esquimalt, Forces maritimes du Pacifique, ministère de la Défense nationale, Building 199 Dockyard, pièce 302, B.P. 1700, Station Forces Victoria, C.-B. V9A 7N2).

Les sonars à moyenne fréquence (3 à 30 kHz), utilisés pour détecter les mines et les sous-marins, ont été associés à des épisodes d’échouement massif aux Bahamas, dans les Îles Canaries et en Grèce (CBI 2004). Ces sonars sont suspendus dans l’eau par des hélicoptères et montés sur la coque de certaines catégories de navires militaires canadiens (Wainwright et al. 1998). Selon la politique actuelle, on doit éviter d’utiliser ces appareils chaque fois que l’on observe un mammifère marin (D. Smith, communication personnelle); on n’a toutefois pas évalué si cette politique est adéquate. En outre, les équipages sont formés à l’identification des mammifères marins, et leurs observations sont consignées dans le cadre de programmes d’observations locaux. La marine canadienne élabore également des cartes qui permettront de relever les zones marines vulnérables de sorte que le personnel de la passerelle pourra intégrer cette information dans la planification des projets et la navigation en général (D. Smith, communication personnelle).

Les systèmes de sonars commerciaux font généralement partie de l’équipement standard des navires de plus de cinq mètres. Bien que les unités opérant en dessous de 100 kHz puissent être une source de préoccupation concernant les baleinoptères, la majorité de ces unités sont utilisées à proximité de la côte, dans les zones de la plate-forme continentale peu susceptibles d’être fréquentées par les rorquals bleu et boréal. L’aire de répartition du rorqual commun a toutefois tendance à chevaucher des zones où l’utilisation des sonars commerciaux est plus intensive. Cependant, étant donné la nature prévisible de ces sons, on devrait pouvoir les éviter et atténuer potentiellement tout effet aigu.

Les possibilités de prospection et d’extraction du pétrole et du gaz pourraient susciter des préoccupations au chapitre de la pollution acoustique dont sont victimes les espèces de baleinoptères dans certaines zones comme le bassin de la Reine-Charlotte et le détroit d’Hécate. Comme le recommande le comité d’experts de la Société royale (SRC 2004), il faut mettre en place un régime réglementaire strict et combler les nombreuses lacunes dans les données (y compris les données de référence et celles permettant de définir les habitats essentiels des espèces menacées) avant de débuter toute activité de prospection.

Les levés sismiques produisent des sons de haute intensité, et la plupart de l’énergie produite est concentrée à des fréquences (5 à 300 Hz) qui affectent les baleinoptères. Les méthodes actuelles consistent à remorquer un ensemble de canons à air à une vitesse d’environ 2,6 m/s (5 nœuds) et à produire une détonation toutes les 10 à 12 secondes. Les détonations d’ensembles de canons à air ont été détectées à plus de 3 000 kilomètres (Nieukirk et al. 2004).

Les observations systématiques faites dans la partie est de l’Atlantique Nord montrent que l’on peut généralement voir les cétacés plus loin du navire effectuant les levés lorsque les canons à air sont utilisés (Stone 2003). La baleine grise et la baleine boréale semblent éviter les zones où ont lieu des relevés sismiques (Malme et Miles 1987, Ljungblad et al. 1988, Myrberg 1990), mais dans certains cas, des cachalots mâles et des rorquals à bosse en train de s’alimenter ne se sont pas éloignés (Malme et al. 1985, Madsen et al. 2002). Des mortalités ont été associées à l’exécution de levés sismiques dans le golfe du Mexique (CBI 2004). Il se pourrait que le degré de tolérance au bruit affiché par les cétacés soit lié aux types de comportements auxquels les animaux s’adonnent.

Aucune étude expérimentale n’a été menée sur les effets physiques que les levés sismiques ont sur les cétacés. Toutefois, les oreilles des mammifères partagent certaines similarités structurales avec celles d’autres vertébrés (Fay et Popper 2000), et on a constaté qu’un petit canon à air (20 po3) peut causer une perte auditive permanente chez des poissons en cage (McCauley et al.2003). Il est donc raisonnable de présumer que les canons à air peuvent endommager les oreilles des cétacés si ceux-ci ne peuvent pas éviter la source sonore.

Dans une certaine mesure, il existe des stratégies d’atténuation des effets aigus des sonars employés pour les activités militaires et les levés sismiques. AuxÉtats-Unis, on cesse d’utiliser un sonar militaire dès que l’on observe un mammifère marin. Diverses stratégies d’atténuation ont été adoptées sur la côte est du Canada et ailleurs pour réduire la perturbation potentielle associée aux levés sismiques. D’après un résumé de l’information disponible sur l’incidence que les sons sismiques ont sur les animaux marins (MPO 2004), il existe des stratégies d’atténuation possibles (MPO 2005). Ces stratégies font habituellement intervenir des « démarrages progressifs » (élévation progressive des niveaux sonores au début des levés), l’interruption de l’utilisation dès que l’on observe un mammifère marin, et la planification les levés de façon à éviter les saisons au cours desquelles on pense que la majorité des animaux sont présents.Comme la perturbation des mammifères marins est interdite en vertu de la Loi sur les pêches, la Région du Pacifique du MPO limite l’incidence des levés géophysiques en examinant chaque demande et en formulant, pour chaque projet, des avis sur les stratégies d’atténuation appropriées.

Les levés sismiques sont limités aux régions de la plate-forme continentale. Les effets potentiels aigus associés à ces levés concerneraient donc peu les rorquals boréaux et bleus en raison de leur aire de répartition située principalement en haute mer. Toutefois, les levés pourraient avoir une incidence sur l’utilisation, par les rorquals communs, de l’habitat que constitue la plate-forme continentale.

La perte d’habitats (réelle ou la perte d’utilisation) due au bruit de fond chronique provenant d’une multitude de sources pourrait, en bout de ligne, susciter des préoccupations plus importantes. Comme le bruit aigu, le bruit chronique pourrait vraisemblablement se révéler plus néfaste pour les rorquals communs, bien qu’il constitue également une préoccupation pour les rorquals bleus et boréaux en raison du potentiel de propagation du son dans l’eau. Toutefois, on manque d’études sur ces effets chroniques.