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Programme de rétablissement pour le rorqual bleu, le rorqual commun et le rorqual boréal (Balaenoptera musculus, B. physalus et B. borealis) dans les eaux canadiennes du Pacifique [Projet]

5. Menaces (suite)

5.2.3. Pollution

Les grands rorquals pourraient être exposés à la pollution de bien des façons, notamment par l’ingestion de débris marins ou de proies contaminées ou, encore, par contact avec du pétrole déversé. O’Shea et Brownell (1994) concluent à l’absence de preuves d’effets toxiques liés à la contamination par des métaux ou par des composés organochlorés chez les espèces de cétacés à fanons (voir aussi Sanpera et al. 1996), principalement parce qu’elles se nourrissent de proies d’un niveau trophique relativement bas. On n’a décelé aucun effet de contamination par le pétrole chez les rorquals à bosse après le déversement de l’Exxon Valdez dans la baie du Prince William (von Ziegesar et al. 1994). Toutefois, d’autres espèces de mammifères marins, principalement les piscivores, pourrait courir un risque de contamination par des produits chimiques immunotoxiques (Ross 2002). Les effets de la pollution sur les mammifères marins sont notamment la dépression du système immunitaire, l’altération des capacités de reproduction, des lésions et des cancers (Aguilar et al. 2002).

En 1991-1992, on a trouvé des concentrations de composés organochlorés suffisantes pour susciter des préoccupations dans des échantillons de rorquals communs fréquentant le golfe du Saint-Laurent (Gauthier et al. 1997). Toutefois, une analyse rétrospective comparant ces échantillons à d’autres recueillis en 1971-1972 au large de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse a montré que les concentrations dans le Saint-Laurent étaient de beaucoup inférieures (Hobbs et al. 2001). Les rorquals communs se nourrissent de proies d’une niveau trophique similaire à celles des rorquals boréaux; le risque de bioaccumulation de produits chimiques chez le rorqual boréal est donc vraisemblablement similaire à celui qui pèse sur le rorqual commun et est peut-être même inférieur chez le rorqual bleu. On a démontré des tendances à la baisse chez d’autres mammifères marins (principalement des pinnipèdes) dans l’est du Canada (Hobbs et al. 2001). Toutefois, Muir et al. (1999) ont constaté que les contaminants organochlorés affichaient des tendances à la fois à la hausse et à la baisse chez les cétacés, selon les espèces et le lieu géographique.

Les débris marins constituent une menace reconnue pour les mammifères marins plus petits, mais présentent moins de risques pour les espèces plus grandes. Il est possible que les baleinoptères ingèrent des débris marins lorsqu’ils s’alimentent. Toutefois, la fréquence d’ingestion de ces débris et les conséquences s’y rattachant n’ont pas été quantifiées, et aucune mortalité consécutive n’a été enregistrée.

5.2.4. Déplacement d’habitats

Les habitats des baleinoptères peuvent être déplacés en raison de modifications du climat océanique ou de la structure trophique. Le climat de l’océan Pacifique répond à des variabilités interannuelles (p. ex., El Niño) et décennales (p. ex., l’oscillation décennale du Pacifique). Ces cycles naturels peuvent se combiner pour causer des changements de régime – des modifications importantes de la structure physique et biologique de l’océan. Des perturbations de source anthropique (p. ex., le réchauffement planétaire) peuvent également affecter le climat océanique à long terme. Toutefois, l’effet des modifications induites par l’homme est difficile à distinguer de la variabilité naturelle.

Les changements de régime sont la cause de modifications très importantes au niveau des relations écologiques dans les systèmes marins de vastes zones océanographiques (Francis et Hare 1994), lesquelles modifications se manifestent en premier aux plus faibles niveaux trophiques (Benson et Trite 2002). On a observé des déclins importants de l’abondance du zooplancton au large de la Californie depuis les années 1970, déclins qui ont été liés à l’accroissement des températures à la surface de l’eau (Roemmich et McGowan 1995).

Le déplacement, en raison des changements de régime, des habitats utilisés par les baleinoptères pour la recherche de nourriture pourrait se produire parce que la période d’abondance du zooplancton et sa répartition spatiale peuvent être directement liées aux conditions physiques. On ne sait pas comment les grandes baleines localisent les habitats qu’elles utilisent pour la recherche de la nourriture. Toutefois, on a observé une fidélité matrilinéaire aux aires d’alimentation chez d’autres espèces de baleines (baleine à bosse, baleine noire et baleine grise de Californie). Une telle fidélité signifie une capacité réduite de localiser de nouvelles aires d’alimentation lorsqu’un changement dans les conditions océanographiques provoque une modification significative de la répartition des proies.

La structure trophique peut également être affectée par la surpêche. Par exemple, on pense que la réduction massive de la biomasse de baleines en raison de la chasse commerciale à grande échelle dans l’Antarctique a mené à l’accroissement de l’abondance du krill (jusqu’à 150 millions de tonnes par an), phénomène qui a provoqué une augmentation du nombre de plus petits prédateurs comme les phoques, les petits cétacés et les oiseaux marins. La perte de consommateurs de krill dans la mer de Béring en raison de la chasse commerciale à la baleine pourrait aussi avoir influé sur les espèces de poissons dominantes observées dans la mer de Béring durant les années 1970 et 1980 (Trites et al. 1999), bien que cette modification ait également été reliée aux changements de régime.

Dans les eaux canadiennes du Pacifique, l’exploitation du krill est limitée à quelques passages continentaux et au détroit de Georgia et, comme il existe un moratoire sur l’expansion de cette pêche, il y a à l’heure actuelle peu de risques que le rorqual bleu entre en compétition directe avec celle-ci. La récolte commerciale de harengs, de sardines et d’autres espèces de poisson fourrage est plus étendue et pourrait, par conséquent, altérer la répartition côtière du rorqual commun et, dans une moindre mesure, réduire la fréquence à laquelle le rorqual boréal s’aventure dans les eaux côtières pour s’alimenter. Toutefois, étant donné la complexité des interactions trophiques, il est possible que les habitats que fréquentent les baleinoptères pour s’alimenter puissent être améliorés par le retrait de stocks de poissons compétiteurs.

Les rorquals bleus se nourrissent exclusivement de zooplancton, principalement des euphausiacés. Dans les eaux canadiennes du Pacifique, les rorquals communs mangent des euphausiacés et des poissons en banc, tandis que les rorquals boréaux ont un régime plus varié qui comprend des copépodes et du poisson fourrage (qui se nourrit de zooplancton). Les trois espèces ont besoin de groupements de proies de haute densité pour s’alimenter avec succès. De telles concentrations sont tributaires de facteurs océanographiques physiques tels que les courants, la température et la croissance du phytoplancton. En raison de l’éventail plus restreint de ses proies, le rorqual bleu pourrait être relativement plus vulnérable à des déclins de la production de zooplancton que les rorquals commun et boréal. Toutefois, l’incidence réelle des modifications du climat océanique sur l’abondance et la répartition du zooplancton demeure inconnue. On ne peut pas exclure un accroissement local de la concentration de zooplancton au large de la Colombie-Britannique en raison de modifications des conditions océaniques liées au changement climatique.

5.2.5. Autres menaces

Tandis que l’enchevêtrement dans les engins de pêche est responsable de certaines mortalités chez les grandes baleines de la côte Est, on dispose de peu de preuves de blessures ou de mortalités liées à des engins de pêche chez les baleinoptères de l’est du Pacifique Nord. Le Pacific Take Reduction Plan du NMFS, mis en œuvre en 1997 pour réduire les prises accessoires dans les pêches, n’a documenté aucune mortalité de rorquals bleu et commun entre 1997 et 2001 (Barlow et Cameron 2003). Un examen des rapports sur les échouements produits entre 1990 et 1996 pour la côte Pacifique du Canada faisait état de plusieurs incidents impliquant de grands rorquals non identifiés enchevêtrés, et un rorqual commun a été observé alors qu’il était enchevêtré dans ce qui semblait être une ligne de casiers à crabes au cours d’un relevé effectué en 2004 (COSEPAC 2004). En même temps que les espèces commenceront à se rétablir, les possibilités d’incidents avec des engins de pêche pourraient s’accroître, particulièrement pour les rorquals communs qui utilisent davantage les eaux situées près des côtes, où de tels incidents sont plus susceptibles de survenir.

Les entreprises d’observation des baleines ciblant les rorquals bleus du Pacifique Nord sont installées principalement au large de la Californie et dans la mer de Cortez, au Mexique. Les industries de l’observation des baleines de la Colombie-Britannique ciblent principalement les orques, les baleines grises de Californie et les rorquals à bosse. Toutefois, étant donné la taille du rorqual bleu et du rorqual commun, l’observation de ces espèces pourrait fort probablement augmenter si les excursions deviennent économiquement rentables pour les exploitants. L’incidence potentielle de cette industrie sur les rorquals bleu et commun pourrait comprendre des blessures par des hélices et des collisions avec les bateaux ainsi qu’une augmentation des perturbations acoustiques (voir ci-devant). Les rorquals boréaux sont peu susceptibles de devenir des cibles des entreprises d’observation des baleines dans les eaux canadiennes du Pacifique du fait qu’elles se trouvent principalement au large.