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Programme de rétablissement pour le rorqual bleu, le rorqual commun et le rorqual boréal (Balaenoptera musculus, B. physalus et B. borealis) dans les eaux canadiennes du Pacifique [Projet]

2. Rorqual Bleu (suite)

2.3.1. Eaux canadiennes du Pacifique

Les données d’observation recueillies au cours des études de dépistage japonaises (1965 – 1978) à travers le Pacifique Nord comportent également des observations de rorquals bleus dans les eaux canadiennes du Pacifique. Bien que ces données soient difficiles à traduire en valeurs de densité ou d’abondance, elles affichent un taux d’observation relativement élevé dans les eaux situées au large de la Colombie-Britannique, comparativement à la plupart des autres zones étudiées (Sears et Calambokidis 2002).

Les étiquettes de repérage utilisées pour examiner les mouvements des baleines faisant l’objet d’une chasse commerciale ont permis de constater qu’un rorqual bleu marqué le 4 mai 1963 au large de l’île de Vancouver avait été tué le 21 juin 1964 au sud de l’île Kodiak (Ivashin et Rovnin 1967). Il s’agissait de la distance la plus longue enregistrée dans le cadre de ce programme de marquage, et ce résultat constitue une preuve de l’existence d’échanges entre les eaux canadiennes du Pacifique et celles de l’Alaska. Les dossiers historiques montrent une répartition au large de la Colombie-Britannique, du plateau continental vers les grands fonds (figure 1a), et la présence d’un pic saisonnier de juin à septembre en ce qui a trait à l’abondance (figure 2).

Plus récemment, deux rorquals bleus identifiés à l’aide de photographies au large des îles de la Reine-Charlotte, dans le nord de la Colombie-Britannique, correspondaient à des animaux vus au large de la Californie (Calambokidis et al. 2004a). Un rorqual identifié le 12 juin 1997 a été revu dans le chenal de Santa Barbara le 10 juillet 1997. Il avait donc parcouru au moins 2 500 km en 28 jours, ce qui représente une vitesse de nage minimale de 3,7 km/h (Sears et Calambokidis 2002). Il s’agit là du premier mouvement confirmé entre les eaux californiennes et les aires d’alimentation situées à des latitudes plus élevées. Deux rorquals bleus ont été observés à proximité de la faille située au large du bassin de la Reine-Charlotte au printemps 2002, durant la première de deux expéditions bisannuelles maintenant menées tous les ans dans le cadre du Programme de recherche sur les cétacés de Pêches et Océans Canada (PRC – MPO) (figure 3a). Un rorqual bleu identifié au moyen de photographies au sud du cap St James au cours d’une expédition menée conjointement par le MPO et Cascadia Research en août 2003 (figure 3b) correspondait également à un spécimen enregistré dans le catalogue de la Californie. Un rorqual bleu observé en 2004 dans le golfe d’Alaska correspondait à un animal figurant dans le catalogue de la Californie, mais pas la même année (J. Calambokidis et J. Barlow, données non publiées). À l’été 2004, un rorqual bleu marqué au large de la Californie s’est déplacé à une latitude aussi nordique que celle de Estevan Point, sur la côte ouest de l’île de Vancouver (B. Mate, communication personnelle. Hatfield Marine Science Center, 2030 SE Marine Science Drive, Newport, Oregon 97365).

La base de données du réseau d’observation des cétacés de la Colombie-Britannique (BCCSN) (courtoisie de D. Sandilands, Cetacean Research Lab, Vancouver Aquarium Marine Science Centre, 845 Avison Way, Vancouver, C.-B., V6G 3E2) contient des observations de rorquals enregistrées entre 1972 et 2004, la majorité ayant été recueillies à partir de 1999 et la presque totalité d’entre elles, fournies par des plaisanciers. De telles données, recueillies au gré des occasions, offrent une indication de la répartition et de l’abondance relative des espèces; toutefois, elles ne sont pas rajustées de manière à tenir compte de l’effort d’observation, sans compter que les observateurs ont des habiletés variables au chapitre de l’identification des espèces. En conséquence, ces données ne peuvent être utilisées pour l’estimation de l’abondance de la population ou des tendances. La base de données renferme trois observations de rorquals bleus affichant un haut degré de fiabilité.

Tandis que les observations visuelles ont été rares ces dernières années au large de la Colombie-Britannique, de l’État de Washington et du sud-est de l’Alaska, on a détecté de façon constante, au moyen d’hydrophones montés au sol de la Californie à la Colombie-Britannique et à l’Alaska, des cris que l’on présume provenir de la population de rorquals bleus établie dans l’est du Pacifique Nord (Sears et Calambokidis 2002). Burtenshaw et al. (2004) ont observé une intensité importante, presque constante, de cris de rorquals bleus au large de la Colombie-Britannique entre octobre et février. Ainsi, les eaux canadiennes du Pacifique semblent constituer une aire d’alimentation importante pour une vaste portion de la population de rorquals bleus du globe.

2.4. Besoins biologiques, rôle écologique et facteurs limitatifs

Les rorquals bleus sont des prédateurs d’organismes de faible niveau trophique qui ingèrent plusieurs tonnes de proies par jour. En conséquence, la viabilité et le rétablissement de la population de rorquals bleus peuvent être restreints par des facteurs qui limitent la disponibilité de la nourriture. Étant donné les grandes quantités de zooplancton nécessaires pour le maintien d’une population de rorquals bleus, la présence ou l’absence de ces derniers dans un écosystème a probablement une incidence importante (Sears et Calambokidis 2002).

Les changements dans les conditions climatiques océaniques (voir la section 5.2.4) peuvent affecter à la fois la quantité totale de proies disponibles et l’efficacité de l’activité alimentaire des rorquals bleus. En tant que spécialistes de proies d’un niveau trophique inférieur, ils pourraient être plus immédiatement affectés par des changements océanographiques à grande échelle que d’autres espèces qui affichent un régime plus varié (Benson et Trites 2002).

La prédation par les orques pourrait être une cause de mortalité des rorquals bleus; toutefois, la prévalence de ces animaux dans les eaux canadiennes du Pacifique est mal connue, et on dispose de peu de données sur les cicatrices dans cette région. Des cicatrices associées à des attaques d’orques (Orcinus orca) sont visibles sur 25 % des rorquals bleus observés dans la mer de Cortez; elles sont toutefois rares sur les rorquals bleus qui fréquentent le Saint-Laurent (Sears et Calambokidis 2002). Un rapport décrit une attaque d’un rorqual bleu par un groupe d’orques au large de la Basse-Californie (Tarpy 1979). Bien que le taux de prédation soit inconnu, on peut penser qu’une augmentation des populations de baleines pourrait mener à une prédation accrue de la part des orques. Si l’on se fonde sur le taux de cicatrices que présentent les rorquals à bosse (Megaptera novaeangliae), la prédation par les orques pourrait être plus accentuée au large de la Californie et du Mexique que partout ailleurs (G. Steiger, communication personnelle. Cascadia Research, 218 1/2 W 4th Ave., Olympia, WA 98501). Néanmoins, les taux de mortalité ne sont pas connus (Reeves et al. sous presse).

2.5. Besoins en habitat

L’habitat caractéristique des latitudes plus élevées peut probablement être mieux défini en fonction de ses qualités comme aire d’alimentation. Les rorquals bleus se nourrissent le long de zones de remontée d’eau productive qui se situent au-dessus des failles dans des eaux de tempérées à polaires à partir du printemps et jusqu’au début de l’hiver. Ils se nourrissent principalement d’euphausiacés (Euphausia pacifica, Thysanoessa spinifera, T. inermis, T. longpipes, T. raschii et Nematoscelis megalops), bien que les copépodes calanoïdes (Calanus spp.) et le crabe rouge pélagique (Pleuroncodes planipes) fassent aussi partie de leur alimentation. Ils exploitent des concentrations élevées de ces espèces de proies en les engouffrant dans leur grande bouche et en étendant les plis de leur gorge.

La reproduction se déroule en hiver dans les eaux tropicales et subtropicales, mais on n’a pas relevé d’aire d’accouplement particulière pour les rorquals bleus de l’est du Pacifique Nord (Sears et Calambokidis 2002) ou d’autres régions du globe.