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Programme de rétablissement pour le rorqual bleu, le rorqual commun et le rorqual boréal (Balaenoptera musculus, B. physalus et B. borealis) dans les eaux canadiennes du Pacifique [Projet]

3. Le Rorqual Commun (suite)

3.3 Taille de la population, tendances et répartition

Les rorquals communs ont une répartition cosmopolite, bien qu’ils soient plus abondants dans les latitudes tempérées et polaires. Dans le Pacifique Nord, l’aire de répartition d’été connue s’étend vers le nord à 50°N dans la mer d’Okhotsk, 60°N dans la mer de Béring et 58°N dans le golfe d’Alaska, et vers le sud à 40°N dans la mer du Japon et 32°N au large de la côte de Californie. L’aire de répartition d’hiver connue s’étend de la Corée à Taiwan, les îles hawaïennes et la péninsule de Basse-Californie, bien que l’on pense que la population soit principalement concentrée en haute mer (Leatherwood et al. 1988).

Les rorquals communs passent l’été en différents endroits le long de la côte est du Pacifique Nord, et l’on sait qu’ils occupent certaines régions (au moins le golfe de Californie et la partie méridionale et centrale de la Californie) toute l’année. Des groupements d’été ont été documentés au large de l’Oregon, et l’on a observé des groupes d’été et d’automne dans la région du détroit de Shelikof et du golfe d’Alaska (Carretta et al. 2003). La détection acoustique est pratiquée toute l’année au large du nord de la Californie, de l’Oregon et de l’État de Washington, une concentration d’activité étant enregistrée entre septembre et février (Moore et al. 1998).

Le NMFS reconnaît trois stocks dans les eaux américaines du Pacifique Nord : le stock du Pacifique Nord-Est, le stock d’Hawaï et le stock de la Californie, de l’Oregon et de l’État de Washington (Carretta et al. 2003). Fujino (1960) conclut que le Pacifique Nord abrite deux populations, l’une à l’est et l’autre à l’ouest, à partir de données histologiques et de marquage. Les données de marquage donnent aussi à penser que les rorquals communs enregistrés au large de la Colombie-Britannique pourraient avoir été isolés à un certain degré.

Oshumi et Wada (1974) ont estimé l’abondance du rorqual commun dans le Pacifique Nord, avant l’exploitation, à 40 000 à 45 000 individus. La chasse à la baleine a réduit l’effectif à un nombre estimé de 13 000 à 19 000 têtes aux alentours de 1973; sur ce nombre, de 8 500 à 11 000 individus étaient considérés comme provenant de l’est du Pacifique Nord (Oshumi et Wada 1974). L’estimation la plus récente de la taille du stock de la Californie, de l’Oregon et de l’État de Washington, selon les relevés effectués à partir de navires, s’établit à 3 279 individus (coefficient de variation (CV) = 0,31) (Barlow et Taylor 2001, cités dans Carretta et al. 2003). Les relevés effectués à partir de navires en juillet et août 1999 ont permis d’estimer le nombre de rorquals communs fréquentant la mer de Béring à 4 951 (CV = 0,29), bien que ces chiffres ne fournissent pas une indication de la taille des stocks présumés (Angliss et Lodge 2003). Jusqu’à présent, les données disponibles ne sont pas suffisantes pour que l’on puisse estimer les tendances affichées par les populations.

La structure de la population dans les eaux canadiennes du Pacifique est incertaine. À l’heure actuelle, on ne dispose d’aucun moyen pour déterminer si les animaux observés dans les eaux canadiennes du Pacifique proviennent de l’un ou l’autre des deux stocks définis par le NMFS. En réalité, il n’y a actuellement aucune preuve nous permettant de déterminer si ces deux stocks présumés sont vraiment des populations distinctes ou s’ils représentent une population unique vivant dans l’est du Pacifique Nord.

3.3.1. Eaux canadiennes du Pacifique

Pike et MacAskie (1969) considéraient que le rorqual commun était le cétacé à fanons le plus abondant dans les eaux canadiennes du Pacifique et ont avancé qu’un groupement se formait dans les eaux situées au large de l’île de Vancouver pour s’alimenter en été. Historiquement, on a observé fréquemment des rorquals communs dans des eaux côtières exposées (détroit d’Hécate et bassin de la Reine-Charlotte) et, occasionnellement, dans les eaux plus protégées du détroit de la Reine-Charlotte et du détroit de Georgia (Pike et MacAskie 1969). Seules 17 % des prises pour lesquelles les baleiniers de la côte de la Colombie-Britannique ont enregistré des positions ont été effectuées sur le plateau continental (figure 1 et Gregr 2004).

En se fondant sur une comparaison des registres des baleiniers des stations côtières situées dans la région du golfe d’Alaska, Gregr et al. (2000) ont conclu que l’espèce ne semblait pas restreinte sur le plan des latitudes. Une analyse des registres des baleiniers utilisant les stations de chasse à la baleine de la Colombie-Britannique a permis de déterminer que l’habitat du rorqual commun se situait le long de la plate-forme continentale, dans les eaux intérieures exposées de l’entrée Dixon et du détroit d’Hécate et dans une région située au large du nord de l’île de Vancouver (figure 1, tirée de Gregr et Trites 2001).

Les observations contemporaines de rorquals communs dans les eaux canadiennes du Pacifique ont surtout eu lieu du côté ouest de l’île de Vancouver, dans le détroit d’Hécate et dans le bassin de la Reine-Charlotte, en été et en hiver. Au cours des dernières expéditions de recherche annuelles du printemps (PRC-MPO), on a enregistré 75 observations de rorquals communs entre 2002 et 2004 au large de la plate-forme continentale, près des limites de la faille située dans le bassin de la Reine-Charlotte, dans le détroit d’Hécate et dans l’entrée Dixon (figure 3a). Les expéditions d’été de 2002 et 2003 ont permis d’observer 12 rorquals communs dans le bassin de la Reine-Charlotte (figure 3b). Des observations récentes ont également été effectuées au cours de la saison estivale au large du sud de l’île de Vancouver (COSEPAC 2004). Une expédition sur un navire d’occasion menée en février 2004 a permis d’effectuer des observations au large de l’extrémité nord de l’île de Vancouver et dans le détroit d’Hécate (PRC-MPO, données non publiées). La base de données du BCCSN contient 48 observations de rorquals communs de fiabilité élevée.

Contrairement aux observations relativement fréquentes effectuées au large de la Colombie-Britannique, deux études de deux semaines menées chaque année entre 1995 et 2002 par le NMFS au cours de la saison estivale dans la partie septentrionale des eaux situées au large de l’État de Washington n’ont donné lieu à aucune observation de rorqual commun (Calambokidis et al. 2004b). De la même manière, les relevés aériens effectués au large de la côte ouest de l’État de Washington au début des années 1990 n’ont pas permis d’observer un seul rorqual commun (Green et al. 1992, cité dans Calambokidis et al. 2004b).

Ce profil des observations pourrait signifier la réoccupation des aires d’alimentation historiques des rorquals communs dans les eaux canadiennes du Pacifique, ou bien être le reflet d’un effort d’observation accru ou de quelque autre changement démographique dans la population locale.

3.4  Besoins biologiques, rôle écologique et facteurs limitatifs

Les rorquals communs se nourrissent d’une multitude d’espèces. Dans l’hémisphère Nord, ils s’alimentent généralement de petits invertébrés, de poissons en banc et de calmars. On considère donc que le régime du rorqual commun pourrait être fonction de la disponibilité de la nourriture autant que de sa préférence pour telle ou telle espèce (Gambell 1985b).

Dans le Pacifique Nord, le régime est dominé par les euphausiacés (70 %), suivis des copépodes (25 %) et de quelques poissons et calmars (Kawamura 1980). Flinn et al. (2002) ont examiné des relevés de contenus stomacaux de rorquals communs capturés en Colombie-Britannique et en sont arrivés à des résultats similaires.

Le chevauchement global de l’aire de répartition et du régime avec ceux d’autres cétacés à fanons donne probablement lieu à une compétition interspécifique (Aguilar et Lockyer 1987). Les regroupements mixtes de rorquals communs et de rorquals bleus sont chose courante, et l’on observe des hybrides dans l’Atlantique Nord à une fréquence surprenante (Bérubé et Aguilar 1998), bien qu’aucun hybride n’ait été identifié dans le Saint-Laurent après analyse de 40 % des rorquals bleus et communs (R. Sears, communication personnelle). Le degré auquel l’hybridation se produit dans le Pacifique Nord est inconnu.

À la suite de la décimation de leurs effectifs par la chasse à la baleine, les grands cétacés à fanons pourraient avoir été « remplacés » dans une certaine mesure dans l’écosystème par des stocks de poissons écologiquement équivalents (Payne et al. 1990). Selon Trites et al. (1999), certaines espèces de poissons seraient des compétiteurs importants des rorquals dans la mer de Béring. Une autre conséquence possible de la chasse à la baleine est que les populations restantes pourraient être trop petites pour se rétablir. Toutefois, bien que les données sur la population soient insuffisantes pour que l’on puisse effectuer une évaluation fiable, on ne pense pas que ce phénomène constitue un facteur limitatif pour les rorquals communs.

Il est possible que les rorquals communs soient, dans une certaine mesure, la proie d’orques et de requins, bien que le degré de prédation soit inconnu (Reeves et al. sous presse). Une abondance accrue pourrait donner lieu à une prédation accrue.

3.5 Besoins en habitat

L’habitat estival des rorquals communs tend à comprendre des zones caractérisées par une forte concentration de proies (Kawamura 1980, Gaskin 1982). Woodley et Gaskin (1996) ont trouvé que, dans la baie de Fundy, les rorquals communs fréquentent principalement les zones d’eaux peu profondes marquées par un relief topographique élevée et que leur présence est corrélée avec des concentrations de harengs et d’euphausiacés.

La répartition du rorqual commun est associée à de basses températures de surface au large du nord-est des États-Unis et dans la baie de Fundy durant les mois d’été (Woodley et Gaskin 1996). Hain et al. (1992) ont documenté une association avec les fronts océaniques, des zones reconnues pour leur productivité biologique élevée (Herman et al. 1981).

On pense que la conception et la mise bas se produisent à de faibles latitudes durant l’hiver, mais on n’a pas encore relevé d’aires de reproduction particulières (p. ex., Mizroch et al. 1984). Selon Payne (2004), les capacités de communication à longue distance de l’espèce pourraient faire en sorte que l’accouplement s’effectue sans qu’il n’y ait de regroupement sur des aires de reproduction.