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Programme de rétablissement pour le rorqual bleu, le rorqual commun et le rorqual boréal (Balaenoptera musculus, B. physalus et B. borealis) dans les eaux canadiennes du Pacifique [Projet]

4. Le Rorqual Boréal (suite)

4.3. Taille de la population, tendances et répartition

Historiquement la plus abondante des baleines à fanons, le rorqual boréal est maintenant considéré comme rare dans les eaux canadiennes et américaines du Pacifique. On a déjà fait état de son abondance au large de la côte ouest de l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique, entre les mois de juin et d’août (Pike et MacAskie 1969). La population du Pacifique Nord, estimée avant la chasse à la baleine entre 58 000 et 62 000 individus, a été décimée et comptait entre 7 260 et 12 620 animaux aux alentours de 1974 (COSEPAC 2003). Bien que la chasse à la baleine à partir des stations côtières de la Colombie-Britannique ait cessé après 1967, la chasse internationale dans le Pacifique Nord a continué de cibler cette espèce jusqu’en 1975. Près de 40 % des prises totales de rorquals boréaux (62 550) enregistrées dans le Pacifique Nord ont eu lieu après 1967 (base de données de la CBI, J. Breiwick, NMML, AFSC, NMFS, 7 600 Sand Pt Way NE, Seattle, WA 98115-0070). Comme le nombre de prises totales excède la taille estimée de la population avant l’exploitation, il est évident que l’effectif a été fortement réduit.

LA CBIne reconnaît qu’un stock de rorquals boréaux dans le Pacifique Nord (Donovan 1991). Toutefois, on dispose de preuves de la présence de plusieurs populations, du moins autrefois. Un examen des études de marquage, de la répartition des prises, des observations et de la morphologie des fanons a révélé la présence de trois stocks (séparation à 175 et 155 degrés de longitude ouest) dans le Pacifique Nord (Masaki 1977). Selon Fujino (1964), les examens des types sanguins révèlent une différence entre les rorquals boréaux capturés à l’intérieur du golfe d’Alaska et ceux pris au large de l’île de Vancouver. Différentes formes de parasites observées dans des régions opposées du Pacifique signifient l’existence d’au moins deux populations, l’une à l’est et l’autre à l’ouest (Rice 1974).

Le NMFS reconnaît l’existence d’un stock vivant dans l’est du Pacifique Nord et d’un autre vivant dans l’ouest, de part et d’autre du 180e degré ouest (Carretta et al. 2002). La limite des stocks est arbitraire en raison du manque d’information sur la structure des populations. Barlow (2003, cité dans Carretta et al. 2003) a récemment estimé l’abondance du rorqual boréal à 56 animaux (CV = 0,61) dans l’est du Pacifique Nord, à une distance de 300 NM (560 km) des côtes. Aucune donnée n’est disponible sur les tendances qu’affichent ces populations. On présume que les rorquals boréaux qui fréquentent les eaux canadiennes du Pacifique font partie de la population établie dans la région est de l’océan.

4.3.1.  Eaux canadiennes du Pacifique

Les dossiers historiques démontrent clairement que les eaux canadiennes du Pacifique étaient autrefois très fréquentées par les rorquals boréaux (figure 1), avec un pic important de l’abondance saisonnière en juillet (figure 2). Au cours des dernières années, les relevés effectués au large de la côte de la Colombie-Britannique et dans la région de la faille de la plate-forme continentale n’ont pas donné lieu à une seule observation de rorqual boréal confirmée (PRC-MPO). La base de données du BCCSN contient trois observations de rorquals boréaux de fiabilité élevée.

Deux observations de rorquals boréaux confirmées et cinq observations possibles (consignées comme des observations de rorqual boréal ou de rorqual de Bryde) ont été effectuées au large de la Californie, de l’Oregon et de l’État de Washington au cours d’études menées à partir de navires ou d’aéronefs entre 1991 et 2001 (Carretta et al. 2003). Ces quelques observations constituent le point de référence à partir duquel on a formulé l’estimé le plus récent de l’abondance dans cette région.

Si l’on se fonde sur les données d’observation, le nombre de rorquals boréaux actuellement présents dans les eaux canadiennes du Pacifique semble relativement faible, et la population n’a pas montré de signes de rétablissement mesurables depuis que l’espèce est protégée de la chasse commerciale, c’est-à-dire depuis 1976. Aucune information fiable nous permettant d’estimer les tendances affichées par la population n’est disponible.

4.4. Besoins biologiques, rôle écologique et facteurs limitatifs

Les rorquals boréaux se nourrissent d’organismes de faible niveau trophique, principalement de copépodes calanoïdes. Toutefois, leur régime comprend également des euphausiacés, des amphipodes, des poissons en banc et des calmars, particulièrement dans le Pacifique Nord (Nemoto et Kawamura 1977, Flinn et al. 2002). Des analyses de contenus stomacaux ont révélé qu’il existe des différences régionales importantes en ce qui concerne le régime. Dans l’Antarctique, les euphausiacés représentent 54 % du régime du rorqual boréal, tandis que les copépodes calanoïdes forment 83 % du régime de ce cétacé dans le Pacifique Nord (Nemoto et Kawamura 1977, Kawamura 1982).

Les rorquals boréaux peuvent se nourrir de façon plus opportuniste dans les eaux côtières, où l’ensemble de proies est plus varié qu’en haute mer (Kawamura 1982). Les contenus stomacaux d’animaux capturés à partir des stations de chasse de la Colombie-Britannique montrent que les copépodes étaient les proies les plus fréquentes pour trois des cinq années, tandis que les poissons et les euphausiacés étaient prédominants l’une ou l’autre des années restantes (Flinn et al. 2002).

Les différences de contenus stomacaux constatées entre le Pacifique Nord et l’Antarctique pourraient être dues à des différences au chapitre de la structure trophique et de la disponibilité des proies entre les deux régions. Dans l’Antarctique, la plus grande partie de la biomasse est sous la forme de zooplancton. Par contre, dans le Pacifique Nord, on observe une plus grande abondance de consommateurs de zooplancton, ce qui augmente l’abondance des proies appartenant à des niveaux trophiques plus élevés (Nemoto et Kawamura 1977). Les tendances saisonnières qu’affichent les contenus stomacaux pourraient aussi traduire un changement saisonnier, d’un régime printanier constitué surtout de poissons à un autre marqué par la prédominance des euphausiacés ou des copépodes plus tard au cours de l’été (Rice 1977, Flinn et al. 2002).

Le rôle écologique du rorqual boréal semble donc être celui d’un généraliste se nourrissant de proies d’un faible niveau trophique. On ne sait pas si cette capacité de varier son régime est caractéristique de l’espèce, ou si différents individus ont tendance à se spécialiser en se nourrissant de différents types de proies.

La probabilité de déplacement trophique par les stocks de poissons, tel que cela a été proposé pour les autres grands rorquals (Payne et al. 1990) pourrait être plus faible chez le rorqual boréal; en effet, la diversité de son régime lui permet de s’adapter à des fluctuations dans la qualité et l’abondance des proies. L’espèce semble modifier sa répartition au gré des fluctuations de la disponibilité des proies. Cependant, étant donné les observations limitées dans la partie est du Pacifique Nord, il est possible que la population relique de rorquals boréaux soit trop restreinte pour se rétablir.

Selon les observations, les rorquals boréaux portent à la fois des endoparasites et des ectoparasites et semblent plus sensibles aux infestations massives d’helminthes (vers plats) que les autres espèces de cétacés à fanons. Bien que ces parasites ne soient généralement pas pathogènes, une infestation suffisamment importante du foie ou des reins peut être mortelle. Le degré auquel les infections par des parasites affectent à l’heure actuelle le rorqual boréal est inconnu. Sept pour cent des rorquals boréaux tués en Californie entre 1959 et 1970 étaient infectés et porteurs d’une maladie causant la chute des fanons. À part les fanons manquants, ces rorquals avaient des poissons dans leur estomac et étaient en bonne santé (COSEPAC 2003).

Il est possible que les rorquals boréaux soient la proie d’orques et de requins, bien que le degré de prédation soit inconnu (Reeves et al. sous presse). Une abondance accrue pourrait donner lieu à une augmentation de la prédation.

4.5. Besoins en habitat

Les stratégies alimentaires des rorquals boréaux consistent à la fois à écumer les flots et à engouffrer des quantités d’eau contenant des proies (Nemoto et Kawamura 1977); ils se nourrissent principalement de copépodes calanoïdes. De façon générale, on les trouve dans des eaux relativement profondes, surtout associées aux habitats pélagiques du large. Dans le nord-ouest de l’Atlantique, les rorquals boréaux sont associés à la faille continentale (Hain et al. 1985). En Colombie-Britannique, moins de 0,5 % des captures effectuées dans le cadre de la chasse côtière (données historiques) pour lesquelles des positions ont été enregistrées ont eu lieu sur la plate-forme continentale (Gregr 2002).

L’examen de la répartition des cétacés à fanons par rapport aux conditions océanographiques semble indiquer qu’il existe une association étroite entre la présence des animaux et les fronts océaniques. Selon les écrits, on observe des rorquals boréaux le long des grandes zones de mélange et de contre-courants rencontrées au niveau des fronts, et ils pourraient suivre ces fronts de façon saisonnière (Nasu 1966). Ces fronts peuvent afficher une certaine permanence et se situer à proximité de zones où les caractéristiques océaniques sont prévisibles, telles que les zones de remontée des eaux ou, encore, ils peuvent être associés à des caractéristiques plus dynamiques comme les contre-courants ou les jets formés à proximité d’éléments topographiques frappés par les grands courants (COSEPAC 2003).

On observe souvent les rorquals boréaux sur les mêmes aires d’alimentation pendant plusieurs années, puis ils disparaissent pendant de longues périodes. Dans l’Antarctique, les chasseurs parlent d’ « années de rorquals boréaux » (Gambell 1985a). Dans les eaux norvégiennes, les années marquées par une occurrence très importante de rorquals boréaux ont été qualifiées d’« années d’invasion » et ont été corrélées avec une abondance élevée de goberges (probablement Theragra finnmarchica) (Jonsgård et Darling 1977). Les registres de la chasse à la baleine en Colombie-Britannique font également état de ces arrivées non prévisibles de rorquals boréaux sur les aires d’alimentation du Pacifique Nord (Gregr 2002).