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Moqueur des armoises (Oreoscoptes montanus)

Mise à jour

Évaluation et Rapport
de situation du COSEPAC

sur le 

Moqueur des armoises

Oreoscoptes montanus

au Canada

 

Moqueur des armoises

texte:En voie de disparition 2000

 COSEPAC logo


Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

Nota : Toute personne souhaitant citer l’information contenue dans le rapport doit indiquer le
rapport comme source (et citer l’auteur); toute personne souhaitant citer le statut attribué par le COSEPAC doit indiquer l’évaluation comme source (et citer le COSEPAC). Une note de production sera fournie si des renseignements supplémentaires sur l’évolution du rapport de situation sont requis.

COSEPAC. 2000. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Moqueur des armoises (Oreoscoptes montanus) au Canada – Mise à jour.  Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa . vi + 23 p.

(http://www.registrelep-sararegistry.gc.ca/sar/assessment/status_f.cfm).

CANNINGS, R.J. 2000. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Moqueur des armoises (Oreoscoptes montanus) au Canada – Mise à jour, in Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Moqueur des armoises (Oreoscoptes montanus) au Canada – Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa.
Pages 1 - 23.

Rapport antérieur : 

PAGE, A.M. et M.D. CADMAN. 1994. Rapport de situation du COSEPAC sur le moucherolle vert (Empidonax virescens) au Canada. Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada. Ottawa. 1‑35 p.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC

a/s Service canadien de la faune

Environnement Canada

Ottawa (Ontario)

K1A 0H3

Tél. : (819) 997-4991 / (819) 953-3215

Téléc. : (819) 994-3684

Courriel : COSEWIC/COSEPAC@ec.gc.ca

http://www.cosepac.gc.ca

Also available in English under the title COSEWIC Assessment and Update Status Report on the Sage Thrasher Oreoscoptes montanus in Canada.

Illustration de couverture :

Moqueur des armoises – Óphoto par Peter Latourette, 2001.

© Minister of Public Works and Government Services Canada 2002

PDF : CW69-14/327-2003F-PDF

ISBN 0-662-35342-0

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COSEPAC Sommaire de l’évaluation

 

Sommaire de l’évaluation – Novembre 2000

Nom commun : Moqueur des armoises

Nom scientifique : Oreoscoptes montanus

Statut : En voie de disparition

Justification de la désignation :

Au Canada, cette espèce se trouve en très petits nombres à l’intérieur d’une aire de répartition limitée. La disponibilité et la qualité des habitats d’armoises sont sérieusement menacées en Colombie-Britannique, la seule province où l’espèce se reproduit régulièrement.

Répartition : Colombie-Britannique, Alberta, Saskatchewan

Historique du statut : Espèce désignée « en voie de disparition » en avril 1992. Réexamen et confirmation du statut en novembre 2000. Dernière évaluation fondée sur une mise à jour d’un rapport de situation.


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COSEPAC Résumé

Moqueur des armoises

Oreoscoptes montanus

Description

Le Moqueur des armoises est un peu plus petit que le Merle d’Amérique et, comparativement aux autres moqueurs, sa queue et son bec sont relativement courts. Il a le haut du corps brun grisâtre et des lignes brun-gris sur la poitrine et le ventre. La face du Moqueur des armoises porte une rayure superciliaire blanchâtre et des rayures noires sur les côtés de la gorge. Le mâle et la femelle sont d’aspect semblable, et leur chant est une longue série musicale de gazouillements.

Répartition

L’espèce se reproduit depuis l’extrême-sud de la Colombie-Britannique, le centre de l’Idaho et le centre-sud du Montana jusqu’au nord-est de l’Arizona, au centre-ouest et au nord du Nouveau-Mexique, au nord du Texas et à l’ouest de l’Oklahoma, en passant par le Grand Bassin. Le Moqueur des armoises se reproduit également, du moins irrégulièrement, dans le sud-est de l’Alberta et le sud de la Saskatchewan. Son aire d’hivernage s’étend à partir du centre de la Californie, du sud du Nevada, du nord de l’Arizona, du centre du Nouveau-Mexique et du centre du Texas jusqu’au centre du Mexique.

Habitat

Le Moqueur des armoises se reproduit dans des steppes arbustives dominées par les armoises. Si la taille des arbustes n’a pas d’importance pour l’habitat d’alimentation, les oiseaux ont besoin d’armoises de bonne taille (environ 1 m de haut) pour la nidification.

Biologie

Le Moqueur des armoises revient au Canada au printemps et au début de l’été; il construit alors un volumineux nid de brindilles dans une armoise de grande taille. La femelle pond quatre ou cinq œufs et peut élever deux couvées par saison, ce qui n’a toutefois jamais encore été documenté au Canada. Au printemps et à l’été, le Moqueur des armoises se nourrit principalement d’insectes, en particulier des sauterelles et des coléoptères, et passe à un régime mixte de baies et d’insectes à la fin de l’été et au début de l’automne.

Taille et tendances de la population

La population reproductrice au Canada varie d’année en année, d’un plancher d’environ 6 adultes à des sommets de 20 ou 30 adultes. La tendance générale va probablement vers une lente diminution, étant donné la conversion de deux ou trois sites de reproduction d’importance mineure en terres d’agriculture intensive ou en lotissements résidentiels; la plus forte estimation de la population depuis un siècle est d’environ 35 couples.

Facteurslimitatifs et menaces

Toutes les menaces sont liées à la quantité et à la qualité des habitats. Les menaces sont imminentes dans tous les habitats sur les terres privées et autochtones se trouvant dans la partie sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen. Sur ces terres, il est possible que les habitats d’armoises soient convertis en terres d’agriculture intensive (surtout des vignobles), en lotissements résidentiels et en terrains de golf. Le surpâturage a déjà été un problème, car il réduit la taille des armoises et favorise l’établissement de graminées annuelles, notamment le brome des toits; ces deux facteurs réduisent la qualité de l’habitat pour le Moqueur des armoises. Le surpâturage n’est plus un problème aussi important qu’il l’était auparavant, du moins sur les terres publiques, mais, dans certains cas, ses effets se font encore ressentir sur les terres des fermes d’élevage privées.

Protection actuelle

Le Moqueur des armoises, ses nids et ses œufs sont protégés de la chasse et de la cueillette au Canada et aux États-Unis par la Convention concernant les oiseaux migrateurs de 1916. L’espèce est également protégée en Colombie-Britannique, en Alberta et en Saskatchewan par les lois provinciales respectives sur les espèces sauvages. L’habitat du Moqueur des armoises est protégé en Colombie-Britannique par le Nature Trust of British Columbia, qui a conclu des baux à long terme sur 1 084 ha à White Lake. La désignation de zones protégées, prévue d’ici la fin de l’an 2000, pourrait préserver 1 100 ha supplémentaires d’habitat dans la partie sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen dans le cadre du plan de gestion des terres et des ressources de la province. En Saskatchewan, une superficie considérable d’habitat apparemment de qualité est protégée dans le parc national des Prairies, bien que le Moqueur des armoises n’utilise pas régulièrement ce secteur pour le moment.


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MANDAT DU COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine le statut, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés et des populations sauvages  canadiennes importantes qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées à toutes les espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, lépidoptères, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

COMPOSITION DU COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes fauniques des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans, et le Partenariat fédéral sur la biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

DÉFINITIONS

 

Espèce : Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D) : Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC) : Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)* : Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M) : Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)** : Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)*** : Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)**** : Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

 

* : Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

** : Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

*** : Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

**** : Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

 

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

 

Environment Canada         Environnement Canada

Canadian Wildlife Service          Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

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Information sur l’espèce

Nom, classification et taxinomie

Le Moqueur des armoises (Oreoscoptes montanus) est le seul membre du genre Oreoscoptes; c’est probablement un parent plus proche des moqueurs du genre Mimus que de ceux du genre Toxostoma (Reynolds et al., 1999). On ne lui reconnaît pas de sous-espèces, bien que les oiseaux des populations nordiques tendent à avoir la queue plus longue que les autres.

Description

Le Moqueur des armoises est un peu plus petit que le Merle d’Amérique et, comparativement aux autres moqueurs, sa queue et son bec sont relativement courts. Il a le haut du corps brun grisâtre et des lignes brun-gris sur la poitrine et le ventre. La face du Moqueur des armoises porte une rayure superciliaire blanchâtre et des rayures noires sur les côtés de la gorge. Le mâle et la femelle sont d’aspect semblable, et leur chant est une longue série musicale de gazouillements.

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Répartition

Répartition nord-américaine

L’espèce se reproduit depuis l’extrême-sud de la Colombie-Britannique, le centre de l’Idaho et le centre-sud du Montana jusqu’au nord-est de l’Arizona, au centre-ouest et au nord du Nouveau-Mexique, au nord du Texas et à l’ouest de l’Oklahoma, en passant par le Grand Bassin (American Ornithologists’ Union, 1998) [figure 1]. Il se reproduit également, du moins irrégulièrement, dans le sud-est de l’Alberta et le sud de la Saskatchewan (Godfrey, 1986; O’Shea, 1988). L’aire d’hivernage du Moqueur des armoises s’étend à partir du centre de la Californie, du sud du Nevada, du nord de l’Arizona, du centre du Nouveau-Mexique et du centre du Texas jusqu’au centre du Mexique (American Ornithologists’ Union, 1998). La figure 2 illustre la répartition des aires de reproduction d’après les données du Relevé des oiseaux nicheurs.

Répartition canadienne

Au Canada, le Moqueur des armoises ne se reproduit régulièrement que dans le sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen, en Colombie-Britannique (Godfrey, 1986) [figure 3]. Il se reproduit irrégulièrement dans le sud-ouest de la Saskatchewan (Eastend et Govenlock; Godfrey, 1986) et dans le sud-est de l’Alberta (au sud de Medicine Hat; O’Shea, 1988) [figure 4].

 

Figure 1. Répartition du Moqueur des armoises (d’après Cannings, 1992)

Figure 1. Répartition du Moqueur des armoises (d’après Cannings, 1992).

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Figure 2.  Répartition des aires de reproduction du Moqueur des armoises, d’après les données du Relevé des oiseaux nicheurs

Figure 2.  Répartition des aires de reproduction du Moqueur des armoises, d’après les données du Relevé des oiseaux nicheurs.

La répartition de l’espèce au Canada n’a guère changé au cours de la dernière décennie. En Colombie-Britannique, on observe encore des moqueurs des armoises tous les ans dans les secteurs du poste frontalier de Chopaka et du lac Kilpoola de la vallée de la Similkameen, et presque tous les ans à White Lake, près d’Oliver. L’observation récente la plus intéressante pourrait être la découverte d’un vieux nid à l’ouest du ruisseau Cache, le long du fleuve Fraser (Campbell et al., 1997). On avait déjà signalé trois fois le chant de l’oiseau dans la vallée de la Thompson et une fois dans la vallée du Fraser, près de Lytton (Cannings, 1992), mais c’est la première indication d’une nidification possible dans ce secteur. Autre observation digne de mention, on a entendu un mâle chanter juste à l’est d’Oliver en 1992 (S.G. Cannings, comm. pers.). Bien qu’on n’y ait pas trouvé de nid, c’était la première mention à cet endroit depuis plus de 60 ans (Darcus, 1932).

Un couple de moqueurs des armoises a niché en Alberta de 1988 à 1990, mais on ne l’a pas revu depuis (D. Baresco, comm. pers.). Il n’y a pas eu de mentions récentes en Saskatchewan, ce qu’on peut cependant attribuer au manque d’effort d’observation plutôt qu’à l’absence complète d’oiseaux (W. Harris, comm. pers.).

Figure 3.  Sites du sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen où l’on sait ou présume que des moqueurs des armoises nichent

Figure 3.  Sites du sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen où l’on sait ou présume que des moqueurs des armoises nichent (d’après Cannings, 1992).

Figure 4.  Sites des observations de moqueurs des armoises en Alberta et en Saskatchewan; les étoiles indiquent des sites de reproduction connus : 1 : Grande Prairie; 2 : Calgary; 3 : Drumheller; 4 : Bindloss; 5 : Rivière Milk, à l’est d’Aden; 6 : Orion; 7 : Manyberries; 8 : Sentier Black and White, au sud-est de Medicine Hat; 9 : Walsh; 10 : Merryflat; 11 : Govenlock; 12 : Ruisseau Battle, cours inférieur; 13 : Eastend; 14 : Rivière Frenchman, au sud de Shaunavon; 15 : Braddock; 16 : Matador; 17 : Rosefield; 18 : Ruisseau Otter; 19 : Lac Porter; 20 : Regina; 21 : Ruisseau Big Muddy; 22 : Bromhead

Figure 4.  Sites des observations de moqueurs des armoises en Alberta et en Saskatchewan; les étoiles indiquent des sites de reproduction connus : 1 : Grande Prairie; 2 : Calgary; 3 : Drumheller; 4 : Bindloss; 5 : Rivière Milk, à l’est d’Aden; 6 : Orion; 7 : Manyberries; 8 : Sentier Black and White, au sud-est de Medicine Hat; 9 : Walsh; 10 : Merryflat; 11 : Govenlock; 12 : Ruisseau Battle, cours inférieur; 13 : Eastend; 14 : Rivière Frenchman, au sud de Shaunavon; 15 : Braddock; 16 : Matador; 17 : Rosefield; 18 : Ruisseau Otter; 19 : Lac Porter; 20 : Regina; 21 : Ruisseau Big Muddy; 22 : Bromhead (d’après Cannings, 1992).


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Habitat

Définition

Le Moqueur des armoises est une espèce obligatoirement associée aux armoises, car pendant la saison de reproduction, il dépend presque totalement des milieux où poussent ces arbustes (Braun et al., 1976). On observe à l’occasion des oiseaux nicheurs dans des habitats de steppe arbustive semblables qui abritent du sarcobate vermiculé (Sarcobatus vermiculatus) et de la purshie tridentée (Purshia tridentata) [Reynolds et al., 1999; Smith et al., 1997].

En général, le nombre de mâles territoriaux a une corrélation positive significative avec le couvert d’armoises et une corrélation négative avec la présence de graminées annuelles comme les pâturins (Poa spp.) et le brome des toits (Bromus tectorum) [Wiens et Rotenberry, 1981; Dobler et al., 1996; Reynolds et al., 1999]. Dans le centre du Washington, le Moqueur des armoises est associé à des parcours naturels de qualité bonne ou passable et généralement absent des secteurs de piètre qualité fortement surpâturés. En présence d’un couvert arbustif adéquat, le nombre d’individus a une corrélation positive avec la présence de graminées vivaces, notamment l’agropyre à épi (Elymus spicatus) [Stepniewski, 1999].

Pour la nidification, le Moqueur des armoises préfère des sites où poussent des armoises de taille moyenne (de 30 à 60 cm de haut) et des armoises plus hautes (plus de 1 m) [Wiens et Rotenberry, 1981; Reynolds et al., 1999]. Il préfère les sites ayant un bon couvert d’armoises, des buissons étendus, des perturbations peu nombreuses et un habitat homogène dans un rayon de 1 km (Knick et Rotenberry, 1995a). Le couvert d’armoises dans les sites de nidification variait de 11 à 44 % (Rich, 1980). Les sites occupés se caractérisaient par des sols glaiseux et peu profonds minces plutôt que par des sols sablonneux (Reynolds et al., 1999).

Les arbustes qu’utilise le Moqueur des armoises pour nicher sont plus gros que la moyenne; en Colombie-Britannique, ils ont une hauteur moyenne de 132 cm (écart type : ±32) et une largeur de 168,3 cm (écart type : ±57,5) [R. Millikin, comm. pers.]. En Alberta et en Saskatchewan, les armoises n’atteignent cette taille que dans les coulées et sur les sols alluviaux qui bordent les cours d’eau (Wayne Smith, Robert Gardner et Chel Macdonald, comm. pers.).

À la fin de l’été et à l’automne, le Moqueur des armoises cherche souvent de la nourriture dans les cultures de fruits et de baies adjacentes aux habitats d’armoises (Bent, 1948); l’espèce hiverne dans divers habitats de broussailles, de halliers et de taillis (American Ornithologists’ Union, 1998).

Tendances

La superficie d’habitat de qualité disponible au Canada diminue lentement depuis 50 ans. Peu de sites ont été entièrement perdus, bien que le développement de vignobles sur la réserve indienne Inkameep (bande indienne d’Osoyoos) ait détruit plusieurs centaines d’hectares de steppe arbustive à l’est du lac Osoyoos. L’habitat de ce secteur est probablement sous-optimal pour le Moqueur des armoises, car il s’agit d’un mélange de purshie tridentée (Purshia tridentata), d’armoise tridentée (Artemisia tridentata) et de bigelovie puante (Chrysothamnus nauseosus). Des moqueurs y ont toutefois niché par le passé. D’autres développements de zones agricoles, résidentielles et touristiques dans la réserve Inkameep menacent plusieurs centaines d’autres hectares de cet habitat, mais, selon certaines indications, on pourrait en protéger environ 500 ha (C. Louie, sur la foi de T. Slater, comm. pers.). La plupart des terres privées (env. 50 ha) du site de Richter Pass sont maintenant divisées en lots de 5 acres où l’habitat s’est dégradé à divers degrés.

En Colombie-Britannique, le ministère de l’Environnement, des Terres et des Parcs (Ministry of Environment, Lands and Parks, 1999) a désigné dans la partie sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen 27 478 ha d’habitats adéquats pour la reproduction et/ou l’alimentation du Moqueur des armoises, bien qu’ils ne soient pas nécessairement occupés par des moqueurs (figure 5). Cette estimation repose sur l’analyse de photos aériennes prises en 1987; elle ne tient pas compte des récentes pertes d’habitat mentionnées plus haut.

La perte d’habitat est très préoccupante aux États-Unis, où elle est presque entièrement attribuable à l’agriculture intensive. Fait particulièrement préoccupant pour les populations canadiennes, environ la moitié de l’habitat de qualité a disparu au Washington, et la majeure partie de l’habitat restant est fortement fragmentée (Reynolds et al., 1999). La situation est semblable au Montana, où la perte d’habitat a eu un impact sur les populations qui s’étendraient normalement vers la Saskatchewan et l’Alberta si les conditions climatiques s’y prêtaient (B. Luterbach, comm. pers.).

Protection et tenure

Des 27 478 ha d’habitat dans la partie sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen qui sont considérés de qualité pour la reproduction et/ou l’alimentation du Moqueur des armoises (Ministry of Environment, Lands and Parks, 1999), 42 % sont des terres privées, 28 % sont sur une réserve indienne, 26 % sont des terres publiques provinciales et 4 % sont des terres de conservation (zones protégées). Une grande partie de cet habitat est probablement sous-optimale et inoccupée. En ce qui concerne le nombre de sites connus où vit le Moqueur des armoises, les trois sites à l’extrême-sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen – le poste frontalier de Chopaka, le lac Kilpoola et Richter Pass – sont un mélange de terres privées et de terres publiques. La plupart des terres publiques de ces sites font l’objet d’une proposition de protection (parc provincial) dans le cadre du plan de gestion des terres et des ressources en voie d’achèvement. Les deux sites candidats au statut de zone protégée indiqués à la figure 6 qui contiennent un habitat adéquat pour le Moqueur des armoises, Chopaka et Kobau, possèdent respectivement 753 et 400 ha d’habitat de qualité. On attend la décision finale sur ce statut d’ici septembre 2000 (G. Furness, comm. pers.).

L’habitat du Moqueur des armoises à White Lake appartient au Conseil national de recherches du Canada, mais le Nature Trust of British Columbia dispose de baux exclusifs de 67 à 70 ans (pour le pâturage ou la recherche) sur l’ensemble du bassin (1 084 ha); cet habitat est donc considéré comme étant bien protégé pour le moment. La réserve indienne Inkameep (bande indienne d’Osoyoos) contient de vastes zones d’habitat de qualité (dont le site d’Oliver cité plus haut), mais la majeure partie de cet habitat a déjà été transformée en vignobles depuis deux ans ou est réservée au développement de vignobles d’ici quelques années.

Le parc national des Prairies, dans le sud-ouest de la Saskatchewan, protège une grande quantité d’habitats de qualité, mais il n’existe aucune zone protégée d’habitat semblable en Alberta.

Figure 5.  Qualité de l’habitat pour le Moqueur des armoises dans la partie sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen, en Colombie-Britannique. Les zones en gris foncé indiquent un habitat adéquat pour la reproduction; les zones en gris moyen, un habitat adéquat pour l’alimentation

 

Figure 5.  Qualité de l’habitat pour le Moqueur des armoises dans la partie sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen, en Colombie-Britannique. Les zones en gris foncé indiquent un habitat adéquat pour la reproduction; les zones en gris moyen, un habitat adéquat pour l’alimentation (Ministry of Environment, Lands and Parks, 1998).

Figure 6.  Zones protégées proposées (en gris foncé) dans le plan de gestion des terres et des ressources d’Okanagan-Shuswap. Des portions des régions de Kobau, de Chopaka et de Kilpoola présentent un habitat adéquat pour le Moqueur des armoises

Figure 6.  Zones protégées proposées (en gris foncé) dans le plan de gestion des terres et des ressources d’Okanagan-Shuswap. Des portions des régions de Kobau, de Chopaka et de Kilpoola présentent un habitat adéquat pour le Moqueur des armoises.


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Biologie

Généralités

Comme chez la plupart des autres oiseaux chanteurs, le Moqueur des armoises mâle établit un territoire de reproduction et l’annonce par son chant au début de la saison de reproduction. Les individus forment des couples monogames, et le mâle comme la femelle construisent le nid, couvent les œufs et prennent soin des oisillons. Au cours de la saison de reproduction, le Moqueur des armoises est surtout insectivore, mais il se nourrit aussi de baies à la fin de l’été et à l’automne.

Reproduction

Les moqueurs des armoises placent leur nid dans des arbustes, généralement des armoises. En Colombie-Britannique, les nids sont situés de 8 à 154 cm (moyenne de 36 cm) au-dessus du sol et, en moyenne, à 27,3 cm du bord extérieur de l’armoise et à 37,7 cm de la tige principale (R. Millikin, comm. pers.). Ces données sont très semblables à celles d’une étude réalisée récemment en Idaho, où les nids étaient situés en moyenne à 32 cm du sol et à 26 cm du bord extérieur de l’arbuste (Belthoff et Rideout, 1999). Il semble que le facteur le plus important pour le positionnement du nid est la quantité de couvert au-dessus de celui-ci; le nid est placé juste sous la végétation la plus dense selon le profil vertical (Rich, 1980; Castrale, 1982), presque invariablement à environ 50 cm sous le sommet de l’arbuste (Petersen et Best, 1991). En Idaho, les nids de moqueurs des armoises sont plus cachés (dans des arbustes plus gros et plus denses) que ceux des bruants de Brewer ou de Bell (Belthoff et Rideout, 1999). Ce couvert au-dessus du nid a une importance critique pour la protection contre les prédateurs; la totalité des 15 nids dont on a enlevé le couvert ont été attaqués par des prédateurs dans les 24 heures (Reynolds et al., 1999).

Le nombre d’œufs par couvée de six nids observés à White Lake, en Colombie-Britannique, variait de quatre à cinq, avec une moyenne de 4,5 (Cannings et al., 1987). Deux nids observés en Saskatchewan contenaient respectivement cinq œufs et cinq oisillons fraîchement éclos (Potter, 1937). Des échantillons de plus grande taille dans le sud de l’Idaho donnent un nombre moyen d’œufs par couvée de 3,5 et 4,1 (Reynolds, 1981; Gooding, 1970). Ces données laissent supposer que le nombre moyen d’œufs par couvée est plus grand à l’extrémité nord qu’au cœur de l’aire de répartition du Moqueur des armoises.

Les moqueurs des armoises peuvent élever deux couvées par saison dans la portion centrale de leur aire de reproduction (p. ex. dans le sud de l’Idaho; Reynolds, 1981), mais on n’a jamais observé ce phénomène au Canada (Cannings, 1992).

La superficie du territoire de reproduction est d’environ 1 ha : 0,96 ha en Idaho (de 0,64 à 1,64, n = 7; Reynolds et Rich, 1978); de 0,5 à 1,7 ha au Washington (n = 7, Gooding, 1970).

Survie

On ne sait pratiquement rien du taux de survie ni de la démographie des populations de moqueurs des armoises.

Déplacements

Le Moqueur des armoises est une espèce migratrice, qui quitte la Colombie-Britannique à la fin août ou en septembre (Cannings et al., 1987); l’observation la plus tardive porte sur un groupe de cinq oiseaux aperçus à Chopaka le 29 septembre 1991 (Stefan Zaremba). Certaines années, les oiseaux reviennent dès avril ou début mai, l’observation la plus hâtive étant en date du 4 avril (Cannings et al., 1987). Fait intéressant, trois des observations faites dans la région intérieure de la Colombie-Britannique au nord de l’Okanagan se sont produites en avril aussi; il s’agit de toute évidence d’oiseaux ayant dépassé la destination de leur migration printanière. Cependant, le gros de la population reproductrice n’arrive pas avant la fin mai : seulement 23 des 130 observations faites en Colombie-Britannique sont antérieures au 1er juin. Ce détail revêt un intérêt particulier quand on se rend compte que les recherches les plus intensives de moqueurs des armoises ont lieu aux alentours de la fin de semaine de la fête de la Reine, dans la deuxième moitié de mai, et que les histogrammes de la distribution saisonnière de la plupart des oiseaux rares de l’Okanagan présentent donc un sommet distinct à la fin mai (Cannings et al., 1987). Ce sommet est absent de l’histogramme du Moqueur des armoises (Cannings et al., 1987, p. 311); le nombre d’observations atteint plutôt un sommet vers le 10 juin et demeure élevé pendant le reste de ce mois. Preston (1990) n’a trouvé aucun moqueur lors d’une visite faite le 16 juin à Chopaka, mais en a vu trois ou quatre les 4 et 13 juillet, une tendance conforme aux relevés des observations récentes qu’y ont faites des ornithologues amateurs. Il paraît donc probable que beaucoup de moqueurs des armoises n’arrivent en Colombie-Britannique qu’à la fin mai ou en juin; il pourrait s’agir d’oiseaux ayant tenté de se reproduire au Washington au début mai qui se sont déplacés vers le nord après leur première tentative.

Les dates d’observation la plus hâtive et la plus tardive en Saskatchewan sont le 2 mai et le 22 août; il est difficile d’établir une phénologie significative à partir des rares observations faites en Alberta, mais on peut supposer que le Moqueur des armoises y est également présent du début mai à la fin août.

Nutrition et relations interspécifiques

Au printemps et au début de l’été, le Moqueur des armoises est un insectivore opportuniste qui cherche des fourmis, des carabes, des sauterelles, des grillons et des punaises sur le sol (Stephens, 1985; Reynolds et al., 1999). À la fin de l’été, les groupes familiaux recherchent plutôt des baies et des chenilles dans les taillis le long des ravines (Stepniewski, 1999).

Comportement et adaptabilité

Le Moqueur des armoises ne fait guère montre de souplesse quant à ses habitats de choix; on le considère comme un cas classique d’espèce associée aux armoises, tant pour la nidification que pour l’alimentation pendant la saison de reproduction (Braun et al., 1976). Presque tous les nids de moqueurs des armoises sont édifiés dans ou sous une armoise (Potter, 1937; Reynolds et Rich, 1978; Rich, 1978, 1980; Reynolds, 1981; Cannings et al., 1987; O’Shea, 1988).

Les populations sont gravement affectées par les techniques de lutte contre les armoises, notamment la plantation d’agropyre à crête (Agropyron cristata) [Reynolds et Trost, 1980], le feu et les herbicides. Les moqueurs sont encore absents des zones brûlées neuf ans après le brûlage, et les populations demeurent absentes des sites traités aux herbicides 22 ans auparavant (Kerley et Anderson, 1995). Le fait d’enlever seulement les plus gros arbustes éloigne les moqueurs des armoises, qui en ont besoin pour la nidification.

La propagation du brome des toits (Bromus tectorum) a eu un effet négatif sur les populations de moqueurs des armoises de par son influence sur le régime des incendies dans les prairies de l’Ouest (Knick et Rotenberry, 1997). Le brome des toits, espèce annuelle, tend à pousser dans de vastes monocultures qui sont très inflammables, ce qui accroît la propagation du feu et la perte d’armoises et d’autres buissons, en plus d’accélérer, par un mécanisme de rétroaction, la propagation d’annuelles (comme le brome des toits).

Ces incendies et les développements agricoles à grande échelle ont détruit et fragmenté de vastes zones d’habitat du Moqueur des armoises dans toute son aire de répartition (Knick et Rotenberry, 2000), réduisant ainsi le potentiel de pénétration de la population à la périphérie de son aire de répartition, dans le sud du Canada. Sur une note plus positive, le Moqueur des armoises semble mieux tolérer la fragmentation de l’habitat que d’autres espèces associées aux armoises (p. ex. le Bruant de Bell, Amphispiza belli, et le Bruant de Brewer, Spizella breweri), mais il préfère les habitats homogènes présentant un couvert d’armoises relativement étendu (Knick et Rotenberry, 1995). Au cours de la première année d’une étude en cours dans le sud-est de l’Idaho, les moqueurs des armoises étaient presque deux fois plus abondants dans les parcelles d’habitat fragmenté (parcelles d’habitat de 35 à 200 ha) que dans les parcelles d’habitat non fragmenté (Belthoff et Rideout, 1999).

Belthoff et Rideout (1999) ont constaté que le parasitisme exercé par le Vacher à tête brune est plus élevé pour tous les types d’espèces d’oiseaux nicheurs dans les habitats fragmentés que dans les habitats continus. Ce fait n’a toutefois aucune incidence sur le succès de reproduction du Moqueur des armoises, qui rejette les œufs de vachers (Sullivan, 1988).

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Taille et tendances des populations

À l’échelle du continent, les populations sont stables dans les habitats encore de qualité, mais leur taille a connu une baisse dramatique et, dans certains cas, des populations locales ont été éliminées là où s’est faite la conversion en masse des parcours d’armoises (Reynolds et al., 1999). À l’échelle régionale, les populations de moqueurs des armoises semblent diminuer dans le sud, mais augmenter en Californie, au Colorado et en Oregon (Reynolds et al., 1999).

Comme pour bien des espèces à la périphérie de leur aire de répartition, le nombre de moqueurs des armoises au Canada fluctue d’année en année, et certains sites ne sont occupés qu’occasionnellement. Cependant, les populations de moqueurs des armoises connaissent aussi des fluctuations considérables vers le centre de l’aire de répartition de l’espèce, peut-être à cause de la variabilité locale du climat (Reynolds, 1981). À propos du nombre d’oiseaux observés d’année en année à White Lake, en Colombie-Britannique, Darcus (1932) écrit :

Le regretté C. de B. Green m’a informé qu’avant 1914 plusieurs couples séjournaient tous les ans à ce site; mais, apparemment, l’espèce était rare au cours de la période de 1920 à 1931. En 1930, on n’a observé qu’un seul individu. Au cours de la saison de 1931, un bon nombre d’oiseaux de cette espèce sont revenus à ce site de reproduction. J’ai visité la localité à cinq reprises et estimé qu’il devait y avoir là une quinzaine de couples. [Traduction]

Le recensement le plus élevé à White Lake depuis 30 ans est de cinq couples, en 1969 (Cannings et al., 1987); depuis, le nombre varie de zéro à deux couples par an. Depuis 1981, on ne signale régulièrement des moqueurs des armoises qu’à Chopaka, où nichent jusqu’à six ou même dix couples chaque année. Preston (1990) a exploré les sites de Chopaka, de Richter Pass, du lac Kilpoola et de White Lake pendant six jours en 1990 et n’y a trouvé que trois mâles chanteurs et un quatrième oiseau muet, tous à Chopaka. En faisant des relevés de bruants de Brewer dans des habitats d’armoises dans tout le sud de l’Okanagan en 1991, Dwight Harvey (comm. pers.) a compté 11 moqueurs des armoises chanteurs : un à White Lake, quatre au sud du lac Kilpoola et six à Chopaka.

À son sommet historique, la population printanière de moqueurs des armoises en Colombie-Britannique a pu atteindre ou dépasser les 30 couples, mais, récemment, le nombre maximum s’est plutôt situé entre 5 et 12 couples. Au moins deux sites de reproduction mentionnés par Darcus (1932) – l’un près d’Oliver, et l’autre, à Penticton [probablement là où se trouve aujourd’hui le West Bench] – ont probablement fait l’objet d’un développement agricole ou résidentiel; depuis, on n’a plus signalé de moqueurs reproducteurs près de ces localités.

En Saskatchewan et en Alberta, les populations sont trop petites (et souvent absentes) pour qu’on puisse y déceler une tendance (B. Luterbach, W. Harris, comm. pers.).

Les populations vivant au cœur de l’aire de répartition de l’espèce sont généralement stables là où l’habitat est de qualité. Les tendances du Relevé des oiseaux nicheurs pour la période de 1966 à 1996 indiquent un déclin significatif de 4 % par an dans les prairies intermontagnardes, mais une augmentation significative au Colorado (4,4 % par an) et en Oregon (2,6 % par an) [Sauer et al., 1997]. Ces tendances sont illustrées à la figure 6. Dans l’est du Washington, la densité de la population contiguë à la Colombie-Britannique varie de 0,09 à 0,2 individu par hectare (Dobler et al., 1996).

Un des facteurs qu’il importe de prendre en compte quant aux déplacements possibles des oiseaux de la population centrale des États-Unis à l’aire de reproduction de l’espèce au Canada est l’isolement relatif de cette dernière. Les populations les plus proches du Canada vivent dans le bassin du Columbia, au Washington et au Montana; ces deux populations sont isolées du cœur de l’aire de répartition de l’espèce, dans le Grand Bassin et les Grandes Plaines du Colorado (figure 2). Qui plus est, la population de l’Okanagan est isolée de celle du bassin du Columbia par une distance d’environ 40 km (Smith et al., 1997).

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Facteurs limitatifs et menaces

Comme le Moqueur des armoises dépend des armoises, presque tous les facteurs qui limitent ses populations concernent la perte, l’altération ou la dégradation des habitats abritant ces arbustes.

La perte des habitats d’armoises au profit de l’agriculture, de l’extraction à ciel ouvert et du lotissement résidentiel est une grande source de préoccupation à l’égard des oiseaux qui dépendent de cet écosystème aux États-Unis (Braun et al., 1976). Au Washington, d’immenses zones d’armoises ont été converties en champs de blé depuis un siècle et, plus particulièrement, depuis la construction du barrage de Grand Coulée (Weber, 1980). En Alberta, de vastes portions d’habitat du Moqueur des armoises ont été perdues au profit du développement agricole de zones d’aridoculture (Bruce MacGillivray, comm. pers.).

Environ la moitié de la superficie historique des steppes d’armoises aux États-Unis a disparu à cause de l’agriculture intensive, et seulement la moitié de la portion restante a de bonnes conditions de pâturage et conserve son sous-étage indigène (West, 1996).

On n’a guère de données sur les effets des pesticides sur le Moqueur des armoises. L’application aérienne de malathion (585 g/ha) en Idaho a réduit la population d’insectes disponible pour les moqueurs reproducteurs, sans toutefois avoir d’effet significatif sur la survie des oisillons (Howe et al., 1996).

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Importance de l'espèce

Le Moqueur des armoises est une des rares espèces d’oiseaux qui dépendent totalement des habitats d’armoises pour leur survie. Cette espèce monotypique d’un genre monotypique a disparu de plusieurs localités au cours du siècle dernier, à mesure que les parcours d’armoises ont été convertis en terres d’agriculture intensive ou brûlés afin d’enlever le couvert arbustif. Bien que l’espèce soit encore commune au centre de son aire de répartition, les populations qui vivent aux extrémités nord et sud de l’aire sont en déclin constant.

Plusieurs espèces qui vivent dans le même milieu de steppe arbustive aride que le Moqueur des armoises sont aussi des espèces préoccupantes au Canada. Le Tétras des armoises (Centrocercus urophasianus) est considéré par le COSEPAC comme une espèce en voie de disparition au Canada, tandis que le crapaud du Grand Bassin (Spea intermontana) et le Courlis à long bec (Numenius americanus) sont considérés comme des espèces vulnérables. En Colombie-Britannique, la salamandre tigrée (Ambystoma tigrinum), le Bruant à joues marron (Chondestes grammacus) et le Bruant de Brewer figurent sur la liste rouge des espèces candidates au statut d’espèce menacée ou en voie de disparition de la province.

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Évaluation et statut recommandé

Protection actuelle et autres désignations

Comme pour la plupart des autres oiseaux d’Amérique du Nord, le Moqueur des armoises, ses nids et ses œufs sont protégés de la chasse et de la cueillette au Canada et aux États-Unis par la Convention concernant les oiseaux migrateurs de 1916. L’espèce est également protégée en Colombie-Britannique, en Alberta et en Saskatchewan par les lois provinciales respectives sur les espèces sauvages. L’impact de ces mesures est probablement négligeable, car il est rare que l’on tue ou harcèle volontairement les oiseaux de cette espèce.

Le Moqueur des armoises est désigné comme une espèce en voie de disparition par le COSEPAC et figure sur la liste rouge des espèces potentiellement menacées ou en voie de disparition de la Colombie-Britannique. Sur la liste de l’Alberta, son statut est indéterminé (S?). Le Moqueur des armoises est classé globalement dans la catégorie G5; il est considéré S2B en Saskatchewan et S1B en Colombie-Britannique. Les États limitrophes le classent comme suit : Washington, S3; Oregon, S4; Idaho, Montana et Wyoming, S5; Dakota du Nord, S?; Dakota du Sud, S2.

Détermination du statut et recommandation de l’auteur

Le nombre de moqueurs des armoises et la disponibilité de l’habitat de l’espèce au Canada n’ont pratiquement pas changé depuis dix ans. Une partie de cet habitat (à White Lake) est désormais protégée par des baux à long terme concédés au Nature Trust of British Columbia; d’autres portions pourraient bien s’ajouter dans les nouvelles zones protégées réservées dans le cadre du plan de gestion des terres et des ressources d’Okanagan-Shuswap, en voie d’achèvement. En revanche, plusieurs centaines d’hectares d’habitat de qualité (bien que peut-être sous-optimal) du côté est de la vallée de l’Okanagan ont été perdus depuis deux ans au profit du développement de vignobles.

On n’a pratiquement pas vu de moqueurs des armoises en Alberta et en Saskatchewan depuis dix ans. Bien qu’il existe de vastes zones d’habitat adéquat dans ces provinces, il est évident qu’elles se trouvent actuellement trop loin des aires de reproduction centrales du sud pour servir régulièrement.

La découverte d’un vieux nid bien au nord-ouest de l’aire de reproduction actuelle en Colombie-Britannique est un indice intrigant d’une extension possible de l’aire de répartition de l’espèce. Il est notoire que le nombre de moqueurs des armoises varie de façon cyclique (ou irrégulière) à l’extrémité nord de l’aire de répartition de l’espèce, mais si jamais le moqueur établissait une population reproductrice régulière dans le secteur de la Thompson et du Fraser, la quantité d’habitats adéquats s’en trouverait décuplée.

Le Moqueur des armoises a reçu le statut d’espèce en voie de disparition en 1992 sur la base du très petit nombre de sites de reproduction au pays et des menaces que faisait planer le développement sur la plupart de ces sites. La protection éventuelle des sites de Kobau (Richter Pass) et de Chopaka (figure 5) dans le cadre du Plan d’aménagement des terres et des ressources d’Okanagan-Shuswap mettrait fin aux menaces du développement sur ces sites, les meilleurs au pays. Dans ce cas, on pourrait éventuellement faire passer le statut du Moqueur des armoises à celui d’espèce menacée, mais, jusque-là, il doit conserver celui d’espèce en voie de disparition.


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Résumé technique

RÉPARTITION

            Zone d’occurrence : ___270__km2

                       Zone d’occupation : ___10_____km2

La zone d’occurrence est fondée sur la superficie estimative de l’habitat adéquat dans la partie sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen (Ministry of Environment, Lands and Parks, 1999); la zone d’occupation est une estimation de la superficie de l’habitat qui sert de territoire sur une base régulière.

 

INFORMATION SUR LES POPULATIONS

Nombre total d’individus au Canada : environ 25 (début de l’été)

Nombre d’individus matures (reproducteurs) au Canada (effectif des populations) : environ 25

Durée d’une génération : 1 an

Tendance de la population (cocher la mention qui s’applique) : _____ en déclin _____en croissance ___X_ stable _____inconnue

Taux de déclin de la population (le cas échéant) : ____% en 10 ans ou trois générations (selon la durée la plus longue).

Si des données ne sont disponibles que pour une période de moins de 10 ans ou trois générations, déclin de ______% en _____ans.

Nombre de sous-populations : 2-3

La population est-elle fragmentée? __X___OUI_____NON

Nombre d’individus dans chaque sous-population (fourchette) : 2-20

Nombre de sites existants : __3__________

Nombre de sites historiques d’où l’espèce a disparu : ____2____

L’espèce connaît-elle des fluctuations d’effectif? __X___OUI_____NON

 

FACTEURS LIMITATIFS ET MENACES

· Perte d’habitat au profit du développement agricole et résidentiel

· Surpâturage, dégradation de l’habitat

· Feu

POTENTIEL DE SAUVETAGE

L’espèce existe-t-elle à l’extérieur du Canada? __X___OUI_____NON

Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible? __X___OUI _____NON

Les individus des populations étrangères les plus proches seraient‑ils adaptés aux conditions canadiennes? ___X__OUI _____NON

Y a‑t‑il suffisamment d’habitat disponible pour les individus immigrants? __X___OUI _____NON

STATUT RECOMMANDÉ ET JUSTIFICATION

 

 


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Remerciements

Pam Krannitz et Rhonda Millikin ont fourni des renseignements récents sur le Moqueur des armoises et son habitat en Colombie-Britannique. Steve Knick et Jim Belthoff ont fourni des données d’études récentes réalisées dans le sud de l’Idaho. Dennis Baresco et Doug Collister ont mis à jour l’information sur l’Alberta, tandis que Wayne Harris, Guy Wapple, Robert Kreba et Bob Luterbach ont fourni de l’information sur le Moqueur des armoises en Saskatchewan. Grant Furness et Ron Erickson ont fourni des détails sur les efforts de conservation en Colombie-Britannique. Le financement a été assuré par le Service canadien de la faune d’Environnement Canada.

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Ouvrages cités

American Ornithologists’ Union. 1998. Checklist of North American Birds, 7th edition. American Ornithologists’ Union, Washington, DC.

Baresco, D. 1989. Plains "high". Alberta Naturalist 19:104.

Belthoff, J.R., et C.W. Rideout. 1999. Effects of habitat fragmentation on shrub-steppe birds in southeastern Idaho. Rapport provisoire, Idho Dept. of Fish and Game, Boise, Idaho. 27 p.

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Braun, C.E., M.F. Baker, R.L. Eng, J.S. Gashwiller et M.H. Schroeder. 1976. Conservation committee report of effects of alteration of sagebrush communities on the associated avifauna. Wilson Bulletin 88:165-171.

Campbell, R.W., N.K. Dawe, I. McTaggart-Cowan, J.M. Cooper, G. Kaiser, M.C.E. McNall et G.E.J. Smith. 1997. Birds of British Columbia, Vol. 3. UBC Press, Vancouver, BC.

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L’auteur

Richard Cannings est né et a grandi dans la vallée de l’Okanagan, au sein d’une famille d’ornithologues amateurs. Il a obtenu un B.Sc. de la University of British Columbia et un M.Sc. de Memorial University, à Terre‑Neuve, où il a étudié la biologie de la reproduction de l’Alouette hausse‑col. Il a été conservateur du Cowan Vertebrate Museum de la University of British Columbia durant 15 ans, puis il est retourné vivre dans la vallée de l’Okanagan, où il travaille comme biologiste-consultant à Naramata. Il a occupé le poste de président de l’équipe de rétablissement de l’écosystème du sud de la vallée de l’Okanagan. Il est auteur de rapports de situation à l’échelle provinciale ou nationale sur le Moqueur des armoises, le Pic à tête blanche, le Troglodyte des canyons, le Moucherolle gris, la Paruline polyglotte, le Hibou moyen‑duc, le Bruant sauterelle et le crapaud du Grand Bassin. Il est coauteur de plusieurs ouvrages, dont The Birds of the Okanagan Valley, British Columbia et British Columbia: A Natural History. Il travaille à temps partiel pour le compte d’Études d’oiseaux Canada, à titre de coordonnateur des programmes de la Colombie-Britannique. Ses recherches portent principalement sur la biologie de la reproduction des petits hiboux, en particulier de la Petite Nyctale.

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Experts consultés

Dennis Baresco

Doug Collister

Wayne Harris

R. Wayne Campbell

Pam Krannitz

Rhonda Millikin

Bob Luterbach

Steve Knick

Jim Belthoff

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