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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le loup à tête large au Canada

Protection existante ou autres désignations

Comme le loup à tête large ne fait pas l’objet d’une pêche dirigée dans l’Atlantique Nord, il n’est soumis à aucune forme de gestion et aucun mécanisme particulier, comme des limites de prises, n’est en place pour le protéger. L’article de la Loi sur les pêches portant sur l’habitat pourrait permettre de le protéger. Le moratoire sur la pêche du poisson de fond dans les eaux de l'Atlantique canadien décrété en 1992 en réponse à l'effondrement des stocks de morue pourrait avoir protégé indirectement le loup en réduisant la pression exercée par le chalutage. Le loup à tête large ne fait actuellement l'objet d'aucune désignation du COSEPAC, de l'UICN ou d’une convention sur la protection des espèces.

Évaluation du statut et recommandation des auteurs

Selon le critère A (Réduction de la population) des Catégories et critères de l’UICN, le taux de déclin de la population du loup à tête large de 98 p. 100 sur un peu plus de deux générations rangerait l’espèce dans la catégorie « gravement menacée », définie comme une « une réduction de la population d’au moins 80 p. 100 en 10 ans ou en trois générations ».

Selon Musick (1999), les poissons de mer, en raison de leur vaste répartition et de leur abondance relativement grande, devraient être traités différemment des autres espèces pour leur évaluation en tant qu’espèces en péril. Cet auteur propose une démarche en deux étapes : d’abord déterminer la classe de productivité de l’espèce (selon ses caractéristiques de croissance, de fécondité et d’âge), puis classer l’espèce en fonction de seuils de déclin arbitraires. Ainsi, selon son âge à maturité et sa durée de vie, le loup à tête large se range dans la catégorie de « faible » productivité de Musick (1999), et son déclin de 98 p. 100 sur trois générations dépasse amplement le seuil de déclin de 85 p. 100 pour les espèces de cette catégorie. Dans la classification proposée par Musick, le loup à tête large serait automatiquement classé comme une « espèce vulnérable » et ferait ensuite l’objet d’un examen approfondi pour établir son classement définitif. Cet examen aborderait explicitement les questions liées au rétrécissement de l’aire de répartition, à la répartition locale, aux habitudes de nidification et à la possibilité de destruction de l’habitat. Les données disponibles sur ces questions appuient le rangement du loup dans une catégorie de risque plus élevé, soit « espèce menacée » ou « espèce en voie de disparition ».

Hutchings (2000, 2001) montre que le vaste bloc de données scientifiques disponibles n’appuie pas l’idée (de Musick) d’exempter les poissons de mer des critères établis d’espèces en péril, et que cela ne serait pas conforme à l’approche de précaution en gestion des pêches et en conservation de la biodiversité. Il soutient que le risque de disparition seul n’est pas très utile sur le plan de la gestion ou de l’écologie, et qu’il faudrait prendre sérieusement en compte l’envers de la question, c’est‑à‑dire la probabilité de rétablissement, pour établir le statut de l’espèce. Il suggère donc de remplacer la classification en des classes allant de « espèce vulnérable » à « espèce gravement menacée » par une classification en des catégories de conservation de priorités I à IV. Les données empiriques montrent que le rétablissement d’une population de poisson de mer est inversement corrélé à l’ampleur de son déclin. Étant donné le taux de déclin très élevé de 98 p. 100 des populations de loup à tête large, il est très peu probable qu’elles montreraient des signes de rétablissement au bout de 15 ans; cette espèce se rangerait sûrement dans la catégorie de conservation de priorité IV, soit la classe correspondant au risque le plus élevé dans la classification de Hutching.

Les données de relevés scientifiques montrent un déclin de 98 p. 100 de la population canadienne du loup à tête large sur trois générations (soit les 15 ans de 1978 à 1993). Selon le critère A (Population totale en déclin) des catégories et critères de risque du COSEPAC, ce taux de déclin range le loup à tête large dans la catégorie « espèce menacée », définie comme une réduction de la population d’au moins 50 p. 100 en 10 ans ou en trois générations. Aucune des autres informations disponibles sur la biologie du loup à tête large ne justifie de modifier ce classement. Nous recommandons donc de désigner le loup à tête large (Anarhichas denticulatus, 1844) espèce menacée. Cette désignation concorde aussi avec les évaluations fondées sur d’autres classifications, comme il a été indiqué plus haut.

En résumé :

a)    Le loup à tête large (Anarhichas denticulatus, 1844) est admissible à l’évaluation, car il se reproduit au Canada, et le centre de son aire de répartition dans l’Atlantique Ouest se trouve en eaux canadiennes.

b)    Les effectifs de l’espèce baissent constamment (atteignant un taux de 98 p. 100). Comme l’indiquent les relevés scientifiques (figure 5), son aire de répartition rétrécit (figure 3), et le nombre d’endroits où l’espèce est présente a diminué (figure 4).

c)     Sa croissance lente, ses habitudes de nidification et sa dispersion limitée rendent improbable son rétablissement. Les populations du Groenland sont séparées des populations du Canada par une vaste étendue d’eau profonde non convenable dans le bassin du Labrador.

d)    Le chalutage et le dragage par le fond ont sans doute endommagé son habitat.