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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le loup à tête large au Canada

Des données de relevés scientifiques aléatoires stratifiés effectués au chalut au nord‑est de Terre-Neuve, soit la principale aire de répartition du loup à tête large, sont disponibles pour la période allant de 1978 à 1996 (Atkinson, 1994), et couvrent une superficie de 265 365 km2 (la division 3L de l’OPANO, secteur statistique situé au sud, n’est couvert que depuis 1981). Les relevés visent principalement à évaluer la taille des stocks de poisson d’importance commerciale, mais ils récoltent aussi la plupart des espèces de la communauté ichtyenne démersale (Brown et al., 1996). Chaque trait de chalut couvre un peu plus de 2 km du plancher océanique, et le nombre de traits de chalut de recherche (le nombre de sites) par année peut se chiffrer dans les centaines.

Le nombre d’individus capturés dans chaque trait (ce que les ichtyobiologistes appellent les prises par unité d’effort ou PUE) sert d’indice de la taille des populations. Pour la période de 1978 à 1996, cet indice a été calculé comme le nombre total de loups à tête large capturés au cours d’une année divisé par le nombre de sites échantillonnés cette année-là aux fourchettes de profondeurs et de températures appropriées pour l’espèce, ou tout simplement le nombre total de loups capturés durant une année divisé par le nombre total de sites. Les fourchettes de profondeurs et de températures appropriées sont établies à l’aide de la méthode de l’axe des niches mise au point par Fischer et Haedrich (1999) et représentent les fourchettes de ces deux paramètres environnementaux où il est le plus probable de trouver ce poisson. Dans le cas du loup à tête large, ces fourchettes se situent entre 100 et 900 m et –0,6 et 5,0 ºC.

Les données de relevés scientifiques, indépendamment de la manière dont elles sont présentées (fig. 5a-c), indiquent un déclin soudain de la taille de la population du loup à tête large dans sa principale aire de répartition. De 1978 à 1980, entre 2,7 et 3,1 individus étaient présents dans chaque trait aux profondeurs et aux températures appropriées (fig. 5a), mais en 1986, le nombre/trait n’atteignait même pas un. Durant les dix années comprises entre 1984 et 1993, ce nombre a diminué radicalement et continuellement, passant de 2,3 en 1984 à seulement 0,03 en 1993. Le taux de diminution de la population sur l’ensemble de la série chronologique de l’ECNASAP (soit 16 ans ou environ trois générations) se situe à 98 p. 100. Dans le secteur nord du golfe du Saint-Laurent, où le loup est beaucoup moins abondant (nombre moyen/trait pour toutes les années = 0,02), le taux de déclin global a aussi été très élevé, soit 97 p. 100, de 1983 à 1994. Depuis 1995, un différent protocole d’échantillonnage a été appliqué au large de Terre-Neuve (plus grand filet, plus petit maillage, plus grande vitesse de trait, plus courte durée), de sorte que les résultats ne peuvent pas être strictement comparés. Malgré cela, les effectifs demeurent très faibles et la tendance à la baisse ne montre aucun changement important. De 1986 à 1999 (soit deux générations et la période pour laquelle le MPO a fourni des données récentes), le taux de déclin ajusté se chiffre à 97 p. 100 (fig. 5a).

Figure 5a.    Nombre de loup à tête large, Anarhichas denticulatus, capturé par trait lors des relevés d’automne effectués à des profondeurs et des températures convenables au large de Terre-Neuve de 1978 à 1996.

Figure 5a.    Nombre de loup à tête large, Anarhichas denticulatus, capturé par trait lors des relevés d’automne effectués à des profondeurs et des températures convenables au large de Terre-Neuve de 1978 à 1996. Il s’agit des fourchettes de 100 à 900 m et des températures de –0,6 à 5,0 °C auxquelles l’espèce est le plus susceptible d’être présente (Fischer et Haedrich, 1999). Les taux de capture de 1986 à 1998 (ligne pointillée) sont tirés des données fournies par le MPO en juillet 2000. Les taux de 1995 à 1998 ont été obtenus selon des protocoles d’échantillonnage différents, qui surestimeraient les résultats par rapport aux années antérieures : ces taux sont donc corrigés en appliquant le facteur de conversion Campelen:Engels de 3,1 (Bundy et al., 2000). La ligne pointillée représente le critère du COSEPAC pour la désignation d’une « espèce menacée », soit un déclin de 50 p. 100 en trois générations.

Figure 5b.    Taux de capture moyen (nombre par trait) et erreur-type de la moyenne pour le loup à tête large, Anarhichas denticulatus, pour tous les traits effectués dans les eaux de Terre-Neuve de 1978 à 1994. Données de l’ECNASAP.

Figure 5b.    Taux de capture moyen (nombre par trait) et erreur-type de la moyenne pour le loup à tête large, Anarhichas denticulatus, pour tous les traits effectués dans les eaux de Terre-Neuve de 1978 à 1994. Données de l’ECNASAP.

Figure 5c.    Analyses STRAP du nombre de loup à tête large dans les divisions 2J3K (les seules eaux pour lesquelles une série chronologie complète est disponible) couvrant une période de 20 ans.

Figure 5c.    Analyses STRAP du nombre de loup à tête large dans les divisions 2J3K (les seules eaux pour lesquelles une série chronologie complète est disponible) couvrant une période de 20 ans. Ligne et cercles pleins : estimations issues de relevés au chalut Engels. La méthode d’échantillonnage utilisée de 1978 à 1994 (soit 16 ans ou 3 générations) était la même et le déclin se chiffrait à 99 p. 100. Ligne pointillée : estimations brutes issues d’échantillons prélevés de 1995 à 1999 au chalut Campelen. Ligne solide et petits points : estimations corrigées à l’aide du facteur 4,11 (voir la note en bas de la page 13) pour la période de 1995 à 1999. D’après des données fournies par le MPO en septembre 2000.

Le programme STRAP est le principal outil d’évaluation des populations du MPO. Les prises de relevés au chalut dans une strate définie sont mises à l’échelle de la superficie totale de celle-ci (à l’intérieur de laquelle il est supposé que l’espèce est uniformément abondante), puis le nombre estimatif de poissons qui y sont présumément présents est calculé. Le nombre total de poissons est la somme des chiffres obtenus pour toutes les strates où du loup était présent. La superficie d’une strate peut varier entre 30 et 2 817 milles marins carrés. La superficie moyenne des strates étant de 697 milles marins carrés (soit 25 748 576 526 pi 2) et chaque trait de chalut couvrant environ 274 000 pi2, la mise à l’échelle est énorme (Schneider et al., 1999).

Les résultats de l’analyse STRAP des données sur le loup à tête large couvrant la période de 1986 à 1999 sont présentés au tableau 1 (voir aussi la fig. 5c). Le protocole d’échantillonnage ayant été modifié en 1995, les valeurs obtenues après 1994 ont été divisées par un facteur de correction pour rendre les données comparables. Dans le cas du loup, ce facteur varie entre 3,1 pour les adultes et 10,7 pour les juvéniles (Bundy et al., 2000). Les résultats de cette analyse révèlent aussi un déclin marqué des effectifs du loup, qui ont chuté de 95 p. 100 au fil des neuf années entre 1986 et 1994 (même protocole d’échantillonnage). De 1986 à 1999, soit un peu plus de deux générations, le déclin se chiffre à 91 p. 100 (le facteur de correction de 3,1[1]a été appliqué aux prises réalisées après 1994). Malgré la valeur discutable des nombres absolus obtenus par analyse STRAP, il est rassurant de voir que les estimations annuelles des effectifs et le facteur que nous préférons et que nous utilisons ci-dessus, le nombre par trait, sont fortement corrélés (r = 0,99).

Le nombre de loups à tête large capturés dans chaque trait réussi a diminué sensiblement au fil du temps. En 1978, 7 p. 100 des traits contenaient plus de 30 spécimens, et environ la moitié (52 p. 100) en contenaient moins de 5. Mais en 1984, seulement 2 p. 100 des traits ont donné plus de 30 spécimens. Et en 1993, aucun trait n’en a donné beaucoup; à tous les sites où le loup se trouvait, pas plus de deux spécimens ont été capturés, et plus souvent (81 p. 100 des sites où du loup se trouvait) seulement un. Cette analyse prend fin en 1995 parce que l’engin d’échantillonnage a été changé.

Les données sur la taille du loup à tête large (fig. 6) indiquent une augmentation de la taille moyenne au fil de la première moitié de la période; étant donné son abondance extrêmement faible, cela indique que la vaste majorité des individus restants étaient gros et âgés et qu’il n’y avait eu aucun recrutement important. Les données pour la deuxième moitié de la période révèlent une chute à pic de la taille. Comme les données montrent que les effectifs sont à la baisse aussi au même moment, cette diminution de la taille ne résulte pas d’un recrutement accru, elle signifie que les gros adultes commencent à disparaître. La taille a augmenté en 1998 et en 1999, mais cela est probablement imputable au protocole d’échantillonnage. Les spécimens de ces échantillons proviennent généralement de traits effectués à plus de 700 m. Le fait que les gros poissons soient retrouvés à de grandes profondeurs est chose courante chez les poissons de mer (règle de Heincke).

Tableau 1. Nombre estimatif de loup à tête large dans les eaux de Terre-Neuve. Ces données, le résultat de l’analyse STRAP que le MPO effectue normalement, ont été fournies par le Ministère en juillet 2000. Les estimations pour et après 1995, année où le protocole d’échantillonnage a été modifié, ont été ajustées à l’aide du facteur de conversion Campelen:Engels de 3,1 (Bundy et al., 2000).
Nombre estimatif de loup à tête large dans les divisions 2J3KLNombre pris lors des relevés
AnnéeMaximumMinimum 
19865 808 387,232 718 305,33259
19873 841 278,981 971 849,23224
19884 697 189,121 974 060,30225
19892 654 789,50976 701,07125
19902 452 320,62694 660,54108
19911 093 983,10269 964,44107
19921 285 607,56-622 541,3458
1993307 233,38-18 136,1341
1994396 742,1415 467,5334
1995172 054,16-28 049,1733
1996624 824,2818 523,1914
1997542 174,4190 460,377
1998509 457,58128 370,0821
1999624 961,46184 273,4915

Figure 6.         Poids moyen du loup à tête large, Anarhichas denticulatus, de 1978 à 1999. Données de relevé d’automne du MPO pour Terre-Neuve.

Figure 6.         Poids moyen du loup à tête large, Anarhichas denticulatus, de 1978 à 1999. Données de relevé d’automne du MPO pour Terre-Neuve. Les données brutes de 1995 à 1999 (x, ligne épaisse), fournies par le MPO en juillet 2000, ont été recueillies selon des protocoles d’échantillonnage différents que l’on juge donner des surestimations par rapport aux années antérieures



[1]Cette valeur est modérée. D’après Bundy et al. (2000), ce facteur pour le loup à tête large devrait se situer à 4,11.