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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le loup à tête large au Canada

Aucune étude ciblée des facteurs responsables du déclin observé chez les populations du loup n’a été effectuée. À la suite de l’effondrement spectaculaire du stock de morue du Nord au large de Terre-Neuve en 1992, un certain nombre de causes de ce déclin ont toutefois été suggérées, notamment des modifications de l’environnement. Mais le consensus naissant est que, bien que l’environnement ait pu jouer un rôle dans une certaine mesure, la surpêche est manifestement la cause première des déclins observés de l’abondance de la morue et d’autres espèces de poisson de fond (Sinclair et Murawski, 1997; Villagarcía et al., 1999). Lorsqu’elle est évaluée sur une échelle de temps seulement un peu plus longue, la pêche pratiquée dans cette région est alléguée comme étant responsable du déclin catastrophique de l’abondance de la grande raie, Raja laevis, un gros poisson sans importance commerciale mais autrefois abondant et réparti à grande échelle (Casey et Myers, 1998).

Le loup à tête large n’est pas l’objet d’une pêche dirigée, mais les chalutiers hauturiers le capturent de façon incidente. Lorsque pris, il est rejeté à la mer.

Dans les données sur la pêche réunies par l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les captures de loup pour l’Atlantique Nord-Ouest sont établies pour l’ensemble de la famille plutôt que pour chaque espèce. Bien que le loup à tête large soit rejeté à la mer et donc qu’il ne paraît pas dans ces données, on peut supposer que le nombre capturé se rapproche des captures de ses cousins faisant l’objet d’une pêche. Les captures de loup dans l’Atlantique Nord-Ouest ont papillonné autour de 5 000 tonnes pendant les années 1950, ont augmenté sans arrêt pendant les années 1960 et 1970, pour atteindre un sommet de 22 000 tonnes en 1979, puis ont diminué sans interruption pendant les années 1980 et 1990, ne se chiffrant qu’à 6 000 tonnes en 1984 et atteignant un creux de 1 700 tonnes en 1996. Elles se chiffraient à presque 2 000 tonnes en 1997.

En plus de l'incidence négative directe de la pêche sur le loup à tête large, les activités humaines ont aussi des répercussions directes et néfastes sur l'espèce. Les chaluts de fond, dans lesquels on capture le loup, sont également à l'origine de mortalité et de blessures chez les poissons qui entrent en contact avec l'engin de pêche sans s'y prendre. Ce qui est peut-être encore plus grave, c'est que les panneaux d'acier qui gardent les filets ouverts, ainsi que les lourdes ralingues inférieures et les rouleaux, raclent le fond sur lequel ils sont traînés (Watling et Norse, 1998). Cette pratique peut gravement endommager l'habitat en éliminant ou en redistribuant les roches sous lesquelles ces poissons s'abritent, se reproduisent et construisent leurs nids. Des études effectuées sur le banc Georges (Collie et al., 1997) et dans le golfe du Maine (Auster et al.,1996), régions situées juste au sud de l'aire de répartition du loup à tête large, ont mis en évidence les dommages considérables que peut causer le chalutage par le fond. Jennings et Kaiser (1998) ont présenté un excellent survol de toute cette question des impacts de la pêche sur l'habitat; ces auteurs estiment que les impacts peuvent varier énormément selon les conditions du milieu, mais que ce sont surtout sur les substrats durs en eaux profondes, soit les habitats préférés du loup à tête large, que les répercussions sont les plus lourdes et les plus durables.

En plus d’affouiller et de perturber l’habitat, le chalutage du poisson et le dragage des pétoncles et des quahogs par le fond remettent en suspension les sédiments, ce qui peut colmater les lieux de ponte et endommager les ouies des poissons. D’autres activités, comme le dragage et l’extraction de gravier, nuisent à l’habitat benthique du plateau continental du Canada en déstabilisant le plancher océanique, en augmentant l’érosion et en polluant des secteurs auparavant sains (Messieh et al., 1991).

Depuis 1992, la situation est anormale dans l'ensemble de ces eaux, et les populations de poissons sont à leur plus bas niveau historique. C'est pourquoi des interdictions de pêche (moratoires) sont en vigueur dans la plupart des régions pendant diverses périodes, et ces moratoires se poursuivent à Terre-Neuve. Les prélèvements attribuables à la pêche ont donc considérablement diminué, et les populations devraient reprendre du mieux tant que ce sera le cas; mais cette situation ne durera pas toujours. Le principe de précaution est la pierre angulaire de l'approche de gestion du Conseil pour la conservation des ressources halieutiques, un groupe quasi-indépendant qui conseille le ministre sur l’état des stocks de poissons d’importance commerciale (CCRH, 1996). Ce principe, qui veut que, dans le doute, il faut pencher en faveur des poissons, devrait également s'appliquer à l'attribution d'un statut par le COSEPAC.