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Programme de rétablissement du dard de sable

1. Contexte

1.1 Renseignements sur l’espèce

Nom scientifique : Ammocrypta pellucida (Agassiz, 1863). Nom commun : dard de sable (Eastern sand darter). Désignation actuelle du COSEPAC et année de la désignation : espèce menacée (2000). Occurrence au Canada : Ontario, Québec. Justification de la désignation : La perte d'habitat et la détérioration de la qualité de l'eau depuis les années 1950 dues à l'envasement, aux bassins de retenue et aux polluants chimiques ont entraîné une diminution de l'aire de répartition et des déclins de la population. Au Canada, cette espèce occupe une aire de répartition discontinue et restreinte, les populations sont isolées et la recolonisation est improbable en cas de disparition de l'espèce à l'échelon local. Historique de la désignation : Désignation en tant qu'espèce menacée en avril 1994. Désignation ré examinée et confirmée en novembre 2000. Dernière évaluation fondée sur un rapport de situation accompagné d'un addenda.

 Hiérarchie taxonomique –La hiérarchie taxonomique actuelle du dard de sable se présente comme suit (source : base de données en ligne du Système d’information taxonomique intégré, http://www.itis.usda.gov, au 7 mars 2005).

Phylum :

Chordata

Sous-phylum :

Vertebrata

Super-classe 

Osteichthyes

Classe :

Actinopterygii

Sous-classe :

Neopterygii

Infraclasse :

Teleostei

Superordre :

Acanthopterygii

Ordre :

Perciformes

Sous-ordre :

Percoidei

Famille :

Percidae

Espèce :

Ammocrypta pellucida

Des analyses moléculaires récentes appuient l’appartenance de l’espèce à un genre monophylétique, à savoir Ammocrypta (Song et al., 1998, Near et al., 2000, Sloss et al., 2004). Ammocrypta clara et A. vivax ont déjà été considérés comme des sous‑espèces ou des synonymes d’A. pellucida (Grandmaison et al., 2004) et sont maintenant considérés comme des espèces distinctes. Des observations d’A. pellucida dans le bassin versant du fleuve Mississippi, au nord de la rivière Ohio, sont attribuées à A. clara, tandis que d’autres réalisées dans la partie sud du même bassin appartiendraient à A. clara ou à A. vivax (Williams, 1975). Les aires de répartition d’Ammocrypta pellucida et d’A. clara se chevauchent en Indiana et en Illinois, dans le bassin versant de la rivière Wabash, et au Kentucky, dans les bassins versants des rivières Cumberland et Green.

1.2 Descriptionde l’espèce

Le dard de sable est un petit poissonau corps long et translucide, presque rond lorsque vu de face (Scott, 1955) (figure 1), qui mesure, chez les adultes, de 46 à 71 mm (Trautman, 1981) pour une moyenne de 64 mm (Scott et Crossman, 1973). Les adultes présentent une légère coloration jaunâtre ou verdâtre sur la face dorsale de la tête et du corps, une mince bande sous‑cutanée de couleur or métallique à or olive et une série de taches rondes et vertes sur le flanc de même qu’une teinte blanche ou argentée sur la face ventrale (Trautman, 1981). Les jeunes poissons sont davantage argentés et présentent peu, sinon pas, de coloration jaunâtre (Scott et Crossman, 1973, Trautman, 1981). Lorsque les mâles sont prêts à se reproduire, leur coloration devient jaunâtre, et des tubercules apparaissent sur les nageoires pelviennes. Le dos porte une rangée de 12 à 16 taches vert foncé qui s’unissent en paires à la base des nageoires dorsales, une tache étant située de chaque côté de la nageoire (Trautman, 1981). Cette espèce porte également de 9 à 14 taches (de 10 à 14 d’après Scott et Crossman, 1973; de 9 à 14 d’après Trautman, 1981; de 10 à 14 d’après Holm et Mandrak, 1996) le long de la ligne latérale (Trautman, 1981). Les rayons des nageoires sont transparents, bien que chez quelques individus, ils affichent une teinte jaunâtre (Trautman, 1981). L’espèce possède deux nageoires dorsales, dont la première est épineuse (de 8 à 11 courtes épines) et la seconde à rayons mous (de 9 à 12 rayons) (Scott et Crossman, 1973). Les mâles présentent des pigments noirs sur les nageoires pelviennes(Page et Burr, 1991). La face ventrale est dépourvue d’écailles sur une zone débutant presque immédiatement (de une à trois rangées d’écailles) sous la ligne latérale (Trautman, 1981).

Figure 1. Dard de sable (Ammocrypta pellucida).

1.3 Populations et répartition

Répartition

Aire de répartition mondiale (figure 2) – Le dard de sable fréquente les bassins de la rivière Ohio et des Grands Lacs et est également présent dans les bassins versants du lac Champlain et du fleuve Saint‑Laurent (figure 2) (Scott et Crossman, 1973), cette aire de répartition étant isolée du reste de l’aire de l’espèce. On le rencontre dans les provinces canadiennes de l’Ontario et du Québec et dans neuf États américains : Illinois, Indiana, Kentucky, Michigan, New York, Pennsylvanie, Ohio, Vermont et Virginie occidentale.

Figure 2. Répartition du dard de sable en Amérique du Nord.

Aire de répartition canadienne

Ontario – En Ontario, le dard de sable a été prélevé dans des habitats peu profonds situés dans les lacs Érié et Sainte‑Claire et les rivières Grand, Sydenham et Thames (Holm et Mandrak, 1996) (figure 3). On croit que l’espèce est disparue de la rivière Ausable, du ruisseau Catfish, du ruisseau Big et du ruisseau Big Otter (ARRT, 2005).

 

Rivière Sydenham – Le long du bras est, entre l’aire de conservation Shetland et Dawn Mills, ainsi qu’une population isolée plus en amont entre Strathroy et Alvinston (Dextrase et al., 2003).

Rivière Ausable – On ne signale qu’une seule occurrence du dard de sable dans la rivière, à proximité d’Ailsa Craig, enregistrée au cours d’un relevé réalisé en 1928. Les recherches ultérieures effectuées à ce site n’ont permis aucune capture d’un individu de l’espèce.

Ruisseau Catfish – Le dard de sable a été capturé dans le ruisseau Catfish en 1922 et en 1941. On n’a prélevé aucun spécimen dans des relevés plus récents.

Ruisseau Big–Le dard de sable a été capturé dans le ruisseau Big en 1923 et en 1955. On n’a prélevé aucun spécimen dans des relevés plus récents.

Ruisseau Big Otter–Le dard de sable a été capturé dans le ruisseau Big Otter en 1923 et en 1955. On n’a prélevé aucun spécimen dans des relevés plus récents.

Rivière Grand – Toutes les zones sableuses du cours principal inférieur de la rivière, de Brantford à Cayuga.

Lac Érié – île Pelée (aucun prélèvement récent), baie Rondeau et baie intérieure de la pointe Long.

Lac Sainte-Claire –Le dard de sable a été capturé dans deux zones du lac Sainte‑Claire au cours des 25 dernières années : près de la rive sud entre l’embouchure du ruisseau Pike et la rivière Thames, et dans la baie de Mitchell.

Rivière Thames – On a observé cette espèce dans un habitat adéquat situé dans la partie inférieure du bassin hydrographique de la rivière Thames, principalement entre Komoka et Kent Bridge. Le Musée royal de l’Ontario (MRO) (1981-1991) et le MPO (2003-2005) ont réalisé des relevés qui ont permis de capturer l’espèce à la plupart des sites d’observation historiques.

Figure 3. Répartition du dard de sable en Ontario.

Québec – Au Québec, le dard de sable est surtout présent dans le fleuve Saint‑Laurent et ses affluents, entre le lac des Deux‑Montagnes et Leclercville, en aval du lac Saint‑Pierre (figure 4) (Gaudreau, 2005). Quelques spécimens ont récemment été prélevés dans le fleuve Saint-Laurent, c’est‑à‑dire dans le lac Saint‑Pierre et son archipelainsi que dans un tronçon situé entre Montréal et Sorel (N. La Violette, données non publiées, Gaudreau, 2005). L’espèce a également été signalée dans quelques affluents de six régions de la province : Centre‑du‑Québec, Lanaudière, Laval, Mauricie, Montérégie et Montréal.

Depuis la première capture officielle du dard de sable en 1941, l’espèce a été signalée dans 11 rivières du Québec (tableau 1). Avant 1985, sa présence a été confirmée dans neuf cours d’eau dans les régions du Centre‑du‑Québec, de Lanaudière, de Laval, de la Mauricie, de la Montérégie et de Montréal. Depuis 1985, la présence du dard de sable a été confirmée de nouveau uniquement dans les rivières Richelieu et L’Assomption, et des spécimens ont été récemment prélevés dans la rivière Ouareau en 2002 et en 2003 (Holm et Mandrak, 2000; Gaudreau, 2005).

Le dard de sable a été capturé dans le lac des Deux‑Montagnes en 1941 et en 1946. Cette région a fait l’objet d’un nouvel échantillonnage en 1964, en 1977 et en 1990, mais aucun spécimen n’a été pris (Holm et Mandrak, 1996, Gaudreau, 2005).

On a observé l’espèce dans la rivière Châteauguay en 1941 (Vladykov, 1942), et plus de 180 spécimens ont été capturés en 1943(Cuerrier et al., 1946). Quelques prises ont suivi en 1975 et en 1976 (Mongeau et al., 1979, cité dans Gaudreau, 2005). Cependant, aucun dard de sable n’a été détecté durant les campagnes d’échantillonnage de 1993 (La Violette et Richard, 1996). En 2006, un spécimen a été capturé dans la rivière Trout (un affluent de la rivière Châteauguay) (S. Garceau, comm. pers.).

Une campagne d’échantillonnage a été menée sur la rivière Yamaska en 1995 et en 2003; aucun dard de sable n’a été capturé, bien que cette espèce ait été observée dans cette rivière en 1967 (Mongeau, 1979, cité dans Gaudreau, 2005, La Violette, 1999).

Cuerrier (1946) mentionne que le dard de sable était abondant dans la rivière Saint-François en 1944. Cependant, aucun spécimen n’a été pris dans cette rivière pendant les relevés réalisés en 1965, en 1974, en 1991, en 2002 et en 2003 (Mongeau et Legendre, 1976, Richard, 1996, Gaudreau, 2005).

Au Québec, l’espèce n’a jamais été la cible d’une étude en particulier, à l’exception d’un inventaire d’espèces rares de poissons réalisé dans la partie sud du bassin versant de la rivière L’Assomption, dans la région de Lanaudière, en 2002. Au total, neuf dards de sable ont été prélevés pendant cet inventaire dans les rivières L’Assomption et Ouareau (CARA, 2002).

Les rares données disponibles concernant les populations de dard de sable ne nous permettent pas de confirmer définitivement sa disparition de certains cours d’eau du Québec. De nombreux cours d’eau dans lesquels l’espèce a déjà été capturée n’ont pas fait l’objet de campagnes d’échantillonnage depuis une quinzaine d’années. Qui plus est, il s’agit d’une espèce difficile à détecter visuellement et à capturer en raison de sa petite taille, de son mode de vie benthique, de son comportement d’organisme fouisseur et de son corps translucide (Gaudreau, 2005).

Figure 4. Sites d’observation du dard de sable au Québec.

Tableau 1. Sites d’observation du dard de sable au Québec.

(√ = Espèce signalée; x = l’espèce n’a pas été capturée durant l’échantillonnage.)

Plan d’eau 1940-1959 1950-1969 1970-1979 1980-1989 1990-2001 2002-2006Références
Fleuve Saint-Laurent       
1 Lac Saint-François     x x *
Lac Saint-Louis     x  *
Tronçon Montréal-Sorel   x   *
Archipel du lac Saint-Pierre   x *, 11, 24, 39
Lac Saint-Pierre   x  x *, 24, 39
1 Tronçon Grondines-Donnacona     x  *
1 Lac des Deux-Montagnes x x  x  24, 28
Affluents       
Lac des Deux-Montagnes x x  x  24, 28
Rivière Châteauguay   x 11, 24, 37, 46, 78
Rivière Trout      **
Rivière L’ Assomption   x 8
Rivière Ouareau     x 8
Rivière Richelieu    24
Rivière Yamaska    x x 24, 38, 47
Rivière Saint-François x x  x x 11, 24, 45
Rivière Yamachiche     24, 28
Rivière Bécancour      24, 28
Rivière Gentilly     24, 28
Rivière aux Orignaux      24, 28
Petite rivière d u Chêne      24, 28

1 Le dard de sable n’a jamais été capturé dans ces secteurs du fleuve Saint-Laurent malgré des pêches expérimentales réalisées dans le cadre du Réseau de suivi ichtyologique (RSI).

* : La Violette, N., données non publiées.

** : Garceau, S., communication personnelle.

Pourcentage de l’aire de répartition mondiale au Canada – D’après NatureServe (2005), on estime à un peu plus d’une centaine les sites fréquentés par le dard de sable en Amérique du Nord. Grandmaison et al. (2004) relèvent environ 75 cours d’eau où le dard de sable est observé. Comme une douzaine de ces cours d’eau sont situés au Canada, approximativement entre 10 et 16 % de l’aire de répartition mondiale du dard de sable se situe au Canada.

Tendance de la répartition –La perte d’habitats et la mauvaise qualité de l’eau ont entraîné une diminution de l’aire de répartition. Au Canada, les effectifs du dard de sable ont diminué ou, encore, l’espèce est disparue dans 12 sites (sur 21). Au cours des 50 dernières années, l’espèce n’a plus été observée dans 45 % de ses sites d’occurrence en Ontario (ARRT, 2005). Bien que plusieurs nouveaux sites aient été découverts depuis les années 1970, on obtient comme résultat net une réduction de l’aire de répartition(Holm et Mandrak, 1996). Au Québec, des inventaires réalisés depuis 1990 à sept des douze sites « historiques » où la présence de l’espèce a été documentée (tableau 1) ont confirmé cette présence dans quatre des sept sites (57 %). Ces inventaires ont mené à l'ajout de quatre nouveaux sites d'observation. Toutefois, cinq sites où la présence du dard de sable a été documentée pendant années 1970 et 1980 n'ont pas été échantillonnés depuis. Le dard de sable semble disparu du lac des Deux‑Montagnes ainsi que des rivières Yamaska et Saint-François. Son aire de répartition au Québec semble donc avoir diminué.

 Taille et situation de la population

Taille et situation de la population mondiale – Peu d’information est disponible concernant l’abondance du dard de sable sur l’ensemble de son aire de répartition mondiale. Les rares données disponibles semblent indiquer que les populations de dard de sable déclinent dans l’ensemble de leur aire de répartition. Le taux de déclin à court terme se situerait entre 10 et 30 %, tandis que le taux à long terme fluctuerait entre 50 et 75 % (Holm et Mandrak, sous presse). D’après NatureServe (2006), on estime que l’abondance mondiale du dard de sable se chiffre entre 2 500 et 100 000 individus.

La population du dard de sable décline dans la totalité de son aire de répartition mondiale (Page et Burr, 1991, Holm et Mandrak, 1996). Cette espèce est considérée comme rare ou peu commune mondialement (G3) depuis 1996 (NatureServe, 2005) et a été désignée en tant qu’espèce vulnérable par l’Union mondiale pour la nature (UICN) en 1996 (Gimenez, 1996).

Le dard de sable ne figure pas sur la liste fédérale des espèces menacées aux États-Unis. La American Fisheries Society a toutefois désigné cette espèce comme étant menacée aux États-Unis en 1989 (Williams et al., 1989). Elle a reçu les désignations « en voie de disparition » en Pennsylvanie (État de la Pennsylvanie, 2005) et « menacée » en Illinois (Illinois Department of Natural Resources, 2003), dans l’État de New York (New York State Department of Environmental Conservation, 2003), au Michigan (Michigan Department of Natural Resources, sans date) et au Vermont (M. Ferguson, Vermont Agency of Natural Resources, comm. pers.). Elle est considérée comme une espèce préoccupante en Ohio (Ohio Department of Natural Resources, 2002). L’espèce avait déjà reçu cette même désignation en Indiana, mais elle a été inscrite à une catégorie de moindre risque après qu’un relevé réalisé à la grandeur de l’État en 2004 a permis de déterminer que l’espèce y occupait une vaste aire de répartition (B. Fisher, Indiana Department of Natural Resources, comm. pers.).

 Taille et situation de la population canadienne – Au Canada, la taille des populations de dard de sable est inconnue, mais les effectifs estimés sont néanmoins en régression depuis 1950. Holm et Mandrak (2000) estiment que le taux de déclin aurait atteint 50 % entre 1955 et 1970. Ils estiment également que l’aire d’occurrence de l’espèce (d’après la distance en kilomètres des cours d’eau occupés par l’espèce) s’établissait à moins de 20 000 km2.

Le dard de sable est inscrit à l’Annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du gouvernement canadien. On a établi, pour cette espèce, le rang de priorité N3 au Canada, et elle a été désignée « menacée » par le COSEPAC. Le MRNO l’a désignée « espèce menacée » en Ontario, et le rang de priorité S2 lui a été octroyé pour l’Ontario et le Québec. Le ministère des Ressources naturelles et de la Faune est également en train d’évaluer la possibilité de l’inscrire en tant qu’espèce menacée au Québec (D. Banville, comm. pers.). Le lecteur peut consulter les rangs de conservation aux échelles nationale et subnationale au tableau 2.

Pourcentage de l’abondance mondiale au Canada – Aucune estimation de l’abondance n’a été réalisée à l’échelle mondiale ou à l’échelon canadien.

Tendance démographique –On pense que le dard de sable était une espèce commune et répandue au début des années 1900 (Holm et Mandrak, 1996). Cependant, on estime que cette espèce a disparu de la moitié des zones où elle a été observée et que son abondance a diminué dans les zones qu’elle occupe toujours.

On estime que des populations stables fréquentent les rivières Grand et Thames en Ontario (Holm et Mandrak, 1996). On ne sait pas si les populations du lac Érié sont stables. Il existe des populations de dard de sable dans la baie Rondeau et la pointe Long, qui ont toutefois peut‑être fortement subi les effets de l’envahissement par le gobie arrondi (Neogobius melanostomus), et aucun spécimen n’a été prélevé récemment à l’île Pelée.

Au Québec, on considère que des populations stables sont présentes dans le lac Saint‑Pierre sur le fleuve Saint‑Laurent et dans dix autres affluents du Saint‑Laurent. On pense que l’espèce est présente dans la rivière L’Assomption, et que les populations des rivières Châteauguay, Gentilly, Yamaska et Saint‑François ont décliné ou sont disparues (Gaudreau, 2005). Les tendances aux autres sites ne sont pas connues.

 Tableau 2. Désignations et rangs de priorité octroyés au dard de sable (d’après Gaudreau, 2005).

LieuRangs de priorité[1]Organisme responsable de l’octroi de la désignation ou du rang de priorité

 

Amérique du Nord

 

Espèce vulnérable G3

Union mondiale pour la nature (IUCN); NatureServe.
États‑UnisEspèce menacée N3 American Fisheries Society (AFS); NatureServe.
Illinois S1 NatureServe.
Pennsylvanie S1 NatureServe.
Vermont S1 NatureServe.
Michigan S1S2 NatureServe.
Indiana S2 NatureServe.
État de New York S2 NatureServe
Virginie occidentale S2S3 NatureServe.
Ohio S3 NatureServe.
Kentucky S4S5 NatureServe.
CanadaEspèce menacée N3Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC); NatureServe.
Ontario S2 NatureServe.
Québec

En cours d’évaluation : espèce menacée

S2

Ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF); Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ).

1.4 Besoins du dard de sable

1.4.1 Besoins liés à l’habitat et besoins biologiques

Description de l’habitat– Le dard de sable vit dans des cours d’eau et sur des bancs sableux dans des lacs et est en général très souvent associé à des substrats sableux fins (contenant une proportion supérieure à 90 % de sable), dans des zones où l’eau est peu profonde (<0,5 m) et où les courants sont relativement faibles (<0,2 m/s) (Daniels, 1993, Facey, 1995, Facey et O’Brien, 2003). Il est plus abondant dans les méandres de cours d’eau de petite et de moyenne taille, sur le côté où les alluvions se déposent, lorsque le courant est faible et que le substrat contient une quantité minimale de sédiments fins (Trautman, 1981, Facey, 1995). Peu d’espèces de poissons fréquentant des cours d’eau tempérés sont aussi fortement associés à un type d’habitat particulier que cette espèce. Daniels (1993) a découvert que ses voisins les plus proches étaient dans la très grande majorité des cas (93 %) un congénère de la même espèce, ce qui indique également que les individus se rassemblent dans les zones offrant un habitat adéquat. On trouve aussi le dard de sable près de barres de sable, dans des bassins peu profonds (Welsh et Perry, 1997), dans les lits sableux des cours d’eau (Kuehne et Barbour, 1983, Page, 1983) ou dans des bancs de gravier.

Dans les lacs Érié et Sainte‑Claire, le dard de sable a été capturé dans des habitats littoraux, comme des plages sablonneuses protégées des vagues, des rivages sableux et des baies peu profondes (van Meter et Trautman, 1970, Thomas et Haas, 2004).

Le dard de sable est généralement observé dans des habitats peu profonds. Facey (1995) n’a capturé aucun dard de sable dans des habitats profonds caractérisés par un courant rapide et un sable plus grossier. Cependant, l’absence de captures dans des habitats profonds est peut‑être attribuable, en partie, à la méthode d’échantillonnage utilisée et à l’accessibilité du site plutôt qu’aux préférences en matière d’habitat (c.‑à‑d. que le choix des sites d’échantillonnage est habituellement fonction de l’accessibilité) (Daniels, 1993, Facey, 1995, Welsh et Perry, 1997, O’Brien et Facey, 2003). Scott et Crossman (1973) signalent qu’un individu a été capturé au chalut dans le lac Érié à une profondeur de 14,6 m.

Habitat actuel

 Populations de l’Ontario

Rivière Sydenham – Répartition relativement continue le long du bras est, entre l’aire de conservation Shetland et Dawn Mills; population isolée plus en amont, entre Strathroy et Alvinston.

Rivière Grand – Cours inférieur de la rivière Grand : en aval de Brantford jusqu’à Cayuga.

Lac Érié – Baie Rondeau et baie intérieure de la pointe Long.

Lac Sainte‑Claire –Rive sud entre l’embouchure du ruisseauPike et la rivière Thames et la baie de Mitchell.

Rivière Thames – Cours inférieur de la rivière Thames, entre Komoka et Kent Bridge.

Populations du Québec

Fleuve Saint-Laurent –De Montréal au lac Saint-Pierre

Affluents du fleuve Saint-Laurent

Lac des Deux Montagnes –Anse à l’Orme et Sainte-Marthe-sur-le Lac.

Rivière Châteauguay –Près de Mercier et entre Châteauguay et Athelstan.

Rivière Trout

Rivière L’Assomption – À la hauteur de L’Assomption et Joliette.

Rivière Ouareau –Près de Crabetree.

Rivière Richelieu – Entre McMasterville et l’embouchure de la rivière; Saint-Marc; dans le bassin de Chambly; et dans la baie Missisquoi.

Rivière Yamachiche – Près de l’embouchure.

Rivière Bécancour

Rivière Gentilly –À la hauteur de Bécancour.

Rivière aux Orignaux

Petite rivière du Chêne

Habitat historique – On définit l’habitat historique comme l’ensemble de toutes les zones d’occupation actuelles ainsi que de toutes les zones où l’espèce a déjà été observée. Cependant, on ne pourra envisager des réintroductions que lorsqu’on pourra démontrer que l’habitat aux sites d’observation historiques est adéquat.

Populations de l’Ontario

Bassin versant du lac Huron – Rivière Ausable.

 Bassin versant du lac Sainte‑Claire – Lac Sainte‑Claire, rivières Sydenham et Thames.

 Bassin versant du lac Érie – Lac Érie (incluant l’île Pelée), ruisseaux Catfish, Big et Big Otter, et rivière Grand.

 Populations du Québec

Fleuve Saint-Laurent –De Montréal au lac Saint‑Pierre.

Affluents du fleuve Saint-Laurent – Rivières Châteauguay, Trout, L’Assomption, Ouareau, Richelieu, Yamaska, Saint‑François, Yamachiche, Bécancour et Gentilly de même que la rivière aux Orignaux, la Petite rivière du Chêne et le lac des Deux‑Montagnes.

Tendances relatives aux habitats en Ontario – Dans la plupart des bassins hydrographiques fréquentés par le dard de sable, l’envasement accru consécutif à des pratiques agricoles intensives aurait entraîné la dégradation de ses habitats sableux de prédilection (Holm et Mandrak, 1996). Dans les rivières Sydenham et Ausable, la turbidité élevée et l’importante charge en éléments nutritifs ont probablement contribué à la dégradation de l’habitat. Les habitats situés le long de la rivière Sydenham ont vu leur envasement s’accroître (Holm et Mandrak, 1996) et très peu de parcelles sont maintenant dépourvues de limon (Dextrase et al., 2003). Fortement touchée par les travaux d’aménagement du territoire agricole et urbain, la rivière Thames subit les effets négatifs de charges élevées en éléments nutritifs(phosphore et azote) et d’une turbidité élevée (TRRT, 2004). Dans le ruisseau Catfish et le ruisseau Big Otter, où l’espèce est disparue, la charge en éléments nutritifs attribuable aux pratiques agricoles et l’envasement sont considérés comme des obstacles majeurs au rétablissement.

Dans le bassin hydrographique de la rivière Grand, les efforts déployés pour l’amélioration de la qualité de l’eau ont été en grande partie couronnés de succès (Plummer et al., 2005). Cependant, on s’attend à ce que la population humaine augmente de 37 % au cours des 20 prochaines années (Krause et al., 2001), et les pressions exercées sur l’écosystème aquatique résultant des changements dans l’utilisation des terres, de l’utilisation de l’eau, de l’élimination des eaux usées et des activités récréatives devraient augmenter. Sur le cours inférieur de la rivière Grand, le barrage Caledonia constitue un obstacle permanent au mouvement dans les deux sens entre les populations de dard de sable de la région d’Oxbow et celles situées entre Caledonia et Cayuga.

De 1955 à 1980, le lac Érié a été touché par un appauvrissement marqué en oxygène et des changements dans le benthos provoqués par l’eutrophisation (Koonce et al., 1996). Bien que la qualité de l’eau se soit améliorée considérablement, les régions proches du rivage des lacs Érié et Sainte‑Claire ont été modifiées de manière prononcée par le durcissement du littoral et l’installation d’épis, de jetées et de brise-lames, ce qui a réduit la diversité des habitats aquatiques et modifié, par le fait même, le processus de transport des sédiments à proximité du rivage (Koonce et al., 1996). La perturbation des processus naturels d’érosion et de transport des sédiments à proximité du rivage est susceptible d’influer négativement sur les habitats littoraux (plages sablonneuses protégées des vagues, rivages sableux, baies peu profondes, etc.).

Tendances relatives aux habitats au Québec – Au Québec, le dard de sable se retrouve dans les eaux des quatre rivières les plus polluées du Québec, soit L'Assomption, Richelieu, Yamaska et Saint-François. Ces rivières traversent des territoires occupés principalement par des terres agricoles et urbaines. En conséquence, elles montrent une eau de très mauvaise qualité, à la fois turbide et colorée, contenant de fortes concentrations de substances nutritives, de pesticides, de matières en suspension et de matière organique. De plus, celles-ci se jettent directement dans le lac Saint-Pierre, un secteur également fréquenté par le dard de sable. On estime que ces quatre rivières injectent annuellement dans le lac Saint‑Pierre près de 800 000 tonnes de matières en suspension provenant de l'érosion des terres agricoles. Elles y déversent des quantités massives d'azote et de phosphore, issues de l'épandage excessif des fumiers et des lisiers (MDDEP, 2007). Les produits azotés (nitrates) et les phosphates provoquent des déséquilibres dans les cours d’eau et entraînent leur eutrophisation. La croissance excessive de plantes aquatiques, d’algues ou du périphyton entraîne une baisse de la quantité d’oxygène dissous dans l’eau, une menace pour les espèces benthiques comme le dard de sable (FAPAQ, 2002).

Dans le secteur du lac Saint-Pierre, le passage annuel de quelque 4 000 navires de fort tonnage augmente l'intensité des vagues qui déplacent, à elles seules, plusieurs tonnes de sédiments. Le passage des navires de fort tonnage érode les berges et accélère l’envasement (Gaudreau, 2005). L’impact de la navigation de plaisance dans les plus petits cours d’eau, par exemple la rivière Richelieu, est également considérable.

Le déboisement massif en bordure du fleuve et de la plupart des cours d’eau fréquentés par le dard de sable au profit de l’augmentation des surfaces cultivables accroît le taux de ruissellement, la sédimentation et l’enrichissement en substances nutritives dans les ruisseaux et les rivières susceptibles d’affecter l’habitat du dard de sable (Vachon, 2003; FAPAQ, 2002).

Au Québec, certaines rivières abritant des populations de dard de sables sont harnachées, notamment les rivières Ouareau, Richelieu et Yamaska. La construction d’un barrage modifie le débit des cours d’eau et favorise la sédimentation et la destruction de l’habitat du dard de sable (NatureServe, 2006; Gaudreau, 2005; Grandmaison et al., 2004; Holm et Mandrak, 1996).

 Protection de l’habitat

Canada – Une fois défini, l’habitat essentiel du dard de sable sera protégé en vertu de la LEP, puisque cette espèce est inscrite à l’Annexe 1 de cette Loi en tant qu’espèce menacée. De même, le dard de sable est protégé de façon générale en vertu des dispositions relatives à l’habitat de la Loi sur les pêches du gouvernement fédéral. Cette même Loi prévoit la protection de l’habitat de cette espèce contre toute perturbation ou destruction non autorisée par le ministre des Pêches et des Océans ou son représentant.

 Ontario – Les décisions des entités responsables de la planification doivent être conformes aux déclarations de principes provinciales faites en vertu de l’article 3 de la Loi sur l’aménagement du territoire du gouvernement de l’Ontario, qui interdit l’aménagement du territoire et l’altération de sites dans l’habitat d’une espèce en voie de disparition ou menacée. La Loi sur l’aménagement des lacs et des rivières de l’Ontario interdit quant à elle la construction de bassins de retenue ou la dérivation de cours d’eau si ces activités doivent provoquer de l’envasement. Pour sa part, le Programme de gestion des terres II du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario, exécuté sur une base volontaire, vise la réduction de l’érosion des terres agricoles. En Ontario, l’aménagement du territoire riverain est régi par des règlements sur les plaines inondables mis en vigueur par les offices locaux de protection de la nature. La majorité des terres situées en bordure des cours d’eau fréquentés par le dard de sable sont des propriétés privées; cependant, le lit des cours d’eau appartient habituellement à la Couronne.

Québec – Dans cette province, deux lois provinciales protègent l’habitat de tous les poissons, y compris celui du dard de sable, à savoir 1) la Loi sur la conservation et la

mise en valeur de la faune et 2) la Loi sur la qualité de l’environnement.

1.4.2 Rôle écologique

Le dard de sable est l’une des rares espèces qui exploitent les habitats sableux et leurs ressources connexes. Il s’agit également du seul représentant du genre Ammocrypta au Canada; par conséquent, il fait partie intégrante du patrimoine faunique du pays. En plus de contribuer à la biodiversité des écosystèmes aquatiques, cette espèce est un indicateur de la santé des cours d’eau (Gaudreau, 2005).

1.4.3 Facteurs limitatifs

Les besoins liés à l’habitat du dard de sable sont plutôt stricts (c.-à-d. qu’il a besoin de sable meuble et fin dépourvu de limon). Cette espèce est vulnérable à tout facteur qui risque d’influer sur son habitat (Grandmaison et al., 2004, Gaudreau, 2005, NatureServe, 2006, Holm et Mandrak, sous presse). L’envasement des fonds sableux et la sédimentation réduisent la teneur en oxygène du substrat et, par le fait même, influent sur le comportement d’espèce fouisseuse et de reproduction de l’espèce. L’envasement peut également réduire le nombre de sites de frai disponibles et compromettre la survie des œufs; un sable propre et bien oxygéné est nécessaire à la survie des œufs qui y sont déposés et incubés. L’envasement peut également causer des changements importants dans les structures de la communauté d’invertébrés aquatiques dont s’alimente le dard de sable (Vachon, 2003, Grandmaison et al., 2004, Gaudreau, 2005, NatureServe, 2006, Holm et Mandrak, sous presse).

Le dard de sable est un petit poisson doté d’une faible capacité de dispersion, dont les différentes populations sont non contigues au Canada. En conséquence, les populations disparues sont peu susceptibles de se rétablir par des migrations naturelles.

Caractéristiques de la reproduction – La fécondité du dard de sable est faible(de 30 à 170 œufs matures par femelle) (Holm et Mandrak, 1996), ce qui pourrait expliquer les fluctuations annuelles (Facey, 1998) et les déclins de la population. Les femelles atteignent la maturité sexuelle vers l’âge d’un an (36 mm de longueur) et vivent plus de deux ans(Holm et Mandrak, 1996, Derosier, 2004). Le frai a généralement lieu à des températures oscillant entre 20,5 et 25,5 oC (Johnston, 1989, Facey, 1995, 1998). D’après l’examen des gonades, Holm et Mandrak(1996) estiment que le frai a lieu en Ontario entre la fin de juin et la fin de juillet. Dans l’Illinois, l’Ohio et le Vermont, le frai a lieu entre le début d’avril et le milieu d’août (Spreitzer, 1979, Johnston, 1989, Facey, 1995, 1998).



[1]La définition des rangs figure à l’annexe 1.