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Programme de rétablissement du dard de sable

1.5 Les menaces

1.5.1    Classification des menaces

 Ontario

Tableau 3. Résumé des menaces pesant sur les populations de dard de sable au Canada.

Réseau hydrographiqueSituationRépartitionMenaces (gravité*)
Rivière AusableDisparu.Une seule prise signalée à proximité d’Ailsa Craig (1929).

·         Envasement (ÉLEVÉE).

·         Charge élevée en éléments nutritifs (ÉLEVÉE).

·         Produits chimiques toxiques (MODÉRÉE).

·         Modification du régime d’écoulement des eaux (MODÉRÉE).

Ruisseau BigDisparu. 

·         Envasement (ÉLEVÉE).

·         Charge en éléments nutritifs d’origine agricole(ÉLEVÉE).

·         Alimentation en eau à des fins agricoles(MODÉRÉE).

Ruisseau Big OtterDisparu. 

·         Envasement (ÉLEVÉE).

·         Charges en éléments nutritifs d’origine agricole(ÉLEVÉE).

·         Alimentation en eau à des fins agricoles(MODÉRÉE).

Ruisseau CatfishDisparu. ·         Turbidité et envasement (ÉLEVÉE).
Rivière GrandProbablement en déclin.Cours inférieur de la rivière Grand (de Brantford à Cayuga).

·         Envasement (ÉLEVÉE).

·         Charge en éléments nutritifs (FAIBLE).

·         Barrages (INCONNUE).

·         Toxines d’origine urbaine ( INCONNUE) .

Lac Érié Stable?île Pelée, baie Rondeau et baie intérieure de la pointe Long.·         Espèces envahissantes (c.‑à‑d. le gobie arrondi et le gobie à nez tubulaire) ( INCONNUE).
Lac Sainte‑ClaireEn déclin?Baie de Mitchell, embouchure du ruisseau Pike sur la rivière Thames.·         Espèces envahissantes (c.‑à‑d. le gobie arrondi et le gobie à nez tubulaire) ( INCONNUE) .
Rivière SydenhamEn déclin.Bras est.

·         Envasement (ÉLEVÉE).

·         Charge élevée en éléments nutritifs (ÉLEVÉE).

·         Produits chimiques toxiques (MODÉRÉE).

·         Pratiques liées à l’utilisation des terres ou barrages qui interfèrent avec le processus de formation du lit des cours d’eau (MODÉRÉE) .

·         Espèce envahissante (c.‑à‑d. le gobie arrondi) (INCONNUE) .

Rivière ThamesStable.Cours inférieur de la rivière Thames (de Komoka au lac Sainte‑Claire).

·         Envasement (ÉLEVÉE).

·         Pratiques liées à l’utilisation des terres ou barrages qui interfèrent avec le processus de formation du lit des cours d’eau (ÉLEVÉE).

·         Espèce envahissante (c.‑à‑d. le gobie arrondi) (INCONNUE) .

·         Toxines d’origine urbaine ( INCONNUE).

 Québec

Réseau hydrographiqueSituationRépartitionMenace (Gravité)
Fleuve Saint-Laurent :   
Tronçon Montréal-SorelStable ?Saint-Sulpice

Pollution d’origine agricole (ÉLEVÉE)

Pollution d’origine urbaine (ÉLEVÉE)

Perte de couverture riveraine (ÉLEVÉE)

Barrages (ÉLEVÉE)

Archipel du lac Saint-PierreStable ?Sainte-Anne-de-Sorel, Saint-Ignace-de-Loyola, île du Moine.

Pollution d’origine agricole (ÉLEVÉE)

Batillage (MODÉRÉE)

Baisse des niveaux d’eau (MODÉRÉE)

Pêche commerciale aux poissons‑appâts (FAIBLE)

Lac Saint-PierreStable ?Sur la rive sud et nord du lac.

Pollution d’origine agricole (ÉLEVÉE)

Batillage (MODÉRÉE)

Baisse des niveaux d’eau (MODÉRÉE)

Pêche commerciale aux poissons‑appâts (FAIBLE)

Cours d’eau :   
Lac des Deux-MontagnesDisparue ?Anse à l’Orme et Sainte-Marthe-sur-le Lac.

Pollution d’origine agricole (FAIBLE)

Pollution d’origine urbaine (MOYENNE)

Perte de couverture riveraine (FAIBLE)

Barrages (FAIBLE)

Batillage (MOYENNE)

Espèces exotiques ou envahissantes (INCONNUE)

Pêche commerciale aux poissons‑appâts (FAIBLE)

Rivière ChâteauguayStable ?Près de Mercier et entre Châteauguay et Athelstan.

Pollution d’origine agricole (ÉLEVÉE)

Pollution d’origine urbaine (ÉLEVÉE)

Perte de couverture riveraine (ÉLEVÉE)

Barrages (ÉLEVÉE)

Modification de l’hydrologie (ÉLEVÉE)

Utilisation des terres agricoles (MOYENNE)

Batillage (NULLE)

Baisse des niveaux d’eau (ÉLEVÉE)

Espèces exotiques ou envahissantes (INCONNUE)

Pêche commerciale aux poissons‑appâts (FAIBLE)

Rivière TroutStable ? 

Pollution d’origine agricole (ÉLEVÉE)

Pollution d’origine urbaine (FAIBLE)

Perte de couverture riveraine (ÉLEVÉE)

Barrages (MOYENNE)

Modification de l’hydrologie (ÉLEVÉE)

Utilisation des terres agricoles (MOYENNE)

Batillage (NULLE)

Baisse des niveaux d’eau (FAIBLE)

Espèces exotiques ou envahissantes (INCONNUE)

Pêche commerciale aux poissons‑appâts (FAIBLE)

Rivière RichelieuStable ?Entre McMasterville et l’embouchure de la rivière; Saint-Marc; dans le bassin de Chambly; et dans la baie Missisquoi.

Pollution d’origine agricole (ÉLEVÉE)

Pollution d’origine urbaine (ÉLEVÉE)

Perte de couverture riveraine (ÉLEVÉE)

Barrages (FAIBLE)

Modification de l’hydrologie (FAIBLE)

Batillage (MODÉRÉE)

Baisse des niveaux d’eau (NULLE)

Espèces exotiques ou envahissantes (INCONNUE)

Pêche commerciale aux poissons‑appâts (MODÉRÉE)

Rivière YamaskaDisparue ?Entre l’embouchure et le rapide Saint-Hugues.

Pollution d’origine agricole (ÉLEVÉE)

Pollution d’origine urbaine (ÉLEVÉE)

Perte de couverture riveraine (ÉLEVÉE)

Barrages (NULLE)

Modification de l’hydrologie (ÉLEVÉE)

Utilisation des terres agricoles (pâturages) (ÉLEVÉE)

Espèces exotiques ou envahissantes (INCONNUE)

Pêche commerciale aux poissons‑appâts (FAIBLE)

Rivière L’AssomptionStable ?L’Assomption et Joliette.

Pollution d’origine agricole (ÉLEVÉE)

Perte de couverture riveraine (ÉLEVÉE)

Modification de l’hydrologie (ÉLEVÉE)

Rivière OuareauStable ?Crabtree

Pollution d’origine agricole (FAIBLE)

Barrages (ÉLEVÉE)

Rivière Saint-FrançoisDisparue ?Notre-Dame-de-Pierreville

Pollution d’origine agricole (ÉLEVÉE)

Pollution d’origine urbaine (ÉLEVÉE)

Perte de couverture riveraine (ÉLEVÉE)

Rivière YamachicheInconnue ?Près de l’embouchureMenaces inconnues dans ce cours d’eau.
Rivière BécancourInconnue ? 

Pollution d’origine agricole (ÉLEVÉE)

Perte de couverture riveraine (ÉLEVÉE)

Rivière GentillyInconnue ?Bécancour

Pollution d’origine agricole (ÉLEVÉE)

Pollution d’origine urbaine (ÉLEVÉE)

Perte de couverture riveraine (ÉLEVÉE)

Rivière aux OrignauxInconnue ?Rivière aux OrignauxMenaces inconnues dans ce cours d’eau.
Petite rivière du ChêneInconnue ? Menaces inconnues dans ce cours d’eau.

  Tableau 4. Résumé des menaces pesant sur le dard de sable au Québec. L’annexe 2 présente un tableau qui définit les termes utilisés pour la classification, tandis que l’annexe 3 contient un tableau qui donne plus de détails sur la classification de chaque menace.

 

MenaceAmpleurFréquenceGravitéNiveau de préoccupation

Pollution d’origine agricole

– Charge en éléments nutritifs (azote et phosphore)

– Utilisation de pesticides

Généralisée.Continue.Élevée.Élevé.

Pollution d’origine urbaine et industrielle

– Évacuation d’eaux usées non traitées

– Pollution thermique

Généralisée.Continue.Élevée.Élevé.
Perte de bandes riverainesGénéralisée.Continue.Élevée.Élevé.
Redressement de cours d’eau et modifications apportées au réseau hydrographiqueGénéralisée. Ponctuelle.Modérée.Élevé.
Pâturages situés en bordure de cours d’eauLocalisée.Saisonnière.Élevée.Élevé.
Construction de barragesLocalisée.Ponctuelle.Modérée.Modéré.
Vagues provoquées par le passage de bateauxLocalisée.Récurrente.Modérée.Modéré.
Diminution des niveaux d’eau dans le fleuve Saint‑LaurentLocalisée.Continue.Modérée.Modéré.
Espèces exotiques ou envahissantesLocalisée.Inconnue.Inconnue.Faible.
Pêche commerciale aux poissons‑appâtsLocalisée.Saisonnière (printemps et été) *.Inconnue.Faible.

 1.5.2 Description des menaces

a)Pollution d’origine agricole

Charge en éléments nutritifs(azote et phosphore) –Au Québec, on trouve généralement le dard de sable dans le fleuve Saint-Laurent et ses affluents, entre le lac des Deux‑Montagnes et Leclercville. L’expansion de l’industrie porcine dans cette région, tant sur le plan du nombre d’animaux que dans la superficie des terres utilisées pour satisfaire à leurs besoins, représente l’une des menaces les plus importantes qui pèsent sur la faune aquatique et ses habitats. L’utilisation excessive d’engrais, qui est la principale répercussion de cette industrie, influe sur les habitats du poisson en provoquant l’eutrophisation des cours d’eau. La croissance excessive des plantes aquatiques, des algues ou du périphyton entraîne un appauvrissement de l’eau en oxygène, ce qui constitue une menace pour des espèces benthiques comme le dard de sable (FAPAQ, 2002).

Utilisation de pesticides –La production porcine est étroitement liée à la culture du maïs, qui fait partie du régime alimentaire du porc. Or, la culture du maïs au Québec s’est accrue depuis 1970 et accapare maintenant plus de 436 000 ha de terres agricoles, situées pour la plupart en Montérégie. Ce type de culture est celle qui utilise le plus de pesticides commerciaux et d’herbicides au Québec; elle constitue, par le fait même, une source non ponctuelle de pollution qui altère la qualité de l’eau dans les cours d’eau du sud de la province, où vivent des populations de dard de sable (FAPAQ, 2002).

b) Pollution d’origine urbaine et industrielle

Évacuation d’eaux uséesnon traitées – La mise en valeur et l’exploitation des ressources de même que l’urbanisation sont à l’origine de plusieurs sources de pollution. La présence de polluants d’origine urbaine et industrielle dans des environnements aquatiques entraîne une diminution de la qualité de l’eau et peut avoir un effet négatif sur différents stades du cycle biologique des poissons. Les eaux usées des villes, des usines de textiles, des usines de pâtes et papiers et des mines contiennent plusieurs produits chimiques, comme des métaux lourds (c.-à-d. du plomb et du mercure), des hydrocarbures chlorés (c.-à-d. du DDT et des PCB) et des hydrocarbures aromatiques polycycliques (c.-à-d. du benzopyrène). Certains de ces produits chimiques endommagent les systèmes endocriniens des organismes exposés à ces eaux usées et causent des malformations de même que des problèmes liés à la reproduction et au développement chez de nombreuses espèces de poissons (dont le meunier noir (Catostomus commersonii), le chevalier cuivré (Moxostoma hubbsi) et le grand corégone (Coregonus clupeaformis) (de Lafontaine et al., 2002, Jobling et Tyler, 2003, Environnement Canada, 2006).

Pollution thermique –Les activités urbaines représentent également une source de pollution thermique. Ce problème peut être causé par des usines (p. ex. raffineries, aciéries) qui utilisent des circuits de refroidissement à l’eau dans certaines installations et qui évacuent cette eau, de température parfois élevée, dans les cours d’eau. En présence de températures plus élevées, les réactions métaboliques des organismes présents dans la zone de rejet sont accélérées tant et aussi longtemps que la température de l’eau demeure dans la zone de tolérance de l’organisme. Si la température excède le seuil critique, les réactions métaboliques ralentissent. Chez la plupart des espèces de percidés, ce seuil critique est relativement bas et oscille habituellement entre 30 et 38 °C (Lydy et Wissing, 1988, Smith et Fausch, 1997, Beitinger et al., 2000). Les effets thermiques sur les poissons peuvent être mortels, mais peuvent également influer sur leur comportement (c.-à-d. entraîner leur départ de la zone), leur métabolisme (c.-à-d. leur consommation d’oxygène), leur fertilité (c.-à-d. la réussite de la reproduction), leur développement embryonnaire et larvaire, leur alimentation (c.-à-d. la détérioration des sources de nourriture) et leur croissance (Beitinger et al., 2000).

On considère que le dard de sable est intolérant à la pollution (Barbour et al., 1999). Comme c’est le cas pour la plupart des autres espèces de percidés, les polluants d’origine urbaine ou industrielle peuvent nuire aux populations de dard de sable(Grandmaison et al., 2004, Gaudreau, 2005, NatureServe, 2006, Holm et Mandrak, sous presse). Scott et Crossman (1973) mentionnent qu’il est peu probable que le dard de sable survive très longtemps aux assauts environnementaux de régions fortement industrialisées, comme celle de Montréal.

c)Perte de couverture riveraine – Les bandes riveraines jouent un rôle important en protégeant la qualité de l’eau dans les régions agricoles. Ces bandes ralentissent et capturent les particules qui s’écoulent sur la surface du sol et gardent le sol en place tout en protégeant les berges de l’érosion latérale. Le déboisement et la disparition de bandes riveraines attribuables à l’accroissement des surfaces cultivées et de la culture du maïs entraînent une augmentation des températures de l’eau de même qu’un accroissement des volumes d’eaux de ruissellement, de la sédimentation et de la charge en éléments nutritifs des cours d’eau, phénomèmes susceptibles d’avoir une incidence sur les habitats du dard de sable (FAPAQ, 2002, Vachon, 2003). L'envasement excessif peut étouffer les œufs déposés, réduire l'oxygène disponible dans le substrat et réduire l'abondance des proies (Holm et Mandrak, 1996). Les populations de dard de sable au Vermont et dans l’État de New York ont profité d’un envasement réduit attribuable au reboisement des pentes de cours d'eau (Daniels, 1993).

 d) Construction de barrages –La construction d’un barrage modifie l’écoulement des eaux en transformant un environnement lotique en environnement lentique. Lorsque le courant ralentit ou s’arrête, la sédimentation s’accroît. En outre, les barrages entraînent un accroissement de la sédimentation en atténuant les crues printanières. Au Québec, certains cours d’eau hébergeant des populations de dard de sable sont régis par des barrages, comme les rivières Ouareau, Richelieu et Yamaska(Grandmaison et al., 2004, Gaudreau, 2005, NatureServe, 2006, Holm et Mandrak, sous presse). Fragmentation : les petites populations de dard de sable de plus en plus isolées peuvent souffrir des effets de la consanguinité et d’une perte de variabilité génétique, qui pourraient altérer leur capacité de s’adapter à des conditions environnementales changeantes.

e) Canalisation de cours d’eau et modifications apportées aux régimes hydrologiques naturels –Au Québec, près de 40 000 km de cours d’eau ont été redressés pour accroître la production agricole. Ces interventions supposent l’uniformisation et la banalisation des cours d’eau ainsi que la modification de leur régime hydrologique. Après des précipitations ou pendant la fonte des neiges au printemps, la vitesse du courant augmente et peut causer un effondrement des berges et une érosion plus rapide des rives (FAPAQ, 2002). L’érosion des rives, combinée à l’érosion des champs (c.-à-d. des terres labourées) ou au drainage agricole, introduit de fines particules dans les cours d’eau, lesquelles encombrent les lits des cours d’eau. Qui plus est, le redressement des cours d’eau modifie le processus physique menant à la formation des bancs de sable souvent associés à la présence du dard de sable (FAPAQ, 2002, Gaudreau, 2005). Les activités qui altèrent la structure du canal et les conditions d’écoulement au point d’interférer avec le dépôt de sable et l'érosion sont probablement associées au déclin du dard de sable (Dextrase et al., 2003).

Dans les lacs Érié et Sainte-Claire, le dard de sable a été capturé dans des habitats littoraux, comme des plages sablonneuses protégées des vagues, des rivages sableux et des baies peu profondes (van Meter et Trautman, 1970; Thomas et Haas, 2004). Le durcissement du littoral nuit aux processus d’érosion naturelle et, par le fait même, modifie le processus de transport des sédiments à proximité du littoral (Edsall et Charlton, 1997). La perturbation des processus liés au transport et au dépôt des sédiments peut réduire la disponibilité des habitats littoraux présentant un sable de texture convenable. Cependant, comme on connaît mal les écosystèmes littoraux des Grands Lacs et les effets associés à la modification du littoral (Goforth et Carman, 2003), il est difficile d’évaluer la gravité de ce facteur de perturbation.

 f) Pâturages situés en bordure de cours d’eau – Certaines pratiques agricoles accélèrent l’envasement et augmentent la turbidité des cours d’eau. La végétation riveraine broutée et écrasée par le bétail perd son pouvoir tampon, ce qui accroît l’érosion des berges et l’envasement des cours d’eau et entraîne une redispersion des sédiments parmi les matières en suspension (FAPAQ, 2002, Vachon, 2003).

g) Vagues provoquées par le passage de bateaux – Les vagues provoquées par le passage de bateaux qui se brisent sur les rives d’un cours d’eau peuvent entraîner une érosion des berges. Les navires de fort tonnage qui circulent sur le fleuve Saint‑Laurent sont à l’origine de l’érosion des berges et de l’accélération de l’envasement (Gaudreau, 2005). Dans le tronçon d’eau douce du fleuve Saint‑Laurent, où vit le dard de sable, on estime que l’action des vagues provoquées par le passage de bateaux entraîne un recul des berges pouvant atteindre trois mètres par année. L’incidence des embarcations de plaisance, plus petites, dans les cours d’eau de plus faible envergure est également considérable.

h)Diminution des niveaux d’eau dans le fleuve Saint‑Laurent La fluctuation des niveaux d’eau dans le fleuve Saint-Laurent est due à l’action combinée de plusieurs facteurs naturels (p. ex. climat et variations climatiques), mais aussi à l’intervention humaine. L’écoulement fluvial est affecté par les ouvrages de régularisation des eaux utilisés principalement pour limiter les crues printanières, faciliter les transports commerciaux et produire de l’énergie hydroélectrique. L’aménagement de la voie maritime du Saint‑Laurent a également provoqué des changements considérables dans le régime d’écoulement. Le dragage du chenal maritime et des bancs, qui concentre l’écoulement dans le chenal principal et réduit la vitesse du courant dans les zones peu profondes, a une incidence continue sur les niveaux d’eau.

Les espèces qui vivent dans des eaux peu profondes, comme le dard de sable, pourraient être considérablement touchées par la diminution des niveaux d’eau dans le fleuve Saint‑Laurent. La disparition de bancs de sable pourrait entraîner une diminution de l’aire occupée par cette espèce (Gaudreau, 2005).

i)Espèces exotiques ou envahissantes – Le gobie à taches noires, une espèce introduite, peut nuire considérablement aux écosystèmes aquatiques de l'Amérique du Nord, ainsi qu'aux pêches sportive et commerciale. Depuis sa découverte dans la rivière Sainte-Claire en 1990, ce poisson de fond a rapidement colonisé les Grands Lacs et s'est répandu dans le fleuve Saint-Laurent (Bernatchez et Giroux, 2000). En 2000, le gobie n’avait été inventorié qu’à quelques endroits dans le fleuve, notamment dans la région de Québec. Le gobie est maintenant très répandu dans le fleuveet chevauche même la répartition du dard de sable à certains endroits. Un gobie à taches noires a été récolté par un pêcheur sportif dans le fleuve Saint-Laurent à la hauteur de Longueuil, près de Montréal, en 2004 (M. Bernard, comm. pers.). Au lac Saint-Pierre, des échantillonnages ont permis de constater que le gobie est très répandu dans le plan d’eau, mais aux profondeurs plus grandes que deux mètres et qu’il n’est pas très abondant dans les habitats moins profonds. Dans ce secteur, le gobie était associée aux raseux-de-terre (Etheostoma sp.) avec lesquels il pourrait entrer en compétition, comme cela a été démontré dans les Grands-Lacs. (Y. Mailhot, comm. pers.). Le gobie à taches noires peut supplanter les poissons indigènes, en mangeant les œufs et leurs jeunes, en s'appropriant les meilleurs habitats, en frayant plusieurs fois au cours de l'été et survivre dans des eaux de mauvaise qualité. Il s’agit d’une espèce benthique qui, une fois établie, pourrait avoir un impact direct sur les espèces de dards (Bernatchez et Giroux, 2000).

Les aires de répartition du dard de sable et du gobie arrondi se chevauchent dans le lac Sainte-Claire (depuis 1993), le cours inférieur de la rivière Thames et le lac Érié (depuis 1996). Depuis son introduction dans le bassin inférieur des Grands Lacs, le gobie arrondi a été impliqué dans les déclins des espèces de poissons benthiques indigènes suivantes : populations de fouille-roche (Percina caprodes) et de chabot tacheté (Cottus bairdii) dans la rivière Sainte-Claire (French et Jude, 2001); raseux-de-terre (Etheostoma nigrum), fouille-roche et omisco (Percopsis omiscomaycus) dans le lac Sainte-Claire (Thomas et Haas, 2004); enfin, fouille-roche gris (Percina copelandi), dard barré (E. flabellare), dard vert (E. blennioides), raseux-de-terre et fouille-roche dans les îles Bass dans l’ouest du lac Érié (Baker, 2005). Parmi les causes potentielles de ces déclins, mentionnons la prédation par le gobie des œufs et des jeunes poissons, la concurrence pour la nourriture et l’habitat de même que la concurrence pour les nids (French et Jude, 2001, Janssen et Jude, 2001). Les effets de la présence du gobie arrondi sur les populations de dard de sable n’ont toutefois pas été étudiés.

D’après NatureServe (2005), le lampricide utilisé pour lutter contre les lamproies marines pourrait avoir une incidence sur les populations des lacs Érié et Champlain. Cependant, le dard de sable s’est montré plutôt tolérant aux traitements lampricides utilisés dans les cours d’eau (3-trifluorométhyl-4-nitrophénol [TFM]) à des concentrations courantes, selon une série d’études de toxicité portant sur le TFM (Neuderfer, 1987, 2000, MacKenzie, 1991, 1995, cité dans U.S. Fish and Wildlife Service, 2001).

j)Pêche commerciale aux poissons‑appâts – Une étude portant sur l’évaluation de la pêche commerciale aux poissons‑appâts visant cinq espèces de poissons à situation précaire a été entreprise à l’automne 2005 dans neuf régions au Québec (c.-à-d. le Centre‑du‑Québec, Chaudière-Appalaches, Lanaudière, les Laurentides, Laval, la Mauricie, la Montérégie, Montréal et l’Outaouais) (Boucher et al., rapport sous presse). On n’a signalé aucun dard de sable dans les prises automnales pendant la campagne d’échantillonnage. Les caractéristiques morphologiques particulières à cette espèce la rendent facile à identifier par les pêcheurs. Bien que les sites de pêche, particulièrement dans la rivière Richelieu, croisent l’aire de répartition connue de l’espèce, cette dernière n’a pas été capturée par les pêcheurs, probablement en raison des pratiques de pêche utilisées pendant cette période. On croit que la faiblesse des prises est attribuable à la rareté de l’espèce et à ses faibles effectifs. De même, les saisons de pêche du printemps et de l’été n’ont pas fait l’objet de surveillance. En conséquence, il est difficile d’évaluer le taux de prises pour ces deux périodes. Au printemps et en été, les sites de pêche sont beaucoup plus variés, et la probabilité que ces sites constituent des habitats pour le dard de sable est probablement élevée (Boucher et al., rapport sous presse).

Bien que l’utilisation du dard de sable comme appât soit interdite en Ontario (Cudmore et Mandrak, 2005), son habitat convient à la pêche aux poissons-appâts. On ne sait pas dans quelle mesure le dard de sable constitue une prise accessoire de la récolte de poissons-appâts.

Selon certains, le dard de sable gagnerait en popularité dans le commerce international de poissons d’aquarium, particulièrement dans l’État de New York (McKeown et Stegemann, 1999). Cependant, on ne connaît pas l’importance de cette menace en Ontario.