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Programme de rétablissement du dard de sable

2.5 Habitat essentiel

2.5.1 Description

En vertu de la LEP, l’habitat essentiel est « l’habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d’une espèce sauvage inscrite ». La désignation de l’habitat essentiel exige une connaissance approfondie des besoins environnementaux de l’espèce à tous les stades de développement ainsi qu’une compréhension de la répartition, de l’étendue et de la qualité de l’habitat dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce. Cette information n’est actuellement pas disponible pour les populations canadiennes de dard de sable,bien que le tableau 14 décrive les activités qui faciliteraient l’obtention de cette information. Ces activités, qui ne sont pas exhaustives, décrivent l’étendue et la portée des mesures proposées par l’équipe de rétablissement comme nécessaires à la désignation de l’habitat essentiel du dard de sable enOntario et au Québec. Il est probable que l’étude des mesures énumérées au tableau 14 révèle de nouvelles lacunes dans les connaissances, qui devront être comblées. En attendant la définition de l’habitat essentiel, l’équipe de rétablissement a désigné des habitats de survie (voir ci‑devant) comme zones à préserver.

2.5.2 Activités susceptibles d’entraîner des dommages ou une destruction de l’habitat essentiel

Bien que l’habitat essentiel du dard de sable n’ait pas encore été défini, il est possible de relever les activités qui auraient une incidence négative sur l’habitat de l’espèce, dont les suivantes :

  • construction d’ouvrages (p. ex. barrages et réservoirs) qui modifient le processus de transport des sédiments et le régime d’écoulement;
  • dragage de barres de sable;
  • disparition de la végétation riveraine;
  • protection du littoral (épis, jetées, enrochements) qui perturbe le processus de transport des sédiments et d’érosion;
  • activités qui favorisent l’empiètement de la végétation sur les barres de sable;
  • toute activité terrestre qui entraîne le transport de sédiments fins (limons) dans les cours d’eau occupés par l’espèce.

2.5.3 Calendrier des études pour la définition de l’habitat essentiel du dard de sable

Tableau 8. Calendrier des activités pour la définition de l’habitat essentiel du dard de sable au Canada.

ActivitéAchèvement anticipé1(nombre d’années après la finalisation du programme de rétablissement)
Effectuer des relevés de la population.De 1 à 5 ans.
Évaluer les variables de l’habitat dans des zones actuellement occupées (sites, tronçons et paysages).De 1 à 5 ans.
Déterminer les différences dans l’utilisation de l’habitat caractérisant chaque stade de développement.De 1 à 5 ans.
Déterminer les caractéristiques démographiques de l’espèce.De 1 à 5 ans.
Commencer à  déterminer le seuil physiologique de l’espèce en regard de paramètres pertinents relatifs à la qualité de l’eau (température de l’eau, turbidité, oxygène dissous, éléments nutritifs, polluants, pesticides).De 1 à 5 ans.
Définir et décrire le comportement migratoire de l’espèce.De 1 à 5 ans.
Réaliser des relevés dans des zones désignées comme des habitats essentiels au sein de l’aire de répartition historique et actuelle et cartographier ces zones.De 3 à 5 ans.

1Les délais peuvent être modifiés en cas de nouvelles priorités ou en raison des demandes changeantes auxquelles le personnel est confronté.

2.6 Démarches actuelles et recommandées en matière de protection de l’habitat

Au Canada, le dard de sable est protégé en vertu de la Loi sur les pêches et de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du gouvernement fédéral. Toute espèce inscrite à l’Annexe 1 de la LEP en tant qu’espèce disparue, en voie de disparition ou menacée est automatiquement protégée en vertu de cette Loi; il devient alors illégal de tuer, de harceler, de capturer ou de blesser les individus appartenant à cette espèce. L’habitat essentiel de cette espèce, qui pourrait être ultérieurement défini, est également protégé contre la destruction de l’un de ses éléments.

En Ontario, les décisions des entités responsables de la planification doivent être conformes aux déclarations de principes provinciales faites en vertu de l’article 3 de la Loi sur l’aménagement du territoire du gouvernement de l’Ontario, qui interdit l’aménagement du territoire et l’altération de sites dans l’habitat d’une espèce en voie de disparition ou menacée. La Loi sur l’aménagement des lacs et des rivières de l’Ontario interdit la construction de bassins de retenue ou la dérivation de cours d’eau si ces activités doivent provoquer de l’envasement. Pour sa part, le Programme de gestion des terres II du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario, exécuté sur une base volontaire, vise la réduction de l’érosion des terres agricoles. En Ontario, l’aménagement du territoire riverain est régi par des règlements sur les plaines inondables mis en vigueur par les offices locaux de protection de la nature. La majorité des terres situées en bordure des cours d’eau fréquentés par le dard de sable sont des propriétés privées; cependant, le lit des cours d’eau appartient habituellement à la Couronne.

Dans la province de Québec, deux lois importantes protègent l’habitat du dard de sable, à savoir la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune et la Loi sur la qualité de l’environnement, qui relèvent toutes deux du gouvernement provincial. Ces lois prévoient la protection générale des habitats du poisson, dont le dard de sable peut profiter indirectement. Toute activité réalisée dans l'habitat du dard de sable est interdite et doit être autorisée par les ministres du MRNF et du MDDEP.

Mesures complétées ou en cours de mise en œuvre au Québec

 i) Création de l’équipe de rétablissement des cyprinidés et des petits percidés au Québec, qui s’intéresse en priorité à trois espèces en 2006-2007 (dard de sable, fouille‑roche gris et méné d’herbe).

 ii) Au Québec, le dard de sable figure sur la liste des espèces susceptibles d’être désignées menacées ou vulnérables au Québec en vertu de la Loi sur les espèces menacées et vulnérables du gouvernement du Québec. La situation de l’espèce est actuellement en cours d’évaluation; la désignation « menacée » a été recommandée pour cette espèce par le Comité aviseur sur les espèces fauniques menacées ou vulnérables. Lorsqu’une espèce faunique est désignée « menacée » ou « vulnérable », sa gestion et la protection de son habitat relèvent de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune.

2.7 Mesures du rendement

On a relevé des indicateurs de rendement mesurables pour chaque objectif de rétablissement (tableau 9). Ces indicateurs aideront à mesurer le succès obtenu dans l’atteinte des huit objectifs énumérés pour les cinq années.

Tableau 9. Indicateurs de rendement pour évaluer l’atteinte des objectifs de rétablissement.

Objectifs de rétablissementIndicateurs de rendement
Protéger les populations et les habitats connusla surveillance indique que des populations existent toujours aux sites connus
Déterminer l'ampleur, l'abondance et les caractéristiques démographiques des populations existantes.Les populations existantes ainsi que les site historiques et les habitats potentiels ont été échantillonnés.
Déterminer l'ampleur, l'abondance et la qualité de l'habitat existant (haut fonds sableux) dans les secteurs d’occurrence par un programme d'échantillonnage ciblé.Acquisition de connaissances sur les habitats occupés actuellement et de rétablissement potentiels.
Identifier les principales exigences en matière d’habitat pour définir l’habitat essentiel et pour mettre en oeuvre des stratégies pour protéger les habitats connusDescription de l’habitat essentiel du dard de sable.
Établir un programme de surveillance à long terme des populations et de l'habitat.Le programme de surveillance a été élaboré.
Clarifier les menaces et préciser les mesures d’atténuation pour réduire leurs effets.Des recherches ont été menées pour clarifier le nombre, l'ampleur et la gravité des menaces pesant sur le dard de sable.
Examiner la faisabilité des translocations, des réintroductions et de l’élevage en captivité.Des recherches ont été menées pour évaluer la faisabilité des translocations, des réintroductions et de l’élevage en captivité.
Augmenter la sensibilisation à l'importance de cette espèce et de son état en tant qu’espèce aquatique en péril et d'indicateur de la qualité de l'écosystème.Des programmes de vulgarisation ont été élaborés et des documents distribués.
Établir des liens entre les partenaires, y compris les équipes de rétablissement, les groupes d'intérêt, l'industrie, les organismes et les propriétaires fonciers des bassins hydrographiques intéressés à soutenir le rétablissement du dard de sable.Partenariats officiels créés pour augmenter la sensibilisation et pour formuler des plans d'action en vue du rétablissement.

2.8 Effets possibles du rétablissement sur d’autres espèces/processus écologiques

Les aires de répartition et les habitats de diverses espèces de poissons inscrites sur la liste du COSEPAC chevauchent ceux du dard de sable en Ontario et au Québec : Ontario – suceur noir, fouille‑roche gris, chat-fou du nord (Noturus stigmosus), suceur ballot (Moxostoma carinatum), omisco (Macrhybopsis storeriana), méné-miroir (Notropis photogenis) et meunier tacheté (Minytrema melanops); Québec – méné d’herbe, fouille‑roche gris. On trouve également neuf espèces de moules d’eau douce désignées par le COSEPAC dont l’aire de répartition chevauche celle du dard de sable dans le sud-ouest de l’Ontario: leptychobranche réniforme (Ptychobranchus fasciolaris), l’obovarie ronde (Obovaria subrotunda), le pleurobème écarlate (Pleurobema sintoxia), lamulette du Necturus(Simpsonaiasambigua), la villeuse haricot (Villosa fabalis), lamulette feuille d'érable (Quadrula quadrula)  et l’épioblasme tricorne (Epioblasma triquetra) .

En outre, en Ontario, l’obovarie ronde peut bénéficier directement du programme de rétablissement, car le dard de sable peut servir d’hôte à ses glochidies (Clarke, 1981). L’aire de répartition du dard de sable chevauche celle de la tortue‑molle à épines, qui est une espèce menacée en Ontario. On a découvert des habitats de nidation de ces tortues sur le côté intérieur de coudes dans des cours d’eau, en aval de pentes qui s’érodaient (Dextrase et al., 2003). En conséquence, les améliorations apportées à l’habitat du dard de sable profiteront probablement à la tortue‑molle à épines.

De façon générale, comme on considère que le dard de sable est intolérant à la pollution et qu’il exige des habitats non dégradés, la protection ou la restauration de ses habitats profitera à d’autres espèces indigènes.

2.9 Achèvement d’un ou de plusieurs plans d’action dans le cadre du programme de rétablissement

Populations de l’Ontario –Un ou plusieurs plans d’action seront produits au cours des cinq ans que durera le présent programme de rétablissement pour les populations de l’Ontario. Dans la mesure du possible, les plans d’action pour le rétablissement doivent être liés aux plans de rétablissement des bassins hydrographiques déjà en place pour le sud‑ouest de l’Ontario. Cette collaboration évitera des chevauchements et aidera à prévenir la mise en œuvre d’efforts de rétablissement contradictoires pour différentes espèces.

Populations du Québec –Un plan d’action pour les populations du Québec est en cours de finalisation (Équipe de rétablissement des  cyprinidés et des petits percidés 2007) et fournira des détails particuliers pour la mise en œuvre du rétablissement. Premièrement, il comprendra des mesures pour la mise en œuvre et la surveillance du rétablissement, la résolution des problèmes posés par les menaces et l’évaluation du respect des objectifs. Ensuite, le plan d’action doit inclure une annexe pour l’application de ces mesures. De même, il inclura, autant que possible, une définition de l’habitat essentiel, des exemples d’activités susceptibles d’entraîner sa destruction ainsi que des recommandations quant aux mesures de protection. Enfin, il comportera une évaluation des coûts socio‑économiques et une liste des avantages qui résulteront de son exécution.

2.10 Activités permises dans le cadre du programme de rétablissement

 Les activités autrement interdites en vertu des articles 32, 33 et 58 de la LEP peuvent faire l’objet d’une exemption. Pour ce faire, ces activités doivent être autorisées, soit par un programme de rétablissement, un plan d’action ou un plan de gestion, soit par une loi fédérale

Pêche commerciale automnale aux poissons‑appâts

Le présent programme permettra aux détenteurs de permis de pêche commerciale aux poissons‑appâts d’exercer leurs activités dans des zones susceptibles d’être fréquentées par le dard de sable au Québec. En fait, un échantillonnage entrepris à l’automne 2005 a permis de démontrer que l’espèce n’était pas menacée par les activités de pêche réalisées pendant cette saison. On devra néanmoins entreprendre une étude pour les saisons de pêche du printemps et de l’été afin de brosser un portrait clair de la situation. Dans l’éventualité où les constatations de l’étude seraient similaires à celles obtenues pour l’automne, la pêche commerciale aux poissons‑appâts pourrait également être autorisée pendant ces deux saisons dans des zones susceptibles d’être fréquentées par le dard de sable.

En  Ontario, lors d’un atelier sur les dommages admissibles auquel participaient des spécialistes des espèces de poissons d'eau douce en péril, on a déterminé que la probabilité que le dard de sable soit capturé de façon fortuite pendant la pêche aux poissons-appâts était faible.